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L’illusion libérale

De notre correspondant au Québec. – Il n’est pas fréquent que la prose d’un journaliste garde de sa fraîcheur bien longtemps, de par la nature même de son métier, et il est d’autant plus rare qu’elle lui survive. Rares sont les journalistes à avoir vécu une telle postérité. C’est pourtant le cas du fondateur de Présent, Jean Madiran, mais aussi de Louis Veuillot, qui à travers ses articles et le journal La Vérité qu’il avait lancé, s’adressait à ses contemporains, mais nous parle toujours. Et son message, loin d’être dépassé, est selon la formule consacrée plus actuel que jamais. C’est un message intemporel de Foi, une exhortation au courage moral et à la droiture. On pourrait le résumer en une seule et unique phrase : il ne faut pas succomber à l’air du temps, surtout quand l’air est vicié.

Il faut remercier les Éditions de la Vérité, dont le nom même est un clin d’œil au journaliste français, pour la récente réédition de L’illusion libérale, originellement paru en 1886, alors que le siège pontifical était occupé par Pie IX.

Dans ce texte duquel transpire une Foi ardente, loin de la tiédeur conspuée par le Christ, Veuillot exhorte à rejeter le libéralisme, et ce malgré la sincérité de ceux qui se targuent d’être des catholiques libéraux. On peut imaginer que Jean Madiran pensa à ce livre lorsqu’il écrivit son Ils ne savent pas ce qu’ils font, dénonçant à son tour les catholiques de gauche près de cent ans après Veuillot. Toujours est-il que Veuillot nous met en garde : « Suivre le courant », « c’est à quoi se résument ces fameuses inventions et ces grandes fiertés du libéralisme catholique. Et pourquoi suivre le courant? Nous sommes nés, nous sommes baptisés, nous sommes sacrés pour remonter le courant! »

Il faut donc refuser de succomber à ce fameux air du temps et au présentisme. Comme il le remarque avec justesse, cet impératif d’adapter le catéchisme aux souhaits du moment, « sauf respect, c’est au moins une niaiserie. L’Église est de son temps, en a toujours été, en sera toujours, parce qu’elle est de tous les temps. » À écouter ceux qui voudraient voir l’Église plier aux modes, on peut se demander si le Saint-Esprit a changé d’avis, que le message de Dieu n’est plus le même parce que les hommes s’habillent en femmes et que les enfants se multiplient sans pères, ni mères.

In fine, le libéralisme, liberté mal comprise, signifie élever l’erreur au niveau de la vérité, les placer sur un même socle.

Le libéralisme n’est pas qu’une illusion, c’est une véritable hérésie et comme toute hérésie, elle « excelle à caresser toutes les faiblesses et fait flèche de toutes les convoitises », d’où les « dangereux échos » qu’elle rencontre dans notre monde, d’autant plus qu’elle se drape du manteau de la vertu, se parant des atours catholiques.

Bien que la situation puisse sembler critique en vue des évènements présents, Veuillot nous rappelle l’une des grandes vertus chrétiennes : l’espérance.

« Notre histoire est le récit du triomphe de Dieu par la vérité désarmée de toute politique humaine à l’égard des princes à l’égard du monde. »

• Louis Veuillot, L’illusion libérale, Éditions de la Vérité, 2020, 75 p.

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Commentaires

2 commentaires

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SABARY Olivier - 4 décembre 2020

Libéraux en théorie, mais dictateurs dans les faits, Macron, Joe Biden, Justin Trudeau!

Dominique - 7 décembre 2020

Que voulait dire libéralisme dans les années 1880 ?

Sans mettre ce terme dans son contexte historique, on éclaire imparfaitement le combat les forces du bien contre les forces du mal. Certes les ecclésiastiques français - pour parler d'eux - ont abandonné leur roi pour embrasser un mauvais régime de démocratie, et ont été co-responsables de l'invention de la " démocratie-chrétienne" très, très criticable.

