Faut-il brûler Beyrouth ?

De notre correspondant au Liban. On a du mal à y croire tant c’est énorme : l’incendie qui s’est déclaré jeudi dans le port de Beyrouth a pris dans un entrepôt de la zone franche où la Croix-Rouge stocke de l’aide alimentaire. « L’entrepôt en feu, c’est là où la Croix-Rouge entrepose des milliers de colis alimentaires et un demi-million de litres d’huile […]. Notre opération humanitaire risque d’être sérieusement perturbée », a indiqué sur Twitter le directeur régional du Comité international de la Croix-Rouge pour le Proche et Moyen-Orient, Fabrizio Carboni. Le directeur par intérim du port a pour sa part noté que le hangar en question contenait des pneus et des huiles alimentaires. Enfin, pour l’armée libanaise, il s’agirait d’un dépôt de pneus et d’huile de moteur qui aurait pris feu vers 13 h 30, semant la panique dans les quartiers de Beyrouth.

Une réunion urgente du Conseil supérieur de défense s’est tenue à 19 heures au palais présidentiel de Baabda, à l’issue de laquelle Michel Aoun a déclaré que « l’incendie d’aujourd’hui peut être un acte de sabotage ou le résultat d’une erreur technique, d’une ignorance ou d’une négligence et, dans tous les cas, la cause doit être connue le plus tôt possible et les auteurs doivent rendre des comptes », avant de demander aux « appareils concernés et à l’administration portuaire de contrôler et d’inspecter le contenu des hangars et conteneurs qui se trouvent actuellement au port ». On aurait voulu croire qu’une telle vérification avait déjà été menée plus d’un mois après la dévastation de la moitié de la capitale libanaise…

Sur le plan judiciaire, le ministre sortant de la Justice, Marie-Claude Najm, a demandé au procureur général près la cour de Cassation d’ouvrir une enquête « immédiate et approfondie » étant donné « la sensibilité et la dangerosité » de cette affaire. Du côté de la rue libanaise, on affirme sans ambages que l’incendie de jeudi ne serait qu’une machination terroriste visant à faire partir en fumée les premiers éléments de l’enquête menée conjointement par des experts libanais mais aussi français et américains sur le site de l’explosion apocalyptique du 4 août et conservés en zone franche. C’est en tout cas ce qu’ont affirmé via Twitter le leader druze Walid Joumblatt ainsi que l’ex-député souverainiste Fares Souaid.

A la suite de cette enquête préliminaire, ce sont quelque 25 personnes qui ont été mises en état d’arrestation ces dernières semaines, notamment quatre officiers subalternes, le directeur général du port, le directeur général du transport maritime et terrestre, le directeur général des douanes, Badri Daher dont, d’après le site d’information PoliticalPen, la santé se serait malencontreusement et soudainement dégradée en prison. Au lendemain de l’application des premières sanctions économiques américaines frappant directement deux personnalités très influentes du système Hezbollah, Ali Hassan Khalil et Youssef Fenianos, ex-ministres des Finances, de la Santé et des Travaux publics, les Libanais se demandent où le serpent enfumé frappera la prochaine fois… •

Sophie Akl Chedid

Un commentaire sur “Faut-il brûler Beyrouth ?

  1. Difficile de croire à un accident le 4 août dans ce port ou toyt, absolument tout est contrôlé par le Hezbollah. Comment pas croire à une décision du Hezbollah de détruire le quartier chrétien pour asséner aux chrétiens un ultime coup qui leur serait mortel ?

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