Routiers : le salaire de la peur

Manque de protection, aires d’autoroutes fermées, livraisons de marchandises non essentielles, et même… « réflexions désagréables » : alors qu’ils jouent depuis des semaines un rôle capital dans l’approvisionnement des centres névralgiques de notre pays, les routiers ne supportent plus le manque de réactivité du gouvernement face à leurs demandes. Au point que, samedi, les branches transport de trois syndicats (CFDT, FO et CFTC) les ont appelés à exercer leur droit de retrait individuel à compter du 30 mars. Et si le mouvement a été assez peu suivi lundi, une dégradation de la situation durant la semaine n’est pas improbable.

« On ne pourra pas aller jusqu’à la fin du confinement »

« Le gouvernement avait promis beaucoup de choses mais, à part l’ouverture des parkings, il n’y a pas d’amélioration ! », ne décolérait pas lundi Patrice Clos, de FO Transports. Une colère partagée par la CFTC Transports, qui avertissait de son côté que « c’est toute la chaîne du transport qui est à protéger, sinon on ne pourra pas aller jusqu’à la fin du confinement ». Principal motif de grogne chez les routiers, bien sûr : leur manque de protection (masques, gants, etc.) face à l’épidémie. Mais aussi : la fermeture des stations et restaurants autoroutiers, qui les privent d’accès aux sanitaires et aux douches, la poursuite des livraisons de marchandises non essentielles, ou encore, hélas, la bêtise de certains individus qui les rejettent par peur de la contagion…

Une colère que comprennent la plupart des chefs d’entreprises de transport, eux-mêmes inquiets pour leurs chauffeurs. Comme Philippe Bonneau, secrétaire général de l’OTRE Normandie, qui expliquait ce week-end que « les organisations syndicales ont raison de protester » et rappelait que « les chefs d’entreprise ont réclamé dès le début […] des mesures de protection pour les chauffeurs » mais que « cette profession n’est pas jugée prioritaire » ! Pire encore : lors de son intervention dimanche, le ministre du Travail Muriel Pénicaud, citant l’exemple des routiers, se défaussait lamentablement sur le patronat en rappelant que les employeurs étaient « responsables » de la mise « en place des protections » nécessaires pour leurs salariés contre le coronavirus…

Les droits de retrait pourraient se multiplier

Malgré tout, leur conscience de jouer un rôle décisif au moment où notre pays traverse une crise sans précédent aura, semble-t-il, poussé une majorité écrasante de routiers à ne pas exercer lundi leur droit de retrait comme les y avaient pourtant appelés leurs syndicats. En effet, selon Alexis Degouy, de l’Union des entreprises de transport et logistique de France, pour qui le mouvement n’est encore qu’« anecdotique », « sur des entreprises qui emploient 60 000 salariés », on aurait recensé lundi « moins d’une dizaine de cas ». Ce qui ne veut pas dire, s’est-il empressé d’ajouter, « qu’on ne prend pas en compte les préoccupations » des chauffeurs. Car « ce sont de vraies inquiétudes que les salariés expriment ». Surtout, il n’est pas impossible que, devant l’absence de réponse du gouvernement, la situation n’en vienne pas à se dégrader dans la semaine. Car, comme le confiait lundi Thierry Douine, de la CFTC Transport, « au début il y avait un devoir moral d’assurer les livraisons, quitte à ne pas totalement respecter le Code du travail. Mais le temps passe. Et après 14 jours la question du droit de retrait doit effectivement être posée »… •

Franck Deletraz

Un commentaire sur “Routiers : le salaire de la peur

  1. Tant qu’il y aura des énarques partout dans le gouvernement et les ministères, les travailleurs patrons et salariés ne seront jamais aidés. Cette caste de hauts fonctionnaires vit aux dépends de ceux qu’elle devrait servir.

    Il faut revenir à une organisation royale avec des confréries gérant chaque métier, chaque industrie ; les travailleurs du secteur productif privé n’a rien à attendre de bon de ces parasites de fonctionnaires. Alors que de règlement en règlement, certains routiers attendent finalement trop du ” gouvernement ” … qui ne gouverne rien mais se gave de prébendes. Des syndicats gauchistes pleurent même pour plus d’assistanat, réclamant même que des transports routiers soient nationalisés, dans la continuité du fret ferroviaire qu’ils ont ruiné.

    Les USA s’ approchent de cette organisation humaine : la forme, la puissance des camions n’est pas fixée dans les bureaux de fonctionnaires ignorants. Les camionneurs disposent d’un lit, et aussi d’une cuisinette, d’une douche et d’un wc, et de placards pour provisions, vêtements, arme, etc. Un autre monde qui respecte le travailleur.

    Le frêt ferroviaire se porte aussi très bien, dérogeant ainsi les routes du transport de certaines marchandises.

    On ne regarde pas assez du côté du pays de la liberté de parole et du droit à porter des armes. Ces attributs ne sont pas que symboliques. Ils traduisent dans les faits la primauté accordée à la personne. Tout le reste est à l’avenant. Les transporteurs comptent sur eux et par sur des fonctionnaires.

    Que les régions s’occupent plutôt de l’entretien des routes et des ouvrages, des secours d’urgence, et de la mise hors d’état de nuire des bandits, et des migrants qui attaquent les camionneurs pour passer les frontières. Chacun son boulot !

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