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Québec : les mots au pilori

De notre correspondant au Québec. – En 1968, alors que le Québec était en pleine ébullition et que le Front de libération du Québec, groupuscule indépendantiste, défrayait les manchettes avec ses bombes, Pierre Vallières, un felquiste qui s’était réfugié chez les Black Panthers américains avant d’être capturé et incarcéré aux États-Unis, écrivait un réquisitoire contre le colonialisme anglo-saxon au Québec, « Nègres blancs d’Amérique ».

Dans cet ouvrage, résolument de gauche et inspiré du marxisme et des théories de décolonisation, Vallières, qui avait côtoyé amicalement les militants noirs américains, comparait la situation des Québécois avec celle des noirs. Le livre fut évidemment un succès auprès de la gauche québécoise souverainiste durant des années.

Mais en 2020, le livre choque. Son contenu, personne ne s’y intéresse. C’est le titre qui choque. Non pas l’analogie entre Québécois et afro-américains, mais le choix du mot, un mot devenu tabou et ce peu importe le contexte.

Ainsi, une pétition circule actuellement à l’Université Concordia à Montréal pour dénoncer un professeur qui a osé citer à haute voix le nom de ce livre qui fut, quoiqu’on en pense, marquant dans l’histoire du Québec. En juin dernier, l’animatrice de l’émission The Weekly, Wendy Mesley, avait suspendue de la chaîne gouvernementale CBC pour avoir osé prononcer le titre du livre à deux reprises.

Pierre Vallières était antiraciste, ami des Black Panthers même, mais le mot « nègre » fait désormais partie du langage « verboten ». À quand l’autodafé pour se débarrasser des œuvres de Vallières?

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