Brigneau-Matzneff – Le véritable anticonformisme

Cette anecdote, qui me fut racontée par François Brigneau lui-même, me revient en tête, portée par l’actualité. Novembre 1982 : Brigneau, qui a fondé Présent il y a quelques mois avec Jean Madiran et Bernard Antony, signe son ouvrage le plus récent qui paraît (sans trop de publicité) aux éditions de La Table Ronde ; il s’agit d’un recueil d’articles parus dans Minute sous le titre Mon village à l’heure socialiste. Roland Laudenbach, le directeur de La Table Ronde, est tout fier de présenter l’un à l’autre deux écrivains de la maison : en effet, Gabriel Matzneff est de passage dans les locaux. L’auteur de Ivre du vin perdu et des Moins de seize ans, encensé dans les milieux « intellectuels » de la capitale (voir Présent du 28 décembre), tend alors la main au journaliste dont le courage et la plume sont appréciés par un grand nombre de lecteurs et craints par ses adversaires politiques. Mais Brigneau refuse de la prendre et explique posément, devant un Roland Laudenbach pétrifié : « Monsieur, je ne vous serre pas la main : je suis père et grand-père ! » •

Lors de l’affaire du Coral, ce « lieu de vie » soixante-huitard, pour enfants en difficulté, où plusieurs éducateurs pratiquaient une « pédagogie » à base de pédophilie, des « esprits libres » avaient pris la défense des criminels.

Le dessin de Chard publié dans le numéro 200 de Présent (23 octobre 1982) résume bien ce dossier peu ragoûtant. On y voit un petit garçon en train de lire un livre de Matzneff (à côté de livres de Cohn-Bendit, Jean Genet, J.L. Hennig, Lewis Carroll). Notre dessinatrice fustigeait ainsi ces intellectuels qui, par leurs écrits – du moins dans l’affaire du Coral –, avaient favorisé ces viols d’enfants. •

Anne Le Pape

Un commentaire sur “Brigneau-Matzneff – Le véritable anticonformisme

  1. Il est un peu rapide de dire que Matzneff était “encensé” par les milieux intellectuels parisiens. Il a par exemple été tôt écarté du Monde. Et quel que soit le jugement sur sa personne (qui gagnerait à être formé à la lecture de ses livres, non à celle de deux ou trois extraits répétés en boucle par les médias), il reste un écrivain important, l’un de nos meilleurs prosateurs. Il se distingue également par sa grande liberté d’esprit (en témoigne d’ailleurs son attitude — sans réciproque — à l’égard de Brigneau).

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