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Impôt à la source : la réforme de trop ?

L’impôt à la source se voulait la grande réforme fiscale du quinquennat Hollande, réforme lancée par un gouvernement dont Emmanuel Macron était membre. Pour la seconde fois, Macron pourrait la reporter.

En principe nous aurions dû payer en 2017, via notre compte en banque, les impôts sur les revenus de 2016 (ce qui a bien été le cas), et en 2018, par déduction directe de nos revenus (comme la sécurité sociale, par exemple) nos impôts sur les revenus de 2018. L’année fiscale 2017 était censée être une année neutralisée, une « année blanche ». Mais ce dispositif est déjà difficile à comprendre pour le commun des mortels, alors ne parlons même pas de sa mise en œuvre ! L’une des premières mesures de Macron président a donc été de reporter d’un an la réforme approuvée par Macron ministre. Tout simplement parce que ni l’administration, ni les entreprises (censées devenir collectrices de l’impôt sur les revenus), n’étaient prêtes à mettre en œuvre la réforme. Et les assujettis n’étaient pas prêts à la subir.

Mais depuis ce premier report, on nous prépare psychologiquement au grand big bang de 2019. On nous explique donc que nos impôts définitifs payés cette année le seront au titre de nos revenus 2017, mais qu’à partir de 2019 nous serons prélevés directement sur nos revenus 2019, et plus sur nos comptes en banque, au titre des revenus de l’année précédente.

Mais en fait, plus la date fatidique approche et plus se révèle dangereuse la mise en œuvre du dispositif. Il faut dire que la fiscalité française est terriblement compliquée. Et si la règle est supposée être, à partir du 1er janvier 2019, de prélever directement sur nos salaires et autres revenus l’impôt direct, dans les faits les situations sont extrêmement diverses. Cette réforme risque de se retourner contre le gouvernement car chaque erreur, chaque anomalie, chaque cas d’espèce non pris en compte, sera source de mécontentements. Et ce mécontentement peut rapidement se transformer en une véritable révolte fiscale, une jacquerie, susceptible de balayer le gouvernement.

Tailler préalablement dans un maquis fiscal qui fait de nous des champions

Mettre en œuvre une réforme aussi ambitieuse nécessite quatre préalables (au moins) qui ne sont actuellement pas remplis :

– il faut la lancer à un moment où le gouvernement est populaire, car ses mécanismes généreront forcément des ratés et susciteront des mécontentements. Le socle de ceux qui soutiennent Macron est très faible en ce moment, et une contestation fiscale pourrait lui être fatale ;

– les entreprises ne sont guère plus prêtes que l’an dernier à jouer les collecteurs d’impôts ;

– la pression fiscale globale, avec Macron, a certes baissé pour les entreprises, mais pas pour les particuliers. Or la retenue à la source rendra très perceptible par chacun l’incroyable niveau de la ponction fiscale, qui maintient notre pays dans un socialisme pur et dur. Si elle ne s’accompagne pas d’une dynamique de baisse des impôts des particuliers, le gouvernement va dans le mur ;

– enfin, avant de chercher à ponctionner directement l’argent sur les revenus, il aurait été plus judicieux de tailler largement dans un maquis fiscal qui fait de nous des champions du monde.

Pour toutes ces raisons, le délai de réflexion qu’entend s’octroyer Macron (jusqu’au 15 septembre) devrait logiquement aboutir à un report sine die de la réforme. Mais si tel n’était pas le cas, alors tous aux abris !

 

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