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L’abbé Yann-Vari Perrot, un apôtre pour la jeunesse bretonne

Entretien avec Youenn Caouissin.

© Efflam Couissin.

Youenn Caouissin est le fils d’Herry, qui fut secrétaire de l’abbé Perrot (1877-1943), prêtre engagé dans un combat en faveur de la foi catholique et de la culture bretonne, pourfendant les idéologies meurtrières – ce qui lui vaudra d’être assassiné par les communistes en 1943, dans un chemin creux de la paroisse de Scrignac, dont il avait été nommé recteur, au sortir de sa messe. L’auteur dispose donc de nombreux documents, dont certains inédits, et offre l’ouvrage attendu et définitif sur cette figure phare de la culture bretonne.

— Qu’apporte de nouveau votre ouvrage par rapport à la biographie de l’abbé Perrot par l’abbé Poisson ?

— Le livre de l’abbé Henri Poisson (1955) fut la première biographie de l’abbé Perrot, écrite d’ailleurs à partir des archives de mon père, Herry Caouissin. Ce livre reste une référence, mais l’auteur, pour obtenir le fameux Nihil Obstat de sa hiérarchie, a dû surveiller sa plume, rester dans le cadre de l’histoire, du passé, loin de toutes polémiques, d’autant qu’à l’époque l’abbé Perrot était un sujet encore plus brûlant qu’aujourd’hui. Il est plus un livre d’hommage qu’un livre engagé. Là est toute la différence avec mon livre, qui est nettement engagé. J’assume, outre le côté historique, avoir écrit un livre militant qui présente l’abbé Perrot, non pas comme une figure fossilisée du passé, mais comme un prêtre de notre temps, comme un précurseur, comme un visionnaire sur tous les problèmes de son époque, se projetant dans l’avenir. Mon livre bouscule sans tabous, aussi bien l’historiquement que le culturellement et le politiquement correct, et même le religieusement correct. C’est le père Marc Simon, de l’abbaye de Landévennec, qui a dit : « En dépit de l’ouvrage de l’abbé Poisson et de la somme importante d’articles qui lui ont été consacrés, l’abbé Perrot attend encore son biographe, attentif à faire revivre la physionomie humaine et spirituelle de cet homme, de ce prêtre. » Ce qu’a confirmé l’abbé Gantois, prêtre flamand : « Tout n’a pas été dit sur cet héritage lourd à porter. »

Le bureau d’Herry Caouissin chez lui, à Lorient, en 1994. Au mur, le portrait de l’abbé Perrot, peint deux semaines après la mort du recteur par Xavier de Langlais. (Photo : Philippe Vilgier)

— Quelles raisons vous ont poussé à adopter la première personne pour cette évocation de l’abbé Perrot ?

— J’ai tenu à rendre l’abbé Perrot présent, à inviter le lecteur à cheminer avec lui dans ses combats pour que la Bretagne reste fidèle à sa foi, à sa langue, à ses traditions. J’ai souhaité encore que le lecteur vive avec lui sa dernière journée sur la terre bretonne, qu’il communie avec lui à sa dernière messe et chemine à ses côtés vers son martyre, puis assiste en quelque sorte à son agonie, à ses obsèques. C’est pourquoi j’ai choisi que ce soit l’abbé Perrot qui conte lui-même sa vie. Si je suis l’auteur du présent ouvrage, il est aussi celui de mon père dont j’ai pris la suite, mais aussi celui… de l’abbé Perrot. C’est un livre écrit à « trois mains ».

— Quels étaient les moyens choisis par l’abbé pour toucher la jeunesse, lui transmettre la foi et l’amour de la Bretagne ?

