Québec : un manifeste contre le dogmatisme universitaire

De notre correspondant au Québec. – L’avenir, c’est la jeunesse. Voilà un truisme qu’on ressort à toutes les sauces et à toutes les occasions. Souvent, on s’en désole, mais parfois, cela nous permet d’envisager un avenir meilleur. Cette semaine, plus d’une soixantaine d’étudiants québécois s’affirmant nationalistes signaient une lettre ouverte dans les médias québécois pour mettre fin au monopole de la gauche sur les universités québécoises et aussi pour clamer leur droit à une opinion différente, ce qui devrait aller de soi dans des institutions censées être des lieux de débats et de confrontation d’idées, mais qui est hélas loin d’être le cas.

Ces jeunes, que leurs professeurs auraient aimés plus dociles et moins critiques, ont compris que derrière le vernis diversitaire duquel se réclame le professorat se cache en fait un bloc idéologiquement monolithique :

« Beaucoup de départements d’arts, de sciences humaines et de droit dans les universités et les cégeps sont, depuis plusieurs années, noyautés par des professeurs de la gauche postmoderne. 

Ayant réussi à monopoliser les lieux de pouvoir, ils sélectionnent minutieusement leurs camarades idéologiques au sein du corps professoral. Véritables apôtres de la tolérance, ces enseignants ont ironiquement du mal à tolérer toute forme de pensée contraire à la leur. Leurs opinions sont présentées comme des faits, et les faits sont délogés au statut de « construction sociale ». »

Les professeurs Jean Laberge et Normand Baillargeon, épurés pour leur indépendance d’esprit, ne pourront que leur donner raison.

Ces nouveaux bonzes de la pensée unique « accumulent les luttes victimistes propulsées par les campus américains, tout en évitant soigneusement d’aborder la question de la subordination du Québec au Canada. » Selon eux, nous n’assistons pas seulement à un formatage idéologique, mais plus profondément à une américanisation de l’enseignement supérieur, une tendance contre laquelle le chanoine Lionel Groulx avait mis en garde le Québec s’il ne voulait pas perdre son âme et sa spécificité.

Le phénomène ne semble pas vouloir se résorber puisque « ce qui s’avérait n’être d’abord qu’une mode idéologique tend de plus en plus à se cristalliser et à étendre ses tentacules. »

Ce que les étudiants souhaitent, c’est que les dissidents soviétiques comme Alexandre Soljenitsyne désiraient : le « droit à la dissidence ». Les jeunes ne se font guère d’illusions. Ils n’espèrent pas un corps professoral moins dogmatique ou ayant une diversité d’opinion réelle, seulement avoir le droit d’être en désaccord, le droit de penser par eux-mêmes.

Ces jeunes sont loin d’être naïfs et savent qu’ils subiront probablement les foudres de leurs professeurs pour leur fronde publique. Mais, leur intégrité vaut davantage que les faveurs de leurs maîtres, aussi finissent-ils leur manifeste en affichant clairement leur refus de se conformer :

« Que les nouveaux curés se le tiennent pour dit : nous ne céderons rien, nous ne reculerons pas, nous ne nous tairons pas, nous ne donnerons aucun gage de respectabilité. Les universités et les cégeps doivent être le lieu de la pluralité des opinions et de leur échange dans un cadre respectueux et juste. Sans quoi, il faudra changer leur nom pour camps de rééducation. »

La jeunesse n’est pas morte!

Remi Tremblay

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