Une décision gravissime

Le procès des jeunes nationalistes ne peut pas s’arrêter là, et ne s’arrêtera pas là. Même les commentateurs les plus hostiles sont un peu ahuris par le jugement rendu. Prenons le cas de Samuel Dufour, dont la condamnation est encore plus inique que celle d’Esteban Morillo. Dufour n’a pas frappé Méric. Dufour est condamné à sept ans de prison ferme, uniquement pour un port d’arme (ou plutôt une suspicion de port d’arme), ce fameux poing américain, un bout de ferraille dont la dangerosité n’a rien à voir – en principe – avec celle d’un couteau ou d’un pistolet. Habituellement, une condamnation pour port d’arme prohibé ne dépasse pas six mois de prison avec sursis. A chaque manifestation de black blocks, lors de chaque nuit d’émeute dans les cités, des individus se font arrêter pour port d’arme prohibé. Ils sont condamnés, mais laissés en liberté grâce au sursis. Six mois avec sursis ou six ans fermes ? Cherchez l’erreur.

Ce jugement laisse d’ailleurs une impression de malaise, y compris chez certains commentateurs très hostiles. Le seul point positif – si l’on peut dire – de cette décision : c’est que, si elle faisait jurisprudence, des dizaines de casseurs de l’autre bord pourraient se voir désormais condamnés à sept ans de prison ferme parce qu’on aura trouvé dans leur musette ce que l’on n’a pas trouvé sur Dufour : une arme. Mais attendez-vous, dans ce cas, à ce que pétitionnaires et comités de soutien prestigieux se mobilisent et les fassent en toute hypothèse libérer.

Cette affaire est donc très grave car, au-delà des faits, il en va tout simplement du droit au camp national de s’exprimer, et donc du droit de se défendre.

La longueur réelle des cheveux des nationalistes

Il y a, à chaud, deux leçons à en tirer. La première a trait à l’importance de la guerre des mots. Depuis le début, on nous présente le dossier comme celui d’une confrontation entre « militants antifascistes » et « skinheads ». Accepter cette présentation, accepter ce vocabulaire, c’est déjà une énorme concession à l’ennemi. Mais de fait, même les journaux les moins mal intentionnés ont systématiquement repris cette façon de présenter les deux camps. Peu importait la longueur réelle des cheveux des jeunes nationalistes, peu importait la participation systématique de Méric et de ses amis aux plus violentes manifestations de rues et aux bastonnades. Il y avait d’un côté le camp du Bien, de la Résistance, les « antifascistes » (mais qui se vante d’être « profasciste » ?), et de l’autre des crânes rasés, des individus à petit cerveau, motivés uniquement par la haine de l’autre. Il n’y a donc rien d’étonnant si les jurés ont choisi le camp du Bien.

La seconde leçon découle un peu de la première : la stratégie de la défense, dans ce procès, a été de bout en bout une catastrophique erreur. Comme l’écrit très justement Roland Hélie, prendre un avocat qui ne partage pas les convictions, les valeurs de ses clients, c’est prendre le risque qu’il ne soit pas en mesure de bien les défendre. La stratégie de la dépolitisation n’a fonctionné qu’à sens unique. De l’autre côté, on ne s’est pas gêné pour politiser, et pour en appeler aux grands ancêtres. L’ombre de Jean Moulin, de Jaurès, d’Allende, planait sur le procès ! Mais pas celle de José Antonio, de François Duprat, des victimes de la rue Damrémont, du 6 février, de la rue d’Isly, et les dizaines de millions de morts du communisme.

« Il n’y a pas de justice, il y a un Palais de justice »

La dépolitisation a paralysé la défense, elle l’a empêchée de démontrer qui étaient vraiment ces soi-disant « antifas », qui étaient ces extrémistes de gauche, ces anarcho-communistes et black blocks rassemblés jusqu’aux abords du tribunal, et qui ont d’ailleurs cherché à faire un mauvais sort aux journalistes, voire aux témoins, favorables aux accusés. Mais à part Présent, les rares médias du camp national n’étaient pas là.

La Défense aurait dû comprendre, comme l’écrit quelque part Alphonse Boudard, qui s’y connaissait en la matière, qu’« il n’y a pas de justice, il n’y a que le Palais de justice ».

Alors que faire ? Se mobiliser, bien entendu, et reprendre à notre compte ce slogan de Roland Hélie : « Se défendre était leur droit, les défendre est notre devoir. » Car, au-delà de son injustice fondamentale, si ce jugement était accepté tel quel, ce serait la fin de la notion même de légitime défense, quand cette légitime défense est exercée par des nationaux. Encore qu’il existera toujours des hommes et des femmes qui préfèreront le risque de prendre douze ans de prison plutôt que de subir passivement un passage à tabac. Et c’est tout à leur honneur.

Francis Bergeron

2 commentaires sur “Une décision gravissime

  1. Cette décision de justice est inquiétante, nous avons basculé dans l’arbitraire, la France n’a plus rien à envier à certains pays du quart monde, et ceci, au vu de la gravité de l’événement, dans l’indifférence générale.

  2. Si certains se demandaient : A quoi sert-il de soutenir Présent” ? Pour l ‘honneur, non ?

    Celui qui sait la vérité et qui ne gueule pas la vérité se fait le complice des menteurs et des faussaires. Charles Péguy.

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