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Le gang des intouchables

La galaxie Duhamel

Ce vomitif DUHAMéli-mélo

 

Quelle éclatante revanche posthume pour notre ami Emmanuel Ratier, emporté par une crise cardiaque en août 2015 alors qu’il explorait en famille un aven ardéchois ! Car en 1996, il avait fait trembler la République en publiant Au cœur du pouvoir, enquête sur le club le plus puissant de France (éd. Facta), que devaient suivre deux éditions complétées. Une somme, reconnaît Wikipédia, constituant « le seul ouvrage consacré au club Le Siècle ».

La chute d’un pape de la République

Or, qui avait été le recruteur puis l’indéboulonnable président du Siècle ? Olivier Duhamel, l’un des plus influents politologues français jusqu’à ce que, dans un livre retentissant, La Familia grande paru au Seuil, sa belle-fille Camille Kouchner, 45 ans, ne l’accuse d’inceste sur son jumeau « Victor », âgé de 13 ans à l’époque (voir Présent de jeudi). Et avec tant de précisions à l’appui que, indiquant n’avoir « rien à dire » – pour une fois ! –, l’illustre constitutionnaliste résignait le 4 janvier ses fonctions. Dont la présidence de la Fondation nationale des sciences politiques, chargée des orientations stratégiques et de la gestion administrative et financière de Sciences Po, et la présentation de l’émission Mediapolis sur Europe 1… qui, dans son point médias du lendemain, expédiait le scandale en quarante secondes. Quant à Sciences Po, son directeur Frédéric Mion, successeur de l’homosexuel pervers et tiers-mondiste Richard Descoings (qui connut à New York une mort très glauque – lire Richie, récit de Raphaëlle Bacqué publié par Grasset en 2015), lui-même naguère protégé de Jack Lang et parrain de l’association Isota militant pour le mariage et l’adoption d’enfants par des couples homosexuels, s’est dit « sous le choc ».

Tout le monde savait… y compris Kouchner

Bernard Kouchner, le père soulagé que d’autres se soient chargés de la révélation des faits.

Vraiment ? Mais « je ne révèle rien. Tout le monde savait », accuse encore Camille Kouchner, cette fois dans Le Monde, ce que confirme la réaction moins indignée qu’embarrassée de Bernard Kouchner : « Un lourd secret qui pesait sur nous depuis trop longtemps a été heureusement levé. » Pourquoi cet apôtre de la transparence s’était-il si longtemps tu alors que l’intégrité et la santé mentale de son propre fils étaient menacées par les entreprises de Duhamel ?

C’est dans sa villa provençale que le prédateur a sévi, début 1980 : « À Sanary, on rit, on bronze, on débat, on peint le monde en rose. Gaîté et intelligence. Les enfants vivent comme les adultes et appellent leurs parents par leurs prénoms », la nudité et les beuveries sont de rigueur de même que des substances plus illicites. Ce qui attire force intellectuels et personnalités politiques dont l’ancien ministre de l’Education nationale Luc Ferry, la garde des Sceaux Elizabeth Guigou, aujourd’hui chargée d’une mission sur la répression de… l’inceste (!), dotée d’un budget annuel de 4 millions d’euros, etc. Daniel Cohn-Bendit faisait-il aussi partie de ce que Duhamel appelait « la familia grande », par référence aux révolutionnaires latino-américains alors très à la mode ? En tout cas, il l’aurait mérité puisqu’il avait écrit en 1975 dans son livre Le Grand Bazar (éd. Belfond) : « Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller… S’ils insistaient, je les caressais quand même », précisant sur Antenne 2 en 1982 : « Quand une petite fille de cinq ans et demi commence à vous déshabiller, c’est fantastique. » Enfoncé, Gabriel Matzneff !

Luc Ferry, ancien ministre de la Jeunesse et de l’Education, habitué des fêtes de Sanary.

Au reste, Duhamel et Cohn-Bendit s’entendaient comme larrons en foire puisqu’ils cosignèrent au Seuil un Petit dictionnaire de l’euro où, « européens engagés », ils proclamaient que « la suppression pacifique des monnaies nationales, l’adoption volontaire d’un instrument commun d’échange est un événement considérable, une grande ambition pour l’Europe, le plus concret des gestes pour les Européens. » On a vu la suite.

Castro, « mon amant, mon amour »

En premières noces, le politologue, fils de l’ancien ministre centriste Jacques Duhamel, avait épousé la princesse Leïla Murat, elle-même sœur de Salomé Murat, femme du banquier puis ministre Albin Chalandon – qui, sans jamais l’abandonner, devait céder ensuite aux charmes de la journaliste Catherine Nay tout en se faisant vamper par Rachida Dati qu’il hissa sur le pavois. Divorcé, Duhamel se remaria avec l’agrégée de droit Evelyne Pisier, elle-même divorcée de Bernard Kouchner – trop hostile selon elle au Vietcong… et qui devait se consoler avec la journaliste Christine Ockrent ! – après une longue liaison avec Fidel Castro, « mon amant, mon amour », avouait-elle, auquel elle ne reprochait guère que son animosité contre les homosexuels.

L’amie de la famille, Elisabeth Guigou, aujourd’hui chargée d’une mission sur la répression de… l’inceste !

