En Nouvelle-Calédonie, Macron a assuré le service minimum

Joujoux sur le Caillou.

Du voyage officiel de Macron en Nouvelle-Calédonie, ce Caillou (surnom donné à la Nouvelle-Calédonie qui est un gros bloc minéral) où notre ADG a situé plusieurs de ses polars (dont Joujoux sur le Caillou, Gallimard, 1987), on pouvait craindre le pire.

D’abord qu’il se laisse aller à son côté Famille Fenouillard avec la découverte béate d’un exotisme de pacotille. Mais surtout – infiniment plus grave – qu’il se vautre dans la repentance, comme il l’a fait à Alger lors de la campagne électorale.

On n’a pas vraiment échappé au côté Fenouillard avec son ravissement affiché du folklore canaque et ses habituelles turlupinades langagières : « La Nouvelle-Calédonie est une terre de regards. » On a, en revanche, échappé à l’insupportable auto-flagellation sur le « colonialisme » français et ses supposées abominations.

Premier président de la République à se rendre sur le Caillou depuis les tragiques événements d’Ouvéa il y a trente ans, il est d’abord allé se recueillir et déposer une gerbe sur le monument à la mémoire de nos six militaires (deux paras, quatre gendarmes) assassinés par des indépendantistes kanaks.

Il s’est rendu ensuite au Mémorial de Wandrilla, où sont les tombes des 19 assassins tués lors de l’assaut contre la grotte où ils retenaient nos gendarmes en otage. Mais il s’est tenu très à l’écart des lieux et n’a pas déposé de gerbe.

Il a eu aussi l’habileté d’associer cet épisode sanglant de 1988 à celui de 1989 : l’assassinat de Tjibaou par un de ses anciens camarades kanaks qui l’accusait de trahir la cause indépendantiste.

Lors de son discours de clôture, tout en disant s’interdire de prendre parti – on se demande d’ailleurs bien pourquoi – pour le référendum du 4 novembre prochain, il a appelé les Calédoniens « à ne pas faire reculer l’histoire ». En précisant : « La France ne serait plus la même sans la Nouvelle-Calédonie. » On a envie d’ajouter : et réciproquement surtout… Plus significativement, ce qui nous change des horreurs d’Alger, il a invité « à regarder en face le passé, sans déni et sans repentance ». Il y a parfois des grâces d’Etat…

Rappelons que les Kanaks – et cette graphie est nécessaire pour les dissocier des Canaques, très majoritairement loyalistes – ne représentent qu’eux-mêmes, c’est-à-dire pas grand monde. Les Européens et les Caldoches (les « pieds-noirs » de Nouvelle-Calédonie) sont aussi nombreux que les Canaques, et l’île compte des Mélanésiens, des Wallisiens, des Tahitiens, des Vietnamiens, des Indonésiens, des milliers de personnes originaires du Vanuatu, des Comores, des Antilles, de la Réunion, de Djibouti. Tous ceux-là, qu’on a vu manifester à Nouméa sous une forêt de drapeaux tricolores le 3 mai dernier, voteront bien sûr contre l’indépendance.

A l’occasion du déplacement présidentiel, on a entendu les habituels chiens couchés répéter que les « colons » avaient volé aux Canaques « les terres de leurs ancêtres ». Vide d’hommes (l’île de Shihoku, au Japon, compte près de 5 millions d’habitants pour une même superficie ; Chypre, deux fois plus petite, a quatre fois plus d’habitants), la Nouvelle-Calédonie pourrait, pour être réellement mise en valeur, accueillir sans problème cinq fois plus d’habitants.

Quant à une prétendue « nation canaque » (et a fortiori « kanak »), elle n’a jamais existé. C’est la France qui lui a donné un semblant de consistance en pacifiant une myriade de clans antagonistes et ennemis qui ne parlaient pas la même langue, s’étripaient allégrement et s’entre-dévoraient : il y avait des tribus dites « garde-manger » chez lesquelles les dominants allaient « faire leur marché », et le cannibalisme a été difficilement éradiqué.

Alain Sanders

2 commentaires sur “En Nouvelle-Calédonie, Macron a assuré le service minimum

  1. Une précision : il y a eu d’autres visites présidentielles en NelleCalédonie après Gossanah, dont celle F HOLLANDE et N SARKOZY mais E MACRON a bien été le 1er président à se rendre à Ouvéa depuis 1988.
    La comparaison des calédoniens avec les pieds noirs semble dépassée.. Etre calédonien pour moi (plutôt que caldoche) c’est plus qu’une race ou une couleur de peau, une culture, un mode de vie . C’est l’acceptation des éléments qui constituent la Nouvelle-Calédonie ie les différentes cultures qui se côtoient, les métissages, les valeurs de vie commune c’est le lien avec la France. C’est l’attachement à des valeurs comme celle de toujours être à l’oeuvre pour construire le pays , les valeurs de travail, le mélange de ces couleurs à la sortie des églises, lors des foires, des coup de pêche de chasse avec les potes !
    Tout cela ne peut pas se dire complètement c’est une émotion, qui serre les entrailles, surtout quand tout est fait pour nous opposer comme le font ceux qui veulent construire ce pays sur l’exclusion, sur la violence, la dette de la colonisation, la victimisation continuelle.

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