Mais aujourd'hui le libéralisme "à la française" incarne toujours la liberté individuelle contre la tyrannie des hommes de l'Etat, la responsabilité professionnelle contre par exemple des juges idéologues et irresponsables, la propriété familiale contre la spoliation des familles par l'impôt. En quoi donc ce libéralisme d'aujourd'hui, ainsi brièvement éclairé, serait il un ennemi du christianisme ?

Le vrai libéralisme n'est nullement un ennemi du christianisme ; au contraire il en est un héritier, et il.a aussi pour ennemi les franc-maçons, les?marxistes, les islamistes et autres idéologies qui visent aussi à détruire la religion chrétienne. Ne nous trompons pas d'ennemi et ne mélangeons pas tout. Depuis la fin du 19ème siècle les temps ont changé. Libéralisme et christianisme ont les mêmes ennemis.

Regardons la monarchie à la française - absolue et de droit divin - elle fut économiquement et socialement libérale. Sous l'observance de la loi naturelle ( de Dieu chrétien ), la protection des armeées royales, et l'élévation par la foi, la société et les métiers étaient organisés de façon parfaitement libres. Les métiers étaient gérés avec leurs libres corporations, et les villes avaient leurs milices ; les commissaires et les parlements appliquaient seulement la loi bienveillante de la Couronne. D'où la suppression des corporations par les Révolutionnaires français...
Pour résumer et faire court, le "libéralisme à la française" applique des principes chrétiens dans l'organisation de la société.

Rien à voir avec le " liberalism" des Anglo-américains qui a pris un autre chemin et est devenu un néo-communisme, par nature athée et anti-chrétien. C'est peut-être ce liberalism que Louis Veuillot entrevoyait ?

Dommage en tout cas d'accuser ainsi - sans droits de réponse - ce qui devint par la suite une doctrine philosophique et économique, mais qui fit avec la religion chrétienne la grandeur de la France royale. Car le vrai libéralisme pourrait contribuer à sortir aujourd'hui nos pays ( France, Canada ) et d'autres, des griffes des technocrates, des mondialistes. des néo-communistes bien sûr, et même des islamistes, qui sont tous des systèmes d'oppression de l'homme. Car le vrai libéralisme s'oppose évidemment aux monopoles de toutes sortes, qu'ils soient privés ou d'états.
Notons en passant que ce sont les écclésiastiques jureurs français qui ont accompagné l'État républicain pour priver le peuple de ses libertés, de ses responsabilités, de ses propriétés familiales, et ils continuent. Sans omettre de citer le mal qu'ils font toujours à l'Église ( pour le Canada je ne sais pas.)

Pour un droit de réponse à Loyis Veuillot, souhaitable, il faudra citer, par exemple, Frédéric Bastiat, et le contemporain Pascal Salin. Et aussi Chateaubriand : catholique, libéral, et royaliste...

Bien avant la venue de Jésus-Christ les Grecs philosophèrent sur la notion de liberté ; le Fils de Dieu y ajouta la Vérité, qui nous rend libres ! Et si les philosophes et économistes libéraux modernes ont étudié la notion de liberté ce n'est pas pour détruire cette Vérité, mais pour contrer la tyrannie de la majorité qui est propre au régime de démocratie. Il fallait bien réagir aux méfaits de la démocratie.

En un mot, il me parait dommageable de vouer aux enfers le ( véritable ) libéralisme qui est, dans nos sociétés devenues peu chrétiennes, l'ultime rempart contre les tyrannies. économiques, sociales, et politiques. Il vaudrait mieux expliquer aujourd'hui les méfaits du régime de démocratie et montrer la supériorité, en toutes choses, du régime de monarchie ... à la française encore une fois : c'est à dire absolue ( = tempérée ) et de droit divin ( = sous l'autorité de la loi naturelle ). Dejà Jean Bodin expliqua au 17ème siècle la supériorité du régime de monarchie dans son traité " Les six principes de la république. "

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