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« L’État français a failli sur tout »

Entretien avec Stéphane Ravier

« Belle nouvelle que Présent soit de retour en kiosque ! Une bouffée d’oxygène nationale et réellement démocratique », réagit M. le sénateur lorsque je lui annonce notre numéro spécial. S’ensuit un déconfinement politique avec l’élu RN marseillais connu pour son franc-parler.


— Commençons par évoquer un Marseillais dont il a été beaucoup question : le Professeur Raoult.

—Je ne le connais pas personnellement mais j’ai été très fier qu’un Marseillais soit le centre du monde. Ce chercheur au look inattendu est une vraie référence internationale dans son domaine. Or les médias, les politiques, les consultants l’ont traité comme un idiot et quasiment comme un dangereux criminel. De quoi me le rendre sympathique. Si cette personne encourt les foudres de tous ceux qui nous ont mis dans la m…, sans débat, sans pouvoir se défendre, je me dis qu’elle mérite qu’on l’écoute. Qu’on étudie donc ce que propose le Pr Raoult !

— Etant admis qu’une telle crise n’est pas facile à gérer, en quoi l’Etat a-t-il failli ?

— L’Etat français a failli sur tout. Le peu de mesures prises ont été très en deçà de ce dont avaient besoin les Français, les particuliers comme les commerçants, les entreprises. Elles ont de plus été prises avec retard. A la tête de cet Etat, on trouve des gens incompétents, imprévoyants, volontiers menteurs : qu’en obtenir ? Si j’en crois Libération, ils savaient que les stocks de masques attendaient d’être renouvelés et ne l’ont pas fait. En janvier, Mme Buzyn, encore ministre de la Santé, a informé le gouvernement que la catastrophe allait arriver, elle n’a pas été écoutée. Ils ont menti sur l’utilité des masques : le 13 mars, le Premier ministre a dit qu’ils ne servaient à rien, le 5 avril, le ministre de l’Intérieur demandait aux Français de faire don de leurs masques aux hôpitaux ! Même chose pour les tests de dépistage. La conséquence de tout cela, ce sont des Français morts du coronavirus, plus de 25 000 aujourd’hui – sachant que ne sont pas encore décomptés les malades à domicile. On accuse la Chine de maquiller les chiffres, mais la France se comporte comme la dernière république soviétique d’Europe. Le gouvernement a donc opposé des mesurettes à une crise sanitaire majeure. Y compris dans le domaine économique : un report des charges pour les TPM-PME ? Elles sont à l’agonie, il faudrait une exonération. Les 200 euros pour les étudiants qui bénéficient des APL sont insuffisants. Mais peut-on financer « en même temps » la politique d’immigration massive et la protection de nos compatriotes ? Le gouvernement a choisi. Les conséquences de tout cela, ce ne sont pas seulement des points en moins pour le PIB, ce sont des morts.

— Les deux derniers mois ont montré que ce ne sont pas les technocrates qui font tourner le pays. Cette crise n’est-elle pas, d’une certaine façon, le triomphe des Gilets jaunes ?

— Heureusement que la France des Gaulois réfractaires, incultes, à qui le gouvernement a envoyé la troupe durant les mois de manifestation, avec dureté – je parle des vrais Gilets jaunes, pas de la racaille d’extrême gauche – heureusement que cette France a assumé sa tâche ! Les Français des ronds-points ont fait tourner les hôpitaux, les commerces, les services dans des conditions difficiles et dangereuses. Cette France que Macron déteste, elle ne se mobilise pas pour une idéologie ou des « valeurs » désincarnées, mais pour le bien commun. Elle est le pays réel, et non le pays « en marche » qui est une imposture.

— Cette crise a mis en évidence le triste sort réservé à nos « aînés ». Y a-t-il un scandale des EHPAD ?

— Les EHPAD gérés par le privé font ce qu’ils veulent, c’est le principe du privé. Ce qui est gênant, c’est l’abîme entre des tarifs souvent prohibitifs et le résultat : pas loin de 10 000 morts. Le personnel est notoirement insuffisant. Et là encore la dissimulation a joué : les chiffres ont mis du temps à émerger. L’Etat n’a pas cherché à savoir ce qui s’y passait, alors qu’il était manifeste qu’un dysfonctionnement majeur se produisait. Le « marché » ne peut pas tout réguler, il fallait intervenir. Là encore l’Etat a été absent.

— Cette crise a aussi officialisé la fracture de la France en territoires distincts : contrôlables d’un côté, incontrôlables de l’autre.

— La France « taches de léopard », comme dirait Zemmour… François Hollande avait annoncé cette partition à venir, résultat de quarante années d’une politique immigrationniste forcenée. Aujourd’hui, vous avez raison, c’est officiel. Dans les banlieues, la priorité n’était pas de faire respecter le confinement (parce qu’en réalité les forces de l’ordre n’ont pas les moyens de le faire respecter). Parallèlement le préfet de police de Paris, Didier Lallement, roule des mécaniques et annonce qu’il sera « intraitable » vis-à-vis des Franciliens. On a pris acte, au sommet de l’Etat qu’il y a deux France. La France des Gilets jaunes, qui travaille et paye ses impôts, avec qui on est sans pitié, sur qui les lois de la République s’abattent à coup de 135 euros d’amende si on sort sans autorisation de déplacement – et cette autre France, disons plutôt cette anti-France à laquelle la loi républicaine ne s’applique pas. Or la nature a horreur du vide. En l’absence de loi républicaine, s’installe la loi du plus fort, la loi des délinquants, la loi de la charia… Les responsables politiques et les médias regardent ailleurs. Une sorte de capitulation complaisante. L’attentat islamiste de Colombes contre deux policiers et l’insulte d’un policier qui traite un Maghrébin de « bicot » ont le même traitement médiatique. Cela finira mal, disons plus exactement : cela va déjà très mal.

— Dans son allocution du 13 avril, Macron a souhaité un « monde d’après » sans idéologies. De quelles idéologies serait-il souhaitable de se débarrasser ?

— La première de toute, d’où découlent beaucoup d’autres : le sans-frontiérisme. Notez que l’Union européiste, dans cette crise, est portée disparue : elle est la première victime du coronavirus. C’est une bonne chose. La crise aura démontré l’inutilité, sinon la nocivité, de cette institution. Ce monstre impotent est incapable de réaction en cas d’urgence. Mais les seuls signes de vie de l’UE durant cette crise ont été pour continuer de promouvoir le sans-frontiérisme ! L’Etat met des barrières partout, sous le nom de « distanciation sociale », notre vie est parsemée de frontières intérieures – mais entre les pays, non, c’est impensable. Nous avons affaire à des idéologues, le premier d’entre eux étant Emmanuel Macron. Le sans-frontiérisme est un pilier du mondialisme. A ceux qui proposaient les circuits courts, le localisme, la réindustrialisation, le « fabriqué français » par des Français, les mondialistes répondaient : ringards ! racistes ! Eh bien il serait bon que le monde d’après mette en œuvre cet enracinement de la production agricole et économique dont la crise sanitaire a montré la nécessité. Il ne faudrait pas que ce soit une mode passagère, mais bien une conviction – jusqu’à maintenant il n’y a que le Rassemblement national qui l’a, cette conviction. Elle n’est en rien synonyme de repli sur soi, contrairement à ce que les mondialistes prétendent. Il ne s’agit que de retrouver le pays réel et son fonctionnement, tout ce qu’ils ont combattu férocement depuis trente ans. •

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