Le système veut nous faire taire

La subvention qu’octroie l’Etat aux quotidiens d’opinion à faible ressources publicitaires ne nous sera donc plus octroyée. La presse vraiment libre a toujours eu du mal à assurer sa survie. Comment ne pas songer à notre glorieux prédécesseur, le quotidien de l’Action française, dont nous sommes en train de dépasser la longévité ? Il s’agissait dans ses pages d’une souscription permanente, sans laquelle rien n’eût été possible à Maurras, Daudet ou Bainville.

Votre quotidien tient le cap tant bien que mal depuis 1982, malgré les embûches, les procès de toutes sortes, l’arrêt des subventions d’Etat (voir l’article de Francis Bergeron dans notre numéro daté de mardi) dû, déjà dans le passé, à des politiciens que n’étouffent ni les scrupules ni la volonté d’assurer la pluralité des opinions. Chers lecteurs, vous connaissez tout cela, auquel s’ajoutent les difficultés de la presse d’une manière générale, bien plus difficiles à supporter pour une petite équipe comme la nôtre.

C’est donc un nouveau coup dur qui s’additionne à tous ceux que nous avons connus jusqu’ici, un véritable coup de Jarnac (pourquoi se priver d’une allusion à la période mitterrandienne qui, elle aussi, a vu l’assèchement de notre subvention ?). Francis Bergeron vous a annoncé les nouvelles économies que nous sommes bien forcés d’envisager, papier moins fort et surtout, la mort dans l’âme car nous savons combien vous y êtes attachés, réduction à 12 pages du numéro du samedi avec son supplément littéraire que vous appréciiez tant nourri de ses 16 pages.

Une mauvaise plaisanterie

Le pire est que ce mauvais coup nous est donné avec la plus pure hypocrisie. Le prétexte a l’air d’une mauvaise plaisanterie : nous ne vendons pas assez cher notre journal ! Bien évidemment, les règles du jeu ne nous sont pas connues. On songe aux minuscules caractères qui figurent subrepticement à la fin d’un contrat préparé par des escrocs – mais ici, pas de caractères du tout ! Bien sûr, les textes de lois et les circulaires permettent éventuellement au quidam qui les analyserait avec une grande minutie et en prenant beaucoup de temps, de comprendre qu’il faudrait avoir augmenté les tarifs : mais, en vérité et raisonnablement, dans un pays normal, c’est à l’administration de vous faire savoir que vous risquez de ne plus bénéficier d’une subvention dont, c’est le moins qu’on puisse dire, les critères d’attribution sont opaques. Il est insensé qu’un gouvernement qui prétend protéger le pouvoir d’achat des Français pénalise un journal pour n’avoir pas suffisamment augmenté ses tarifs, alors que le prix toujours plus important des périodiques détourne de plus en plus de lecteurs de l’achat.

Nous combattrons jusqu’au bout

Chers lecteurs, permettez-moi une comparaison : vous êtes comme les fidèles qui assistent à l’office et entendent leur pasteur durant le sermon leur asséner qu’il faut bien régulièrement venir à la messe : vous, vous achetez déjà votre journal, au numéro ou sur abonnement, et nous vous en sommes infiniment reconnaissants puisque c’est tout simplement à vous que nous devons notre survie. Nous aimerions tant ne pas devoir redire combien nous avons besoin de vous, et pouvoir tout simplement assurer notre travail quotidien, avec opiniâtreté et joie !

Cette fameuse subvention qui nous fait défaut et nous oblige encore une fois à crier « A l’aide ! » est prévue pour les « quotidiens d’opinion à faibles ressources publicitaires ». Ainsi, nous apprenons (mais ne le savions-nous pas déjà ?) que Libération, L’Humanité, etc. défendent des opinions, tandis que Présent défendrait des quasi-délits, des valeurs non républicaines, des « idées nauséabondes ». Il serait donc « normal » de ne pas recevoir de subventions pour cela.

Maurras avait coutume de reprendre la formule venue d’Anatole France dans L’Orme du mail : « La République est un régime qui gouverne mal mais se défend bien. » On cherche à vous empêcher de trouver, cinq fois par semaine, un quotidien dans lequel vous lisez des informations et des commentaires qui correspondent autant que possible à la vérité, et que vous ne rencontrez nulle part ailleurs. Un quotidien qui ose défendre la France et ses racines chrétiennes – car si vous n’êtes pas tous catholiques, ni même chrétiens, vous êtes conscients de l’importance de ces racines dans notre civilisation. Notre petit instrument ne résonne pas beaucoup, mais il gêne malgré le bruit ambiant du grand concert médiatique. Aidez-nous à maintenir cette petite musique indépendante qui vous manquerait si on la faisait taire. •

Anne Le Pape

2 commentaires sur “Le système veut nous faire taire

    1. Bonjour Dominique, non, malheureusement aucun recours possible pour l’année 2019.
      la Rédaction

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