Le « miracle » Libération

Nouvelles du CLAP

Le CLAP est le Club des Lecteurs et Amis de Présent. Il se veut trait d’union entre la rédaction de Présent et ses lecteurs.


Nos lecteurs sont très attentifs au sort de la presse écrite et manifestent beaucoup d’ambitions pour Présent. Nous ne les en remercierons jamais assez.

Un lecteur nous écrit par exemple : « J’ai bien compris que L’Humanité, “journal de Jean Jaurès”, quoique devenu communiste et donc sorti du giron socialiste il y a cent ans, sera toujours renfloué d’une façon ou d’une autre par les pouvoirs publics, compte tenu de son caractère soi-disant “historique”. Mais comparez-vous plutôt au gauchiste Libération. Non seulement il s’est sorti de sa nième crise, mais il s’en sort par le haut, puisqu’il n’appartient plus à un multimilliardaire mais à une fondation “pour l’indépendance de la presse”. Vous devriez faire de même. »

Le conseil pourrait être pertinent mais notre lecteur n’a que la version « grand public » de la situation de Libération. Oui, Libération est sorti du giron du multimilliardaire Patrick Drahi et de sa holding Altice (ce qui la fichait mal pour un journal se voulant très à gauche, pour ne pas dire d’extrême gauche). Oui, Libération est désormais détenu par une fondation à but non lucratif.

Mais pour ce quotidien, les choses se présentent comme suit : il perd actuellement environ dix millions par an (comparé à Présent qui est à l’équilibre en termes de résultat d’exploitation). Drahi avait repris Libération à la demande de François Hollande, alors président de la République (ce qui donnait quelque poids à cette demande…). Pour se désengager de ce boulet financier, Drahi a donc accepté de s’asseoir sur 60 millions de dettes cumulées du journal à l’égard de son groupe, et de doter la fondation propriétaire de 15 millions d’euros.

15 millions ? C’est insuffisant, estiment les experts, il faudrait sans doute le double pour que le journal continue à paraître normalement, sans nouvelles menaces pour sa survie à court terme. La nouvelle direction (c’est Denis Olivennes, l’ancien patron de la FNAC, lisez donc son pedigree complet sur le site de l’OJIM), assure que Drahi remettrait la main au porte-monnaie à hauteur de 5 millions d’euros pour une dotation complémentaire au profit du fonds propriétaire, et qu’il pourrait même aller jusqu’à 20 millions d’euros, si c’est la condition de la pérennité du titre. Ceci alors même qu’il n’existe plus aucun lien juridique ou économique entre Drahi, le groupe Altice, et Libération.

S’attaquer aux charges de Libération ? Ça va faire mal

20 millions par-ci, 60 millions par-là, nous ne courons malheureusement pas dans la même catégorie. Mais ce n’est pas Présent qui est sous-dimensionné, c’est à l’évidence Libération qui vit largement au-dessus de ses moyens. Libération compte deux cents salariés, quand Présent n’en compte que dix. Les charges annuelles de Libération représentent environ 33 millions d’euros par an, quand celles de Présent dépassent un peu un million. Toutefois en résultat d’exploitation annuel, nous avons, comme indiqué plus haut, l’équilibre d’un côté, dix millions de perte par an de l’autre.

Olivennes a annoncé qu’il allait s’attaquer aux charges de Libération. Le changement de propriétaire va faire jouer l’effet d’aubaine de la clause de conscience au profit d’une partie des salariés (ce qui va dans un premier temps pomper la trésorerie du journal). Par ailleurs, le déménagement de Libération est annoncé (il paie actuellement deux millions d’euros de loyer annuel, alors qu’à titre de comparaison le loyer de Présent représente à peine plus de 1 % de cette somme, mais l’équipe travaille il est vrai dans des conditions spartiates). Enfin le plan de redressement de Libération prévoit que la direction sera confiée à l’ancien patron du quotidien israélien de gauche Haaretz. Il a un beau carnet d’adresse, de dimension mondiale. Cela devrait lui assurer ses arrières… Quant à dire que cette direction exercée par un grand notable étranger n’influera pas sur la ligne de Libération, c’est une autre question. Mais Drahi avait aussi la nationalité israélienne.

Vous voyez, cher lecteur, qu’il existe quelques petites différences fondamentales entre Présent et Libération (outre les différences sur le fond). Ceci pour le pire et pour le meilleur. Pour Présent, il n’y a pas de Drahi de droite, pas d’Olivennes, pas d’Haaretz, pas d’annonceurs publicitaires étatiques ou prestigieux. Juste ses lecteurs. « Est-ce que l’arrière tient ? » s’interrogeaient les poilus, dans les tranchées, en 14-18. Présent tiendra tant que ses lecteurs le soutiendront. Cela répartit le risque sur quelques milliers de personnes, ce qui, au fond, est plutôt rassurant par les temps qui courent. •


Un jeudi sans Bruno Gollnisch dans Présent ? Depuis un an qu’elle existe, sa « libre page » est devenue un incontournable. Pas d’inquiétude : notre collaborateur prend quelques jours de congés (studieux) et retrouvera son rendez-vous hebdomadaire avec nos lecteurs fin septembre ou début octobre. Patience, donc ! •

Francis Bergeron

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