Le coût psychologique du confinement

Savez-vous comment un enfant apprend à parler ? Par mimétisme, nous dit la science. Autrement dit, il observe les adultes et les autres enfants produire des sons, lesquels forment des mots, des phrases, lesquels sont assimilés aux actions qui les suivent. Ensuite, l’enfant essaye de reproduire ces sons, en imitant la forme de la bouche des locuteurs qui l’entourent. Or, les locuteurs étant masqués, un nombre extrêmement préoccupant d’enfants a pris un retard critique dans l’apprentissage du langage. Privés de possibilité visuelle d’observation ils ne peuvent guère imiter leurs aînés. Ce retard sera-t-il un jour comblé ? Malheureusement, rien n’est moins sûr. Une génération entière est peut-être sacrifiée. Et ce n’est qu’une microscopique partie du problème.

Car chaque génération est touchée de manière propre mais de manière forte. « Il est difficile d’avoir vingt ans en 2020 », avait déclaré le président, il y a quelques semaines. Immédiatement, et c’est de bonne guerre, des montages photo comparant un consommateur de Netflix et de chips avec un Marie-Louise de 1813, ou un caporal de Verdun en 1916 avaient fleuri. Certes, les souffrances de ces générations ne sont pas comparables. Mais à chaque époque son mal, et les souffrances psychologiques que traversent nos contemporains sont à prendre très au sérieux. D’ailleurs Présentalertait sur le sujet dans ses numéros 9737 et 9745, avec deux angles précis : le suicide et les dépressions relatives aux faillites. Indéniablement, le coût psychologique du confinement sera très élevé.

Le manque de vie intérieure consubstantiel à la société du spectacle est comblé en temps ordinaire par la consommation et les fréquentations artificielles. Mais le temps libre ayant explosé ces derniers temps, nos contemporains n’ont plus d’échappatoire et se retrouvent face au vide. Dès lors, la pression financière et les faillites deviennent des épreuves insurmontables. Et la spirale de la dépression et de son corollaire triste se met en place. La consommation d’alcool, de stupéfiants et de médicaments augmente, renforce le sentiment de solitude, aggrave in fine les problèmes sociopsychologiques. Les chiffres, si chers à la technocratie qui nous gouverne, commencent à documenter de manière statistique l’effroyable vague de dépression qui s’abat sur les Français. D’ailleurs, le directeur général de Santé publique France, Jérôme Salomon, a officialisé le chiffre de 21 % de Français en dépression ou proches de l’être. Pour 11 % au début de l’automne. Une multiplication par deux.

La dépression a des conséquences visibles, et d’autres plus sournoises mais tout aussi graves. Le dépressif peut se montrer lunatique, agressif avec son entourage, avoir d’immenses difficultés à travailler, il est extrêmement fatigué à cause des insomnies, et peut perdre de sa libido. Ce cercle vicieux aura des répercussions immédiates et fortes. Par exemple, l’explosion de nombreux couples, avec les conséquences dramatiques économiques et sociales pour les ex-conjoints et enfants. Ensuite, au-delà des cercles familiaux et personnels, les entreprises souffriront du manque de productivité, de créativité et d’assiduité de ces travailleurs dépressifs. Il ne s’agit pas de choisir entre économie et humain, mais de comprendre que ces cercles de sociabilité et d’épanouissement se croisent et s’entrecroisent. Sans prospérité, pas de joie de vivre ; sans joie de vivre, pas de prospérité. Une population dépressive, c’est l’arrêt de mort à moyen terme d’un peuple. Nous avons le devoir impérieux de rendre le courage à nos concitoyens. Votre quotidien sera en première ligne chaque jour pour cette bataille. •

Benoît Busonier

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