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Chute du Mur de Berlin – Les nostalgiques de l’ancien monde

Personne ne lit le magazine d’extrême gauche Politis, à part dans les radios d’Etat. Cette feuille se situe au carrefour du PC et des « insoumis », avec une petite pincée trotskiste en prime. Elle fait partie de ces organes pour communisants qui, tel des poulets sans tête, continuent à courir, alors qu’ils sont déjà morts. Car Politis, comme L’Humanité et le PC lui-même, est décédé en novembre 1989, avec la chute du Mur. Ce n’était d’ailleurs pas de chance pour Politis, qui s’était créé à peine deux ans plus tôt, et qui espérait, à travers une lecture critique – mais d’extrême gauche, tout de même –, nous raconter comment l’Europe de l’Est allait corriger les défauts du communisme réalisé pour instaurer une société vraiment anticapitaliste et vraiment socialiste. (Politis était – et est sans doute toujours – un journal très pertinent, jugez-en : la une de son premier numéro, le 21 janvier 1988, portait ce titre, « La France manque d’immigrés » !)

Les peuples ont secoué leurs jougs, et à part la Roumanie qui a sombré dans la plus parfaite des corruptions, tous les pays de l’Est ont basculé dans un sympathique et définitif anticommunisme, et se sont même donnés à « l’extrême droite » (à lire Politis).

Bientôt sera commémoré le 30e anniversaire de la fin du communisme européen avec la chute du Mur, et Politis veut faire réfléchir ses lecteurs sur la question suivante : est-ce que ce fut une bonne chose, que cette libération de l’Europe de l’Est ? A lire le texte de présentation du colloque, l’horreur a au contraire commencé à la chute du Mur : « montée des nationalismes, rétractations identitaires, retours au religieux ». (Tout ce que nous, on aime, soit dit en passant !)

Le constat de Politis est négatif. Les nationalistes, les identitaires, les religieux, ne sont plus persécutés, torturés, assassinés, dans les caves de la SB en Pologne, de la Stasi en Allemagne de l’Est, du StB en Tchécoslovaquie, des fameuses Tchéka, Guépéou, NKVD et KGB en Russie.

Politis nous l’assure : il n’est pas question de nostalgie, mais de comprendre pourquoi ses rédacteurs et ses lecteurs vivent un tel cauchemar depuis 1989. Politis a simplement oublié d’inviter à son colloque les principaux intéressés, les habitants de l’ex-Allemagne de l’Est et des autres pays précédemment asservis. Le magazine a préféré inviter à son colloque une sénatrice d’extrême gauche nommée Esther Benbassa, une ancienne ambassadrice de Palestine (on voit le rapport !), ou encore un militant d’ATTAC, organisation gauchiste, souvent mêlée, à ce titre, aux black blocs.

Ce sont ces gens-là que le Sénat accueillera le vendredi 25 octobre. La logique aurait été d’interdire à des adeptes du terrorisme d’Etat tels que l’ont pratiqué les dirigeants communistes de l’Est pendant 45 ans, de remâcher publiquement leur haine d’un monde sans police secrète pour mater les opposants.

Si le public de Politis voulait vraiment comprendre ce qui s’est passé en novembre 1989, cette réappropriation de leur identité par les peuples de l’Est, et le rejet du marxisme, mais aussi du matérialisme de l’ultralibéralisme, il leur suffirait, après la tentative de lavage de cerveau sous les ors de la République, de traverser la rue, et de se rendre à la Nouvelle Librairie, 11, rue de Médicis, où quelques milliers de livres les attendent pour les renseigner, et mieux que ne l’auront fait les vieux crabes nostalgiques de cet indécent colloque. •

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