En France comme en Corée – Un « état d’urgence » permanent ?

L’état d’urgence sanitaire arrive à échéance le 10 juillet. En principe, au-delà de cette date, la vie est censée redevenir « comme avant ». Mais le gouvernement laisse filtrer des informations sur une éventuelle prolongation de l’état d’urgence deux mois de plus. Au nom du risque d’une nouvelle vague. Or certains experts nous annoncent un retour du Covid-19 chaque année à la même période. Alors pourquoi pas un état d’urgence permanent ? Ce serait plus simple, non ?

La décision serait déjà prise : sauf divine surprise, l’état d’urgence sanitaire sera prolongé jusqu’en septembre. Un vote de l’Assemblée pour entériner la mesure serait même planifié pour le 17 juin. Il ne s’agit pas de poursuivre les restrictions sur les libertés, nous disent les macronistes qui font actuellement « fuiter » l’information – pour tester les réactions. Il s’agit uniquement de prolonger la validité des textes de loi permettant de continuer à restreindre les libertés fondamentales, si deuxième vague il y a.

Mais chaque année, pour ne pas dire chaque mois, on peut trouver des motifs justifiant une telle prolongation : la crise économique qui vient, et qui sera sans doute très importante dès la fin de cette année, avec une montée, inédite par sa rapidité, du chômage. Mais, avant cela, échapperons-nous à des violences raciales de type Minneapolis ? Et pourquoi pas à une deuxième vague de terrorisme islamique ? Ne serait-il pas plus simple, à la chinoise, à la communiste, en fait, de baptiser « républicain » ou « citoyen » un état d’urgence perpétuel ? Après tout, les dictatures communistes se définissent toujours comme « démocratiques ».

Ainsi que croient le comprendre certains adeptes des théories dites « complotistes », le confinement a constitué (au moins de fait) un merveilleux galop d’essai, et le système d’encadrement à la chinoise montre que le peuple est prêt à l’accepter, et qu’il y a encore une marge de progression. Très concrètement, c’est grâce à l’état d’urgence qu’ont pu être imposés les fermetures d’établissement scolaire, l’obligation du port du masque dans les transports en commun, la fermeture de tous les commerces non alimentaires, les restrictions drastiques aux déplacements individuels, les mesures de confinement, le contrôle des lieux de réunion, l’interdiction des rassemblements, le traçage des rencontres, et aussi la dévolution de missions de police (en particulier amendes et procès-verbaux) à d’autres catégories professionnelles.

Circonstances exceptionnelles et limitées dans le temps

L’état d’urgence est tout simplement un outil d’exercice de la dictature. Nous ne sommes pas du genre à rejeter par principe la dictature. Il y a des situations où la « bonne dictature » est nécessaire (le Chili de 1973, Franco, etc.) Mais il faut des circonstances exceptionnelles et limitées dans le temps. On comprend donc pourquoi certains élus sont méfiants, voire hostiles.

Le ministre de la Santé nous dit que l’état d’urgence sanitaire, ce n’est pas la même chose, c’est pour « prendre soin de nous », selon la formule désormais consacrée. Le problème, c’est que Xi Jinping ou Kim Jong-un disent exactement la même chose : c’est pour le bien des Chinois, des Coréens du Nord, pour prendre soin d’eux dans tous les actes de leur vie, qu’on limite leurs transports, qu’on les contrôle, qu’on les espionne, qu’on les trace. •

Francis Bergeron

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