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In memoriam : docteur Xavier Dor (30 janvier 1929-4 avril 2020)

Son bon sourire n’illuminera plus nos universités d’été. Nous n’entendrons plus sa voix chaleureuse nous dire, après qu’il nous eut chaleureusement serré les mains, et comme si nous étions les seuls à compter à ses yeux : « Oh ! Comme je suis heureux de vous voir ! » Alors qu’il n’avait fait que reconnaître notre voix, étant aux trois quarts aveugle…

Il ne sera plus, à la face du monde, la si parfaite incarnation de la belle devise : « fortiter ac suaviter, courageusement et avec douceur », témoin exigeant et sacrifié de la radicalité de l’Evangile.

Parce que nous le trouvions toujours devant nous chaque fois que la vie de l’enfant à naître était en danger, nous croyions, naïvement, qu’il serait éternellement avec nous.

Il nous a quittés et nous ne parvenons pas à le croire. Il nous manque déjà.

Le docteur Xavier Dor est décédé ce 4 avril, victime du coronavirus, « mal qui répand la terreur, mal que le ciel en sa fureur inventa pour punir les crimes de la terre » (Jean de La Fontaine in « Les animaux malades de la peste »). Dès la promulgation de la loi Veil, en 1975, le docteur Dor, pédiatre puis embryologiste, s’était engagé dans la défense de la vie humaine innocente, fondant en 1986 l’association SOS Tout-Petits.

Trois leçons

Le docteur Dor nous a appris trois choses essentielles.

Tout d’abord : « La conscience n’est pas la lumière, elle est l’œil qui regarde la lumière. » Il existe une réalité objective du bien et du mal. L’homme a la responsabilité de rechercher cette réalité qui s’appelle la loi naturelle. Il n’a pas à décider de ce qui est bien et de ce qui est mal.

Ensuite, il est essentiel de bien distinguer le pécheur et le péché. Ce qu’il faut condamner, c’est le péché. Quant au pécheur il faut implorer pour lui la miséricorde de Dieu. Cette miséricorde dont nous savons qu’elle est sans limites, mais pas sans conditions.

Le Dr Dor, le 19 mai 2019, lors de la manifestation en soutien à Vincent Lambert devant l’hôpital Sébastopol à Reims. « On tue à tous les âges, quand on est petit, quand on est grand ; c’est affreux », a-t-il déclaré ce jour-là.(Photo : Hélène Rochefort)

Enfin, le combat pour la défense de la vie humaine innocente revêt une dimension eschatologique. Ne sont pas en jeu que des forces naturelles. Ce combat met aux prises Satan lui-même avec la Création. Ce que Satan hait en toute créature humaine, c’est qu’elle soit constituée à l’image de Dieu. Entraver la vie et son développement, c’est ainsi réduire le nombre des élus appelés à partager la vision béatifique avec Dieu. Contre cette action proprement satanique il n’existe qu’un remède : « Cette sorte de démons ne se vainc que par la prière et la pénitence » (Mt XVII, 21).

Ses adversaires ont présenté le docteur Dor comme un ayatollah illuminé. Il n’y avait pas plus doux ni plus raisonnable que ce digne vieillard, très cultivé, d’une candeur désarmante, qui nous a fait l’amitié et l’honneur de participer à quasiment toutes nos universités d’été depuis sa première venue en 1996 (« Face à la culture de mort » in Qui a peur du baptême de Clovis ?).

Le docteur Dor n’était pas un adepte de la langue de bois. A rebours de nombreux mouvements pro-vie toujours dans la surenchère sur leur positionnement « aconfessionnel et apolitique », il se voulait fièrement catholique et dénonçait, sans relâche, la franc-maçonnerie dans laquelle il voyait l’origine de toutes les législations diaboliques contre le respect de la loi naturelle : avortement, divorce, contraception, etc. Plusieurs fois il manifesta et pria devant le siège du Grand Orient de France, rue Cadet. Le docteur Dor n’était pas l’homme des « accommodements raisonnables » ni d’une honnête médiocrité mondaine, mais un cœur ardent, toujours jeune de l’éternelle jeunesse de la vérité.

Nous confions, dans la prière et l’espérance, la belle âme du docteur Dor à la miséricorde de Dieu. En d’autres temps, c’est à Notre-Dame de Paris que se fussent célébrées les funérailles de ce héraut de l’Evangile de la vie, avec grand concours de peuple et foule de cardinaux, évêques et archevêques. Pour l’heure, plus modestement, nous nous réjouirions d’un communiqué de la Conférence des évêques de France pour saluer la mémoire de ce bon et fidèle serviteur… Si nous avons perdu, ici-bas, un ami et un maître, nous ne doutons pas d’avoir gagné, au ciel, un protecteur et un intercesseur. Requiescat in pace. •

Jean-Pierre Maugendre

Délégué général de Renaissance Catholique

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