Les vœux de Macron : le courant ne passe plus du tout

60% des Français au moins n’ont pas été convaincus par le président de la République. Cherchons à comprendre pourquoi.

Sur la forme, il y avait un mieux par rapport à son intervention du 10 décembre : le chef de l’Etat était debout, et pas assis, les mains à plat sur le bureau, les yeux fixés sur le prompteur. Pour le reste…

Tous les sondages opérés à chaud ont montré son incapacité à se faire comprendre, à établir une communication. Selon les sources, Macron peut compter au mieux sur le soutien des Français, dans une proportion de 25 à 40%. Bien entendu « les Gaulois sont réfractaires au changement », selon le mot même du président, qui estime, lui, incarner le changement. Avec cette formule incroyablement généralisante, qui aurait causé un scandale inouï s’il l’avait appliquée à une minorité ou aux femmes, il a creusé un fossé avec les « Gaulois », c’est-à-dire vous et moi, et l’allocution de lundi n’a rien amélioré.

Sans surprise, la classe politique lui est tombée dessus. Marine Le Pen l’a qualifié d’imposteur et de pyromane. Dupont-Aignan a pris le pari que le Macron 2019 serait pire que celui de 2018. Le parti LR de Wauquiez a constaté que son intervention était loin de la réalité des Français. Voilà pour la droite. Mêmes critiques radicales à gauche (« lunaire donneur de leçons »). Réactions inaudibles du côté des socialistes et du centre, à part Juppé, extasié.

Et sur le fond ? D’abord un satisfecit à son équipe, simple répétition de ce qu’il avait dit le 10 décembre. Puis nous avons eu droit à quelques mots de compréhension à l’égard de ceux pour qui la mondialisation est incompréhensible, ceux qui souffrent d’un « système administratif trop complexe et manquant de bienveillance ». Les revendications identitaires, il les voit comme découlant de « changements profonds qui interrogent la société sur son identité et son sens ». Le problème est que le peuple français a cessé de s’interroger. Aujourd’hui il proteste et revendique.

Macron a fustigé les porteurs des sept péchés capitaux

Mais la fin de son discours n’a été qu’une folle diatribe contre « les égoïsmes nationaux [sans doute ce qu’il appelle le nationalisme], les intérêts particuliers [peut-être les revendications des ruraux sur les 80 kms/heure et les taxes sur le carburant] et les obscurantismes [les catholiques, avec leurs crèches « scandaleuses » ?].

Enfin le président a fustigé les porteurs des sept péchés capitaux : les extrémismes « partout en Europe » (sic !), les « fake news » (un président français aurait parlé de « fausses nouvelles »), « le terrorisme islamiste » (pouvait-il ne pas le nommer, vingt jours seulement après l’attentat de Strasbourg ?), et enfin « les porte-voix d’une foule haineuse », qui s’en prend « aux élus, aux forces de l’ordre, à des journalistes, aux juifs, aux étrangers, et aux homosexuels ». Comme d’habitude, on aurait aimé qu’il donne des noms. Ces fameux porte-paroles, ils ont un visage, un nom… s’ils existent ! Une pitoyable opération de diversion qui n’a pas convaincu – on l’a vu –. Quant aux Gilets jaunes, ils ne se sont pas reconnus dans cette indécente caricature.

Francis Bergeron

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