« Un changement profond de notre rapport à la vie »

Interview de Gregor Puppinck Gregor Puppinck est directeur de l’Institut européen pour le droit et la justice (ELCJ). Il a publié récemment Les Droits de l’homme dénaturé aux éditions du Cerf. — Quelles leçons tirez-vous de cette histoire qui finit si tragiquement ? — La première des leçons que nous pouvons en tirer est que le […]

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Un commentaire sur “« Un changement profond de notre rapport à la vie »

  1. Je crois utile de retranscrire ici un texte de Michel Onfray: paru sur son site TV:

    « Quelle a été votre réaction à la nouvelle de la mort de Vincent Lambert?

    Un mélange de tristesse et de sérénité. Cet homme était devenu bien malgré lui un homme public – à son corps défendant si je puis ici utiliser l’expression qui me parait, hélas, adéquate… Les images de lui sur son lit, la tête tournée vers un appareil photo, l’ont montré le regard mort et perdu au monde. C’était le visage d’un mort vivant. C’est ce visage en paix que j’ai d’abord vu, les yeux enfin clos. Je me suis souvenu que sa volonté de ne pas survivre en cas de mort végétative avait été bafouée par ses parents qui ont utilisé son cas comme une occasion de militer pour leur combat catholique intégriste. J’ai songé à sa femme qui doit ressentir la paix intérieure d’une épouse qui voit enfin réalisé le souhait de son mari – dont elle était le tuteur, ce dont la loi s’est moquée pendant tant d’années. J’ai songé à sa dignité dans toute cette affaire. J’ai aussi songé à son enfant qui a dix ans et va pouvoir entrer dans la paix qui suit cette longue hystérie médiatique.

    Sa mère Viviane et le camp des opposants à l’arrêt des soins ont dénoncé une attitude proche du nazisme, ils parlent de l’assassinat d’un handicapé. Leur perspective est catholique, mais est-que leur argument peut avoir du sens même pour ceux qui ne sont pas croyants, comme vous?

    Cette famille catholique intégriste m’étonne car j’ai lu que Vincent Lambert était le fruit d’un amour adultérin. Il a vécu ses six premières années avec deux pères. Le couple d’amants finira par se remarier et le père biologique reconnaîtra son enfant. Je n’ai rien à redire à tout cela. Mais j’ai simplement du mal avec les catholiques traditionalistes qui couchent en dehors du mariage, qui trompent leurs conjoints, qui accouchent de ces relations adultérines, qui mettent leurs enfants dans des écoles traditionalistes et qui, sans vergogne, donnent des leçons de vertu au monde entier! Chacun a le droit de vivre en contradiction avec les valeurs qu’il prétend honorer. Mais que ces gens-là ne gèrent pas la vie d’autrui au nom de leurs prétendues valeurs. Ces gens qui parlent de « nazisme », de « crime d’État », de « meurtre » alors que leur vie contredit les idées qu’ils professent ne sont à mes yeux crédibles sur rien.

    Est-ce que les questions spécifiques du cas Lambert, surtout le conflit entre sa femme Rachel et sa mère Viviane, le rendent unique? Ou reste-t-il représentatif du débat sur la fin de vie?

    Vincent Lambert et sa femme, avertis de ce qu’est une mort cérébrale, puisque l’un et l’autre travaillaient dans un hôpital, avaient décidé d’une ligne claire dans le cas où il leur arriverait, à l’un ou à l’autre, ce qui, hélas, est arrivé à Vincent Lambert. Son épouse était sa tutrice. Sauf prise en otage de Vincent Lambert par sa mère qui s’en servait pour défendre ses idées intégristes, je ne peux m’expliquer que, pendant une décennie, on se soit moqué des dernières volontés d’un homme concernant sa mort et qu’on se soit également moqué de son épouse qui portait la volonté de son mari. Tant qu’il n’y aura pas de législation claire sur ce sujet, il y aura place pour ces délires familiaux.

    Quelle est votre position? Est-ce qu’il vous est arrivé de changer d’avis sur le sujet?

    J’ai hélas été confronté à cette question du temps de la très bonne santé de ma compagne, du temps de sa dégradation, de son agonie et de ses dernières heures. Je n’ai pas douté une seule seconde de la pertinence de ce qu’elle et moi avions choisi l’un pour l’autre plus de trente ans en amont. Mais je reconnais le droit pour chacun à changer d’avis: des partisans de l’euthanasie qui, en fin de vie, défendent les soins palliatifs ou bien l’exact inverse. La proximité avec la mort réelle donne le droit de se contredire.

    Dans votre livre Le Deuil de la mélancolie, vous racontez la longue maladie et la mort de votre compagne Marie-Claude. Est-ce que vous aviez abordé ensemble le sujet de la fin de vie?

    Oui bien sûr. Et ce dont je vous parle à l’instant est nourri de cette expérience. Je fais partie de ceux qui ont pensé la question en dehors de la maladie, dans la maladie, et au moment où la mort est là, dans la chambre d’hôpital où elle attend le moment de s’emparer de l’être qu’on aime.

    Comment s’est déroulé sa mort? Quel a été le comportement des médecins? Avez-vous décidé de recourir à l’euthanasie?

    La présence de la mort en tiers change les choses… On est moins dans l’explication franche, claire, les choses dites explicitement. Il faut compter alors avec les silences, les non-dits, les regards, les soupirs et tout ce qui relève de la communication non-verbale. Ce qui, bien sûr, et hélas, laisse place à l’interprétation, donc au fait qu’on prenne ses désirs pour la réalité, qu’on congédie la réalité, qu’on ne veuille pas la voir en face et que, pour ce faire, on mette en place des mécanismes de dénégation. Il a fallu que le corps médical me dise explicitement que Marie-Claude allait mourir rapidement pour que j’active le dispositif dont elle et moi nous étions convenus depuis toujours. J’ai demandé au médecin qui m’annonçait qu’elle ne passerait pas trois semaines de m’aider à ce qu’elle ne le sache pas, qu’elle n’en souffre pas et qu’on l’aide à passer de vie à trépas sans qu’elle s’en aperçoive. Ce médecin m’a alors signifié que ce que je lui demandais était illégal et qu’elle – c’était une femme…- ne pourrait donner suite à ma demande. Je lui ai alors demandé si annoncer la mort d’un être à son compagnon en le laissant seul gérer ces choses-là relevait encore de l’humanité? Elle a persisté. J’ai alors sollicité un ami médecin qui, lui, nous a aidés.

    Pensez-vous que la situation actuelle en France (en Italie ce n’est pas trop diffèrent) relève d’une certaine hypocrisie? Et que pensez-vous des expériences en Belgique ou en Suisse par exemple?

    Je pense que cette question est un enjeu de politique politicienne. La gauche s’en empare chaque fois qu’elle est en campagne. Puis elle ne fait rien une fois qu’elle est au pouvoir. Classique… Or, la question n’est pas pour ou contre l’euthanasie, mais pour ou contre sa légalisation puisqu’elle se pratique déjà en dehors de la loi à discrétion des équipes médicales dans tous les hôpitaux! La légalisation ne serait pas la porte ouverte aux excès: c’est l’absence de légalisation qui, de fait, ouvre chaque jour la porte aux excès. La Belgique et la Suisse indiquent la bonne voie.

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