23 députés RN : c’est le Rassemblement national qui est en marche

Le scrutin de dimanche a offert son lot de surprises, et a fait des vainqueurs et des vaincus. Macron avait mis en jeu le crédit présidentiel, en le transformant en un référendum sur sa politique et même sur sa personne. Or le parti présidentiel est arrivé en deuxième position. Comme l’a reconnu Edouard Philippe, La République en marche ne peut donc prétendre avoir gagné.

D’abord les surprises : les sondages étaient si précis, si nombreux que nous avions tous fini par croire que les résultats seraient peu ou prou dans la lignée des chiffres qu’ils donnaient. Or les urnes ont parlé, et elles n’ont pas tout à fait parlé comme les sondés. Les surprises ont concerné les écologistes, les « insoumis », et les Républicains. Les électeurs de gauche, dans la dernière ligne droite, ont apparemment opéré un arbitrage, favorisé la liste de gauche qui leur paraissait à la fois la mieux placée et tenant le discours le plus cohérent. Ce sont les écologistes qui ont donc gagné sur ce plan, au détriment des « insoumis ». Quant à l’effondrement des Républicains, il était, pour le coup, totalement inattendu. La droite de gouvernement a perdu une grosse moitié de ses électeurs. Elle est la grande perdante de la stratégie de bipolarisation, de confrontation entre « progressistes » et « nationalistes ». Les électeurs LR attachés au patriotisme et aux valeurs sociétales se sont tournés vers le RN. Ceux d’entre eux qui privilégiaient la fin des frontières et le renoncement à la souveraineté de la France, supposés garants d’une relance économique, ont choisi LREM. Ce corps friable qu’est devenue la droite de gestion, la droite de gouvernement, avait été réduit de moitié par Fillon. Cette moitié vient donc elle-même d’être à son tour réduite de moitié.

RN, parti d’une éventuelle alternance

Quels sont les gagnants et les perdants de dimanche ? Le premier gagnant, c’est bien évidemment le Rassemblement national. Il a été à nouveau placé au centre de la vie politique française, qui plus est par un électoral beaucoup plus mobilisé qu’on pouvait le penser. Macron avait désigné le RN comme son adversaire, privilégié, pensant sans doute qu’il lui serait plus facile de coaliser un « front républicain » autour de sa personne. Non seulement cette stratégie s’est révélée un échec, mais elle affaiblit considérablement le gouvernement qui, à mi-mandat, ne peut plus cacher que sa majorité est… minoritaire. Le RN est dorénavant installé comme la seule opposition de poids, le seul parti d’une éventuelle alternance. Le profit politique est considérable. D’autant que les écologistes, dont la progression représente le seul lot de consolation de ce scrutin, pour la gauche, ne pèsent que la moitié du RN.

Passons en revue les scores de chacun : le Rassemblement national a agrégé près d’un quart de l’électorat français, ce qui confirme sa place de premier parti de France (23,3 %). LREM (22,4 %), malgré son statut de parti au pouvoir, se trouve désormais dans une situation minoritaire particulièrement inconfortable, qui risque de paralyser la seconde partie de quinquennat, de la transformer en une sorte de régime de cohabitation entre le peuple et le président.

Le score des écologistes, à 13,4 %, pour honorable qu’il soit, a surtout bénéficié de l’effet de surprise au regard des sondages, car par ailleurs il rejoint des niveaux de résultats assez conformes à ceux qu’il avait pu récolter dans le passé. Pour rappel la liste écologiste pilotée par Cohn-Bendit en 2009 avait obtenu 16,1 %. Il est donc inexact de soutenir que le score vert de dimanche constituerait une performance exceptionnelle, une sorte de record.

Nous l’avons dit plus haut, les 8,4 % des Républicains, s’ils ne signent pas l’arrêt de mort du centre droit, constituent néanmoins un terrible échec dont il leur sera difficile de se relever ; notons d’ailleurs le rôle joué par le numéro de Présentdu 24 mai qui démontrait que, ces cinq dernières années, sur les questions sociétales (avortement, mariage homo, etc.) les élus LR votaient systématiquement avec la gauche. Ce numéro de Présent a été repris un peu partout, a été vu sur le web des milliers de fois. Cet article, et d’autres comparables, diffusés sur la « cathosphère », ont sans doute coûté quelques dizaines de milliers de voix du côté des catholiques engagés.

La France insoumise de Mélenchon est un autre grand perdant du scrutin. Une partie des électeurs d’extrême gauche ont préféré voter utile en apportant leurs voix aux Verts, que les sondages donnaient souvent mieux placés. Le résultat est là : l’électorat LFI a fondu comme neige au soleil (6,3 %). Dimanche soir, tandis que, sous le regard de caméras indiscrètes, le rideau du local LFI menaçait de tomber sur Mélenchon et Aubry, les intervenants faisaient grise mine. Le chef de LFI n’était plus que l’ombre de lui-même. Sonné, son état-major ressemblait à une armée en déroute.

Choisi pour fédérer les gauches, il n’a fédéré que le parti socialiste

Les socialistes peuvent-ils se réjouir du score de la liste Glucksmann ? Certes, elle franchit la barre des 5 % et enverra six députés à Bruxelles. Mais Glucksmann avait été choisi pour fédérer les gauches. Il n’a fédéré que les socialistes, d’où ce score de 6,2 %, un chiffre qui aurait sans doute été obtenu avec n’importe quelle autre tête de liste socialiste.

Il faut encore noter deux échecs spectaculaires parmi les « petites » listes.

La liste Nicolas Dupont-Aignan d’abord : elle comptait des gens de qualité dans ses rangs, et aurait mérité un bon score. Comme Glucksmann chez les socialistes, Dupont-Aignan était censé unifier les droites ; mais par de mauvaises décisions successives, il a en fait chassé de ses rangs un membre de sa liste, puis le père (et généreux bienfaiteur) de cette personne, et enfin l’allié chrétien démocrate, Jean-Frédéric Poisson. En matière d’image, ces décisions ont été catastrophiques et expliquent un score qui permettra le remboursement des frais de campagne mais ne donnera pas d’élus.

Enfin le Parti communiste n’obtiendra pas le remboursement de ses frais, compte tenu de son résultat à 2,5 %. La disparition du Parti devrait logiquement sanctionner ce nouvel échec. Mais peut-être le gouvernement subventionnera-t-il la survie du PC comme il subventionneL’Humanité, au nom du souvenir de Jaurès, et le PC au nom de la mémoire de Thorez ?

Un ou deux gagnants, donc, et beaucoup de perdants. Mais, globalement, pour le camp de l’identité et de la liberté, les nouvelles sont bonnes, et l’année 2019 restera un très grand cru dans l’histoire des droites en France.

Cette année 2019 restera aussi un très grand cru au niveau européen, marqué par une énorme progression de la représentation de la droite nationale à Strasbourg. En Grande-Bretagne, en Italie, en Autriche, en Allemagne, partout, les partis identitaires progressent : 10 % pour l’AfD allemande, 31 % pour la Ligue italienne, 10 % pour le Vox espagnol, 31,5 % en Grande-Bretagne pour la liste pro-Brexit. Quant aux Hongrois du parti d’Orbán, ils ont voté pour sa liste à 56 %. Un quart de l’hémicycle européen sera donc occupé par les partis identitaires et euroréalistes. Du jamais vu !

Francis Bergeron

2 commentaires sur “23 députés RN : c’est le Rassemblement national qui est en marche

  1. je suis abonné à votre journal. Existe t’il un abonnement ” papier ” avec les numéros exceptionnels qui sont diffusés en kiosques.

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