De dix ans plus âgée qu’Olivier et couverte d’honneurs – chaire à Science Po, Légion d’honneur – cette révolutionnaire enragée, par réaction sans doute contre un père maurrassien et pétainiste, était en revanche pour la paix des ménages. D’où sa répugnante réaction quand ses jumeaux lui apprirent la vérité sur Duhamel et le désir de Camille de rendre publics ses odieux agissements : « Salauds ! vous avez tout balancé ! Je hais votre perversité. Tout le monde maintenant va être au courant ! » Preuve qu’elle-même l’était déjà. Et que, comme n’importe quelle femme de miséreux au XIXe siècle, cette intellectuelle de haut vol avait fermé les yeux. Confite dans le pinard pour noyer ses désillusions, la mère indigne devait s’éteindre en février 2017 dans l’éden de Sanary où tout avait commencé. Entre-temps, Jack Lang l’avait promue directrice du livre et de la lecture au ministère de la Culture en 1989, et, en 1994, elle était devenue professeur émérite à l’université Panthéon-Sorbonne. Le crime paie.

Une mort suspecte

L’inévitable Daniel Cohn-Bendit et ses vantardises obscènes du Grand Bazar.

Parmi les « salauds », l’agrégée comptait sa sœur Marie-France qui, informée des viols à répétition de Victor, voulait « faire la peau » à son beau-frère. Elle aussi anticolonialiste et gauchiste – fin mai 1968, au volant de sa MG, elle exfiltra vers l’Allemagne Daniel Cohn-Bendit avec lequel elle eut une brève liaison –, elle avait épousé le socialiste Georges Kiejman, futur avocat de Malik Oussékine, de Charlie Hebdo et du pédomane Roman Polanski, futur ministre de la Justice sous Mitterrand mais également futur mari de la princesse Laure de Broglie, petite-nièce du ministre gaulliste Jean de Broglie, l’un des principaux liquidateurs de l’Algérie française, assassiné à Paris le 24 décembre 1976 « pour un motif lié à une indélicatesse commise par l’homme politique lors d’une affaire précédente portant sur plusieurs millions », selon un agent des Douanes – les archives sur ce crime ne seront ouvertes qu’en 2025.

Divorcée, la comédienne – ancienne maîtresse de François Truffaut – devait convoler en justes noces avec Thierry Funck-Brentano, pilier du groupe Lagardère et, le monde est décidément petit, cousin d’Olivier Duhamel. C’est lui qui, le 24 avril 2011 au matin, découvrit le cadavre (chaussé de bottes) de Marie-France Pisier dans la piscine de la villa familiale de Saint-Cyr-sur-Mer, non loin de Sanary. Accident, suicide ou meurtre ? Sous le titre « Le mystère s’épaissit », L’Est républicain énumérait le 27 avril 2011 les zones d’ombre du drame, le corps de la victime, pourtant nageuse émérite depuis son enfance à Nouméa, étant coincé « sous une lourde chaise en fer forgé ».

En tout cas, elle ne parlerait plus et il faudra attendre près de dix ans et le réquisitoire de Camille Kouchner pour que le grand public connaisse enfin la face obscure du grand moraliste Duhamel dont on apprend aujourd’hui qu’en 2011, des accusations d’inceste portées contre lui avaient été classées sans suite. Mais que n’aurait-on pas pardonné à cet ennemi résolu du Front national ? Interrogé par Libération le 13 octobre 1995 sur la popularité de Jean-Marie Le Pen, il conseillait ainsi : « Je ne dis pas qu’il faut interdire le FN mais qu’il faut se poser la question… En Allemagne ou en Espagne, on considère qu’un parti qui, soit par ses principes, soit par ses discours, soit par son mode de fonctionnement, ne respecte pas les droits de l’homme et de la démocratie peut faire l’objet d’une interdiction… Si le FN refusait cette prudence élémentaire, il tomberait sous le coup d’une éventuelle interdiction. »

De Charles X à Dreyfus

Marie-France Pisier,
celle qui voulait tout révéler…

Ainsi, entre vaudeville, dolce vita et tragédies, entre grands noms de l’Armorial de l’ANF et rescapés des schtetlech, vivait la grande famille de l’« élite » dont les choix, les oukases et la dissolution sociétale allaient enterrer le « cher et vieux pays » pour enfanter la France dégénérée de Macron. L’Antigone moderne que se veut Camille Kouchner a-t-elle échappé à la malédiction ? Avocate et universitaire, elle est la compagne de Louis Dreyfus, sauveur-naufrageur du groupe L’Obs dont il a accéléré le déficit. Louis est le fils de Tony, ancien député-maire du Xe arrondissement de Paris et ministre mitterrandien qui avait lui-même épousé Françoise Fabre-Luce. Autrement dit la fille du banquier Alfred Fabre-Luce – auteur censuré de Haute Cour (contre De Gaulle) et, accessoirement, rédacteur en chef de Rivarol en 1954-1955 – et de la princesse Charlotte de Faucigny-Lucinge, descendante de Charles X, le dernier des « 40 rois qui firent la France », et dont Louis Dreyfus se retrouve donc le petit-fils par alliance. Quo non descendet ? Hélas, il n’y a plus de Balzac pour disséquer cette nouvelle comédie humaine. •

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Commentaires

2 commentaires

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Dominique - 8 janvier 2021

Plutôt qu'un gang, une mafia de criminels sexuels.
Seront-ils poursuivis, tant l'auteur que ceux qui savaient, ou y a-t-il prescription ?

Roland Paingaud - 9 janvier 2021

L'éternelle mixture judéo-catholique de l'OUEST depuis le Grand Schisme d'Orient.
Cette puanteur plus la puanteur du show-business, qui inclut la presse, et vous avez la dynamique qui gouverne ce que les veaux distingués appellent, avec consomption académique, " notre démocratie parlementaire " , loin devant la science, l'art, la justice.

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