— Pour toucher la jeunesse, lui transmettre la foi, l’amour de la Bretagne, de sa langue, de son histoire, rendre les Bretons fiers d’eux-mêmes, l’abbé Perrot choisira la voie de la culture mais dans l’authentique, le beau, le sacré, et le théâtre sera l’un de ces moyens. Les planches du théâtre seront le marchepied vers l’église, vers l’autel. Son œuvre magistrale, le Bleun-Brug, créé en 1905, en sera l’instrument privilégié. Ce ne sera pas, et de loin, une fête folklorique, mais un véritable Congrès annuel englobant tous les aspects de la culture bretonne. Les spectacles du Bleun-Brug, avec évidemment les moyens de l’époque, seront des Puy du Fou avant l’heure. Les journées seront autant d’Universités d’été de haut niveau, et la foi s’exprimera dans toute sa beauté telle que l’âme bretonne la vivait alors. Le comte Albert De Mun, qui n’était pas breton, ne s’y trompera pas, et dès le début sera le principal soutien de l’œuvre de l’abbé Perrot, jusqu’à l’intérieur de l’Assemblée nationale, et il deviendra le premier président du Bleun-Brug.

L’abbé Perrot par Aramis.

— Quels sont les inédits que vous dévoilez ?

— Mon livre n’est pas un « copié-collé » des livres, des articles déjà écrits par une quantité d’historiens. Ce que mon livre apporte d’inédit, c’est précisément ce que disait le père Marc-Simon : « Faire revivre la physionomie humaine et spirituelle du prêtre », et cela à travers ses combats, foi et Bretagne étant indissociable. L’inédit est le fait de faire comprendre que ses combats sont, en pire, ceux d’aujourd’hui, et pas seulement pour la Bretagne, mais pour toutes les patries d’Europe. Dans les combats de l’abbé Perrot pour la patrie bretonne, les Français inquiets aujourd’hui pour leur patrie, leur culture, leurs traditions, leur langue peuvent se reconnaître. L’inédit est que mon livre soit un premier pas vers la réhabilitation totale de l’abbé Perrot, pour faire comprendre aux Bretons… et à l’Eglise, qu’ils ont en lui un authentique martyr et un saint dont l’Idéal Feiz ha Breiz est la seule vraie voie pour la pérennité de la Bretagne. J’ai la prétention d’avoir détruit la « légende noire » écrite par les communistes sur l’abbé Perrot, ce qui ne les empêchera pas de persister dans leurs mensonges historiques.

— Quel est selon vous la facette la plus marquante du caractère de l’abbé ?

— L’abbé Perrot fut tout d’un bloc : il fut sur le plan de son sacerdoce un prêtre exemplaire. Il fut un rassembleur auprès de toute une génération et, en cela, son idéal Feiz ha Breiz (Foi et Bretagne) fut fédérateur, même chez les prétendus incroyants « néo-païens » du mouvement breton de l’époque. Il fut un bâtisseur, un restaurateur de chapelles. Il fut un prêtre soucieux du devenir de la jeunesse, de la famille, de la beauté du mariage, un défenseur de la beauté de la liturgie et du sacré. Pour lui, toute l’âme bretonne, sa culture, ses traditions, sa langue ne pouvaient vivre, perdurer que par la foi, s’appuyer sur la « pierre angulaire qu’est le Christ ».

Il mena son combat contre la destruction de la foi, de l’école chrétienne, des traditions bretonnes, de la langue bretonne, sans concessions. Les idéologues et leurs idéologies de mort, dont la laïcité, le communisme, entre autres, ne trouveront pas grâce à ses yeux, d’où la haine dont il sera l’objet et qui décidera de son assassinat. Et tout cela donnera un abbé Perrot précurseur, visionnaire, tout le contraire d’un adepte d’une Bretagne passéiste comme on le prétend, et c’est ce qui le rend aujourd’hui présent. Il fut notre père Popieluszko, qui disait que « son cri était celui de son peuple ».

Mon souhait : que mon livre incite les lecteurs, lorsqu’ils passeront par les magnifiques Monts d’Arrée, à se rendre à la jolie chapelle Notre-Dame de Koatkeo et à se recueillir devant la tombe de l’abbé Perrot.

Propos recueillis par Anne Le Pape

  • Youenn Caouissin, Vie de l’abbé Perrot, J’ai tant pleuré sur la Bretagne, éd. Via Romana, 570 pages, 34 euros.

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