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Affaire Fillon – Vers un scandale d’État

Eliane Houlette, ancien procureur du parquet général pour les affaires financières, vient de jeter un énorme pavé dans la mare, pour ne pas dire « dans le marigot ». C’est elle qui avait traité l’affaire Fillon, en 2017, affaire qui a coulé l’ancien Premier ministre de Sarkozy, et ouvert à Macron la voie royale que l’on sait, en lui dégageant le terrain sur son centre droit. Le 10 juin, sous serment, devant les députés d’une commission d’enquête parlementaire, l’ancien procureur, à la retraite depuis l’an dernier, a reconnu avoir subi de la part de son supérieur hiérarchique des pressions considérables sur ce dossier.

Ce supérieur, le procureur général Catherine Champrenault, connaissait à fond le dossier, multipliait les demandes, s’ingérait « au quotidien » dans l’affaire et les procédures. Ces demandes, ajoute Eliane Houlette, étaient d’un « degré de précision ahurissante ». L’ancien procureur a indiqué aux députés qu’elle avait vraiment ressenti ces interventions comme « une énorme pression ».

Dès le 18 juin, Le Point a répercuté l’information. Le même jour, le député LR Eric Ciotti interpellait le président Macron et prononçait le mot de « forfaiture ». La réaction rapide, mais moins que celle qui avait suivi les révélations à l’encontre de Fillon.

Car dans le dossier Fillon de 2017, sans parler du fond, la stupéfiante anomalie avait été la célérité de l’instruction, ce qui avait permis de faire exploser en vol le favori des sondages. Cette rapidité était une exigence du procureur général, qui réclamait sans arrêt « des remontées d’information ».

Le dossier à charge contre Fillon était sorti dans Le Canard enchaîné du 25 janvier. Moins d’un mois plus tard, une information judiciaire était ouverte, un juge d’instruction désigné. La descente aux enfers du favori de la présidentielle commençait. Les médias constatent aujourd’hui cette « subite accélération du tempo judiciaire » Ils ne s’en étaient pas formalisés, à l’époque. Mais les détails livrés par Mme Houlette donnent à l’affaire une coloration de scandale d’Etat.

Des dénis de justice le plus souvent précédés par des lynchages médiatiques

L’avocat de Fillon a beau jeu de soutenir que des pressions ont été exercées « pour passer sous silence les éléments à décharge ». L’un des meilleurs chroniqueurs judiciaires, Stéphane Durand-Souffland (voir par exemple ses papiers sur l’affaire Viguier ou sur l’affaire d’Outreau), considère que la procédure contre Fillon est « désormais pourrie de l’intérieur ». Il y a, écrit-il, un « lien trouble qui entache la réputation d’impartialité de la justice ».

La justice n’est pas identique pour tous, nous le savons à travers d’innombrables cas qui nous sont remontés de nos correspondants et de nos lecteurs. Il suffit par exemple de relire le dossier « Méric », publié en hors-série par Présent, il y a deux ans. Qui plus est, ces dénis de justice sont le plus souvent précédés par des lynchages médiatiques.

L’intérêt de l’affaire Fillon, c’est que les choses semblent s’être passées pour lui comme pour le premier identitaire venu : condamnation médiatique « avant dire droit », pièces confidentielles du dossier publiées dans la presse, directives ou pressions pour orienter l’enquête et le jugement, etc.

A qui le crime – si le crime de forfaiture existe – a-t-il profité ? A Macron, certes. Mais il n’en est pas à l’origine. En tout cas Fillon étant un très gros morceau, les choses n’en resteront pas là. •

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