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Les « masques tricolores », des Gilets jaunes à l’italienne ?

Alors que le pays entame lentement son déconfinement et que se dessine un avenir économique incertain pour la péninsule, des citoyens ont réinvesti la rue pour dénoncer la gestion gouvernementale de la crise ainsi que les dérives liberticides des autorités italiennes. Arborant des masques aux couleurs du drapeau national, ils ont pour modèle assumé le mouvement des Gilets jaunes qui a marqué l’actualité politique de leur voisin français.

Ce mouvement commence à prendre de l’ampleur dans toute l’Italie et suscite un important écho médiatique notamment du fait d’un étonnant mélange de « spontanéisme » et d’organisation rigoureuse. L’utilisation des « masques tricolores » a pour but de dénoncer « l’oppression de la dictature sanitaire ». En leur donnant une connotation « identitaire » et « rebelle », les manifestants détournent le sens de ces « masques de protection » et frappent les esprits. Bien que soutenu par le mouvement de la droite radicale Casapound Italia, le mouvement ne se veut pas directement « politique », dans le sens partisan du terme, et cherche à agréger un maximum de citoyens, notamment parmi les catégories sociales les plus touchées par la crise issue de l’urgence sanitaire.

En marchant dans les rues, en occupant les places, à Rome notamment, les « masques tricolores » veulent également clairement réaffirmer leur attachement à une « liberté » qui a été presque totalement suspendue pendant plusieurs mois.

Si des personnalités politiques de l’opposition au gouvernement sont tentées de se rapprocher de cette contestation, elles sont invitées à intervenir et à agir à titre uniquement individuel et personnel. Les « tricolores » veulent éviter toute récupération à visée électoraliste mais également se prémunir contre l’écueil de la désorganisation, de l’absence de direction claire et du « chaos » qui avait grandement fragilisé le mouvement des Gilets jaunes. « Sortie de l’Union européenne, priorité aux Italiens, protectionnisme économique… », une plateforme de revendications et de propositions est en cours de réalisation afin de donner une assise « programmatique » à la mobilisation.

Face à celle-ci, le gouvernement a tout d’abord réagi par la répression, arrêtant de nombreux manifestants et dressant d’innombrables procès-verbaux – niant ainsi clairement le principe constitutionnel de droit à manifester. Mais suite aux réactions scandalisées d’une partie de l’opinion publique qui voit d’un bon œil l’expression de ces inquiétudes populaires largement partagées, les autorités semblent avoir changé leur fusil d’épaule et privilégient désormais la négociation. Ainsi les plus récentes manifestations romaines ont été autorisées et encadrées par les forces de l’ordre.

S’il est bien entendu trop tôt pour savoir ce qui adviendra de ce mouvement – feu de paille ou lame de fond –, il est intéressant de le suivre, notamment parce qu’il nous rappelle que les masques sanitaires ne doivent pas être des bâillons ni des muselières et qu’il faut au plus vite sortir de la sidération causée par cette crise sans précédent afin de reprendre le combat politique pour la défense de nos droits et libertés. •

Xavier Eman

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