Grande braderie de Lille : notre France

Chaque premier week-end de septembre depuis 1127, Lille se transforme en village gaulois. Au programme : sport, gastronomie et surtout chine. L’événement est très attendu des Lillois, de tout le nord de la France, des amateurs de vide-greniers de la France entière, et des touristes qui souhaitent assister à ce rassemblement si français.

Cette année, le succès était largement au rendez-vous. Les chiffres sont très impressionnants : quatre-vingts kilomètres de stands, environ deux millions de personnes, plusieurs dizaines de milliers de litres de bière, et une trentaine de tonnes de frites, un semi-marathon, et une émeute contre le stand LREM. C’est tout simplement le plus grand marché aux puces d’Europe.

L’esprit braderie, c’est l’esprit populaire. Un stand, c’est une planche, deux tréteaux et une nappe Cochonou. C’est l’esprit gouailleur des vendeurs et chineurs, réunis dans le terme de « bradeux ». Le chineur arpente les rues en quête d’une occasion, échange avec les vendeurs, négocie, fait une pause au bistro du coin et repart pour un tour.

Bien entendu, il n’aura jamais le temps de visiter l’intégralité des stands, beaucoup trop nombreux. Mais comme dans toute anarchie, le bon sens a bien aménagé les choses. La ville est divisée plus ou moins tacitement en différents secteurs spécialisés. Par exemple, dans les petits boulevards on trouve les disques, les petites antiquités, bibelots et bouquins ; dans les grandes avenues, on trouvera plus facilement les objets artisanaux.

D’autre part, il y a des secteurs réservés aux antiquaires professionnels, en particulier le long des boulevards de la Liberté et Louis-XIV.

Terrils de moules

La gastronomie s’est peu à peu taillé une place dans le paysage, à tel point qu’une partie des visiteurs vient uniquement pour elle. La gastronomie française a la réputation d’être sophistiquée et incompatible avec l’esprit « rue ». Un défaut majeur dans une époque où l’on déjeune souvent rapidement et loin de chez soi. La braderie de Lille est un éclatant exemple que nos traditions culinaires sont parfaitement compétitives pour ces temps. Le chineur peut déguster un plat de moules frites, arrosé de bière, plat revigorant et servi rapidement. Les sauces fromagères peuvent rendre le plat un peu plus consistant en cas de temps frais, quand une sauce au vin blanc rafraîchira agréablement le palais pour l’après-midi en cas de chaleur.

La consommation de moules est si populaire qu’au coin des rues lilloises, des terrils de coques sont dressés. Ces cairns sont un clin d’œil fier au passé minier de la région.

Le soir, des festivités sont organisées pour les plus motivés, qui peuvent se déhancher en cadence dans les bars et sur certaines places.

L’une des pommes de discorde ces dernières éditions a été la place croissante des magasins qui montaient des stands pour brader leurs produits. Une plainte entendue par la municipalité qui encadre très strictement les boutiques, pour que la rue soit laissée à l’esprit brocante. La municipalité déploie un dispositif de sécurité colossal pour que la fête puisse avoir lieu malgré la menace terroriste qui avait fait annuler l’édition 2017.

Un tableau de François Watteau peint entre 1799 et 1800 célèbre la grande braderie. Cette survivance des foires de Champagne a traversé les siècles avec constance. Certes, les moules frites ont remplacé les volailles comme les volailles ont remplacé les harengs, mais l’esprit est resté identique. Ceux qui viennent à la grande braderie y viennent pour y chiner une chaise ou un tableau, pour y sentir l’odeur de friture et l’amertume de la mousse ; mais surtout pour se rappeler qu’il fut un temps où la France, c’était ça tous les jours, et qu’on serait bien inspirés d’y revenir. •

Benoît Busonier

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