Parlement européen : ménage à trois

Avec 23 sièges pour LREM (autant que le RN) au groupe libéral européiste ALDE, rebaptisé pour l’occasion ALDE&R (« R » pour « Renaissance »), les Français représenteront la plus grosse force politique au sein de ce groupe central pour les futures alliances, car, à l’échelle européenne, c’est lui le grand vainqueur de ces élections : il comptera, selon les résultats encore provisoires mardi matin (tous les pays n’ayant pas encore communiqué leurs résultats définitifs), 109 députés au lieu de 67 précédemment.

Avec le recul du groupe PPE de centre droit (180 députés au lieu de 221) et du groupe social-démocrate S&D(146 députés au lieu de 191), pour la première fois depuis 1979, ces deux groupes ne pourront plus se partager les postes et les décisions au Parlement européen. Ils devront désormais composer avec les libéraux centristes, ce qui ne devrait pas trop les gêner puisque ceux-ci pensent globalement comme eux et votent généralement dans le même sens.

Hier déjà, Emmanuel Macron rencontrait à Paris le Premier ministre espagnol, le socialiste Pedro Sánchez. Les socialistes espagnols envoient, eux, la plus grosse délégation au S&D. Les partis les plus influents de la très probable prochaine grande coalition seront donc LREM (ALDE&R), le PSOE espagnol (S&D)et la CDU-CSUallemande (PPE).

Certains au S&D auraient certes préféré une coalition « progressiste » sans le PPE, avec l’ALDE&R et l’extrême gauche, mais le compte n’y est pas. Et même si le PPE voulait s’allier avec les droites comme le souhaiteraient l’Italien Matteo Salvini et le Hongrois Viktor Orbán,le compte n’y serait pas non plus. Mais de toute façon, une majorité au PPE (CDU, LR, etc.) n’envisage même pas une alliance à droite. Malgré son recul, le Parti populaire européen reste le plus gros groupe, avec 34 sièges d’avance sur les sociaux-démocrates, mais il va lui falloir maintenant chercher à retenir les 13 députés du Fidesz hongrois qui risqueraient d’en entraîner quelques autres avec eux s’ils décidaient finalement de partir. Viktor Orbán a déjà avancé son critère de décision : ce sera l’attitude du PPE sur les questions d’immigration.

Contrairement à ce qui se dit dans les grands médias, les « populistes » de droite ont globalement, à l’échelle européenne, à peu près réalisé les scores prévus par les sondages. Les trois groupes à la droite du PPE progressent de 16 sièges et en totaliseront donc 171 sur 751 (et même 184 si l’on y ajoute le Fidesz) dans le nouveau Parlement, soit près du quart du total. La progression est encore plus forte si l’on déduit le nombre de « conservateurs » britanniques du total de ces trois groupes puisqu’ils ne sont pas étiquetés « populistes ». Sans les tories, les trois groupes « populistes » de droite comptaient 137 députés avant les élections et ils en comptent 168 aujourd’hui (toujours sans le Fidesz) ; leur progression est donc plus forte que celle des Verts dont le groupe passe de 50 à 69 députés. Ils ne disposeront donc toujours pas d’une minorité de blocage, mais avec la nécessité d’une grande coalition à trois au lieu de deux pour dominer le PE et cette nouvelle progression des droites après les scores historiques de 2014, les droites européennes vont pouvoir se faire un peu mieux entendre au PE depuis les bancs de l’opposition.

Olivier Bault

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