Écologie : les scandaleux paradoxes de l’éolien

Entretien avec Fabien Bouglé

Fabien Bouglé, militant écologiste, s’est battu contre des implantations d’éoliennes en Normandie et entre l’île d’Yeu et Noirmoutier. Lanceur d’alerte, il a révélé le problème des prises illégales d’intérêt des élus dans le système de l’éolien, puis le scandale du tarif de rachat subventionné de l’électricité éolienne. Son livre, Eoliennes – La face noire de la transition écologique(éditions du Rocher, 230 pages, 15,90 euros), n’est pas un pamphlet mais un constat synthétique appuyé sur les documents et rapports existants, et s’annonce comme un des succès de la rentrée en librairie.


— Le premier paradoxe de l’éolien est d’utiliser des matières pas vraiment écologiques. Lesquelles ?

— Une éolienne est constituée de quatre parties : les pales, le rotor, le mât, le socle. Le mât est le seul élément recyclable. Les trois autres parties sont polluantes et non recyclables. Les pales sont en fibre de carbone, les brûler produirait une poussière cancérigène. Même Veolia reconnaît que c’est un problème majeur. Elles devront être enterrées, ce qui représente des milliers et des milliers de tonnes à enfouir. Pour les rotors, on utilise des terres rares, 200 kg à une tonne suivant la taille. Elles ne sont plus extraites dans les pays occidentaux à cause de leur impact sur l’environnement : la Chine s’en charge. Pour obtenir un produit de grande qualité, il faut laver dix fois ces terres rares avec de l’acide sulfurique, d’où des déchets radioactifs qui se répandent dans les nappes phréatiques. Les socles de béton sont enterrés « à vie » : c’est comme des bunkers allemands, impossibles à détruire ou en tout cas très coûteux – contrairement à ce que disent les promoteurs éoliens. Sachant qu’une éolienne a une durée de vie de vingt ans, cela fait beaucoup de déchets, non recyclables donc, ce qui va à l’encontre des principes écologiques.

— On pourrait penser que cet impact négatif sur l’environnement est contrebalancé par une énergie très verte ?

— On pourrait le penser… mais le facteur de charge d’une éolienne, c’est-à-dire sa production réelle par rapport à son utilisation théorique maximale, n’est que de 22 %. Il faut donc compenser par une production d’électricité au pétrole, au gaz, ou au charbon. Les fameuses énergies fossiles, qui produisent des gaz à effet de serre.

— Et donc, plus on installe d’éoliennes, plus il faut produire d’électricité à base d’énergie fossile ?

— Exactement. C’est un paradoxe incroyable puisqu’on va produire des gaz contre lesquels l’éolien est censé lutter. L’Allemagne émet dix fois plus de gaz à effet de serre que la France à cause, en grande partie, de ses centrales au lignite qui compensent la faible production électrique de ses éoliennes. Alors que la France, grâce au nucléaire et à l’hydraulique, produit une électricité décarbonée à 90 %.

— Venons-en aux effets de l’éolien sur les êtres vivants.

— Un « syndrome éolien » a été constaté au niveau mondial : vertiges, maux de tête… Autant de problèmes liés aux courants telluriques, au bruit, à l’électricité sale et à l’effet stroboscopique des pales. Mais le plus grave, ce sont les infrasons créés par les rotors, infrasons dont on connaît les effets néfastes sur la santé et qui se diffusent jusqu’à 20 km. La Pologne a stoppé sa politique éolienne à cause des problèmes de santé. L’Allemagne y viendra peut-être. Mais en France l’Académie de médecine ne parle que d’un effet noceboqui serait causé par les informations négatives. Cette position n’est pas à l’honneur des médecins français quand on sait que près de Nantes, à Nozay, 300 vaches sont mortes après l’installation d’éoliennes… Or elles n’ont pas été informées négativement sur les réseaux sociaux !

— Ces effets sur la santé sont d’ailleurs ressentis aussi par des pro-éoliens, dites-vous.

— C’est le cas de M. Potiron, le propriétaire des vaches en question, et dont les proches ont des problèmes de santé. Or c’est lui qui a voulu des éoliennes. On va donc, selon moi, vers un scandale du « vent contaminé », contaminé aux infrasons.

— Ces vaches sont un cas particulier. Les animaux qui pâtissent le plus de l’éolien sont les oiseaux, les poissons et les cétacés.

— Les infrasons perturbent les sonars des baleines : à l’installation d’éoliennes en mer correspondent des échouages de baleines. L’extrémité des pales, elles, tournant à 250-300 km/heure, happent les oiseaux qui ne les voient pas venir. Mais il semble, si l’on en croit un rapport de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), que les plus grands dommages à leur encontre soient la modification de l’écosystème du fait de l’installation des champs d’éoliennes : l’atteinte aux habitats est désastreuse. Les chauves-souris sont d’autres victimes encore. Tout cela est documenté mondialement par des études sérieuses. L’éolien, loin de préserver les écosystèmes, se conduit comme un prédateur.

— Comment expliquer ces paradoxes de l’éolien, injustifiables ?

— Les raisons financières sont sans doute la meilleure explication. Le tarif d’achat de l’électricité éolienne est deux à trois fois celui de l’électricité classique en moyenne, mais si le tarif tombe, puisqu’il est fluctuant, EDF rachète l’électricité éolienne au tarif subventionné et garanti. Ce pourra donc aller jusqu’à dix fois le tarif classique. La manne financière que reçoit la filière de l’éolien permet d’arroser les élus. Il y a des cas avérés de corruption en Espagne, en Italie où mafia et éolien ont partie liée dans un système opaque bien organisé. En France, les prises illégales d’intérêt des élus locaux ont à peu près libre cours.

— Le lobbying des promoteurs éoliens passe également par le financement des associations de défense de la nature et du patrimoine ?

— Oui, j’ai prouvé que certains promoteurs finançaient la Fondation du patrimoine. Ils financent aussi Greenpeace qui est elle-même promoteur d’éolien viasa filiale Greenpeace Energy. Le WWF a eu comme président Philippe Germa, auparavant directeur d’un fonds d’investissement dédié aux énergies renouvelables, tandis que son frère Jean-Michel Germa a vendu ses parts de la société La Compagnie du Vent à Engie : nous sommes en plein écolo-business ! Songez que France Nature Environnement soutient les parcs éoliens en mer et est partenaire d’Engie, que la LPO est partenaire du syndicat de promoteurs France Energie Eolienne. Il faut aussi parler de l’OFATE, l’Office franco-allemand pour la transition énergétique, structure de lobbying financée par le gouvernement français et abritée dans les locaux du ministère de l’Ecologie ! Il y a un « écosystème éolien » cohérent où les associations écologiques donnent leur caution (ce qu’on appelle le greenwashing) aux promoteurs éoliens tandis que les hommes politiques aident à l’installation ou modifient les lois. Tout cela pour imposer une « dictature verte » au mépris de la volonté des populations dont les avis, négatifs majoritairement en ce qui concerne l’éolienne, ne sont pas pris en compte.

— Ce système tiendra-t-il longtemps ?

— Les promoteurs de l’éolien disent que tout va bien. Le Mondetitrait ce 8 octobre : « Eoliennes : la filière française prend son envol » ! Ce n’est que de la propagande. Je crois plutôt qu’on va assister à un crashde l’éolien dans les prochaines années, car il est indéfendable. La bulle spéculative est partout dans le monde en train d’exploser ! •

Propos recueillis par Guy Denaere

guy Denaere

2 commentaires sur “Écologie : les scandaleux paradoxes de l’éolien

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