Déconfinement : le plan d’Édouard Philippe rejeté par le Sénat


Son long discours évoquant un « moment critique » de la crise que nous traversons depuis des mois et l’impossibilité de « rester confiner » plus longtemps, tout comme ses pleurnicheries sur le « coût social et économique colossal » d’un confinement que le chef de l’Etat et lui-même ont mis en place parce qu’ils étaient en réalité incapables de gérer comme il le fallait l’épidémie de coronavirus n’y auront rien fait : comme l’on pouvait s’y attendre, le Sénat a rejeté lundi soir le plan de déconfinement d’Edouard Philippe. Non pas seulement en raison de ses nombreuses erreurs et incohérences, mais aussi, comme l’a dit Bruno Retailleau au Premier ministre, parce qu’« on ne peut plus vous croire sur parole », celle-ci ayant « fait l’objet de trop de contradictions voire de contrevérités ».

Vers une reprise des cultes le 29 mai ?

Confirmant à la tribune la plupart des grandes lignes du plan de déconfinement qu’il avait présenté devant l’Assemblée, Philippe avait pourtant pris soin d’annoncer les quelques ajustements auxquels il a procédé cette semaine pour répondre aux nombreuses critiques qui se sont exprimées ces derniers jours. C’est ainsi que le Premier ministre s’est dit « prêt à étudier » une possible reprise des cultes le… 29 mai ! Trop aimable… Parmi les autres « ajustements » annoncés, une aide de 200 euros sera versée début juin à quelque 800 000 jeunes « précaires ou modestes » de moins de 25 ans qui ont perdu leur travail ou leur stage, ainsi qu’aux étudiants ultramarins isolés qui n’ont pas pu rentrer chez eux. Concernant les collèges, le port du masque ne sera obligatoire que si les règles de distanciation physique ne peuvent être respectées. Profitant par ailleurs de son intervention devant le Sénat pour répondre à la polémique sur l’arrivée massive de masques chirurgicaux dans les grandes surfaces, Philippe a affirmé qu’« il n’a pas, il n’y a jamais eu de stocks cachés », qu’« il y a des commandes massives », et qu’« il faut un certain temps avant qu’elles se concrétisent en millions de masques disponibles pour l’ensemble de nos concitoyens ».

Un vote sans incidence

Autant d’explications et d’« ajustements » qui n’auront cependant pas convaincu, et on le comprend, le Sénat qui, par 89 voix contre 81 et 174 abstentions, a donc rejeté ce plan. Si les Républicains, majoritaires, ont pour la plupart d’entre eux fait le choix de s’abstenir, communistes et socialistes ont, quant à eux, voté contre le projet pour, a expliqué le patron du groupe PS Patrick Kanner, faire « un vote de défiance globale sur la gestion de la crise par le gouvernement ». Gestion qu’il a qualifiée de « catastrophique » concernant les masques. Reste que ce vote, tout comme celui de l’Assemblée, n’est que consultatif et donc sans incidence. On notera enfin que le Sénat, s’il s’est prononcé contre le plan de déconfinement du gouvernement, a en revanche donné son feu vert à un dispositif visant à aménager le régime de responsabilité pénale des employeurs, élus locaux et fonctionnaires qui seront amenés à prendre des mesures pour permettre la sortie du confinement. Ce dispositif stipule notamment que, pendant l’état d’urgence sanitaire, « nul ne peut voir sa responsabilité pénale engagée » pour des contaminations par le coronavirus, sauf en cas d’intention délibérée, imprudence ou négligence. •

Franck Deletraz

Un commentaire sur “Déconfinement : le plan d’Édouard Philippe rejeté par le Sénat

  1. A quoi sert un sénat si c’est seulement pour ce refus du bout des lèvres ? Il aurait du s’autosaisir du dossier dès le début.

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