Mélenchon-la-faillite

Le procès de Mélenchon s’est ouvert jeudi devant le tribunal de Bobigny. Il lui est reproché sa résistance à une perquisition des locaux de son parti, le 16 octobre 2018. Il lui est reproché d’avoir plaqué contre un mur un magistrat, d’avoir menacé un policier. Il est reproché à Corbière de s’être opposé aux forces de l’ordre : « On ne touche pas un camarade. » Tout ceci devant les caméras de télévision, tout ceci regardé des millions de fois, en France et dans le monde. Les juges ne lui reprochent pas d’avoir glapi que sa personne était « sacrée ». Mais le film en question l’a ridiculisé à jamais. Et, sur ce plan-là, sa condamnation est définitive.

Ces perquisitions de sièges de partis, cette judiciarisation toujours accrue de la vie politique, ont quelque chose de malsain, mais le comportement de Mélenchon et de ses acolytes fut le plus terrible des ratages de communication, avec comme témoin la France entière. Quant à son système de défense devant les juges de Bobigny, il ne convainc pas. Le chef de file des « insoumis » a cherché à se victimiser, semblant ignorer que le public lui a moins reproché ses violences verbales, voire physiques, que son ego surdimensionné, son manque de sang-froid, son incapacité à avoir une réponse forte mais digne.

Le résultat du mauvais sketch du 18 octobre 2018, on le connaît : 72 % des Français ont désormais une mauvaise opinion du chef de la gauche de la gauche. Les sondés ne lui trouvent aucune qualité, dans aucun domaine. « Son image est désormais celle d’un homme solitaire, autoritaire et agressif », explique la directrice d’un institut de sondage. Peut-il rebondir ? Ni l’âge, ni le positionnement politique, ni le regard des Français sur sa manière d’être ne peuvent le lui laisser espérer. Le moment Mélenchon est passé, et le procès de Bobigny donne l’impression d’une cérémonie de clôture pout une grande espérance politique, qui a embrasé la gauche à partir de 2005, pour culminer en 2017. La dégringolade qui a suivi a été si rapide que l’adage selon lequel en politique il n’y a pas d’enterrement définitif semble bien battu en brèche.

Un héros pour « défaire l’extrême droite »

Et pourtant Mélenchon a raison quand il dénonce la main du pouvoir derrière les déboires dont son parti et sa personne (« sacrée ») sont les victimes. Le problème étant qu’il y a des victimes pour lesquelles on éprouve de la commisération et d’autres non.

« Accuser un insoumis de rébellion, c’est une forme de pléonasme » : la formule de Mélenchon, à Bobigny, serait jolie si l’homme était un véritable insoumis, guerroyant contre les puissants du PAF et de la politique, et pour les sans-dents et les petites gens de banlieue et de la province profonde, cernés par des zones de non-droit. Mais prisonnier d’un électorat résiduel lui-même tiraillé entre « communautaristes », « genrés », « racisés », « décolonisateurs » d’une part, et marxistes traditionnels à la sauce Marchais d’autre part, il n’imprime plus.

Les médias ne juraient que par Mélenchon, quand ils voyaient en lui un héros pour « défaire l’extrême droite ». Exactement comme ils avaient tablé sur Tapie dans les années 1988-1993, pour réaliser le même travail. La classe politico-médiatique ne croit plus en lui. Elle parie à présent sur les écologistes. Et quel que soit le résultat de Bobigny, la messe est dite, le mal est fait. La « personne sacrée » de Mélenchon a torpillé le militant Mélenchon. •

Francis Bergeron

Un commentaire sur “Mélenchon-la-faillite

  1. Pitoyable théâtre entre traîtres qui nous prépare à des jugements beaucoup plus sévères pour certains, au bon moment.
    Voyez plutôt les peines des identitaires qui n’ont agressé personne…

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