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L’enseigne-ment

Blanquer, roi du bug

Depuis mardi, les élèves sont censés travailler à la maison, avec une connexion à Internet. Mais les débuts ont été pour le moins laborieux. Des bugs ont compromis le démarrage, générant d’innombrables plaintes auprès du ministère de l’Education nationale.

Au début du macronisme, Jean-Michel Blanquer était le bon élève, et même le premier de la classe : il était à peu près le seul à savoir faire du « en même temps ». Il plaisait à la gauche par son laïcisme pur et dur, et sa proximité avec la maçonnerie rassurait ; et il plaisait à la droite par sa réhabilitation de la dictée et l’évocation d’un uniforme pour les écoliers.

Mais ce temps est bien révolu : sa bille de clown, ses yeux qui tourneboulent agacent. A gauche comme à droite, chacun ne rêve désormais que d’une chose : le mettre au coin, coiffé du bonnet d’âne. Quand les liaisons informatiques avec la plate-forme du CNED (Centre national d’enseignement à distance, qui dépend de son ministère) sont défaillantes, c’est haro sur le baudet !

Blanquer n’est évidemment pour rien dans ce ratage national mais, en politique, la chance (ou la malchance), ça compte, et le ministre semble être pris à son tour dans la spirale de l’échec.

D’autant que c’est le travail de son équipe qui est en cause. Il est en outre directement responsable de la gestion de crise et de la communication vers le public. Sur ce plan, ce sont ses directives, ses « éléments de langage » qui sont démultipliés dans tout l’appareil administratif de l’Education nationale, comme dans tout le corps professoral. L’Education nationale étant le premier employeur de France, cela fait du monde, plus d’un million de personnes.

Blanquer ne s’attendait apparemment pas à ces bugs massifs. Pourtant, l’an dernier, le dispositif de connexion à distance avait connu les mêmes déboires lors du premier confinement, ce que les syndicats se sont dépêchés de souligner, mettant cela sur le compte du manque d’effectif, du manque de formation, et des salaires insuffisants, un discours habituel à chaque rentrée des classes, mais inédit pour un mois d’avril.

Dans sa recherche de coupables, Blanquer a d’abord mis en cause les collectivités locales. Mais en bonne logique c’était au ministère de s’adapter aux moyens des collectivités locales et non l’inverse.

Quand un PDG contredit publiquement un ministre

Puis le ministre a indiqué que les espaces numériques de travail dépendent de l’opérateur OVH, et que celui-ci a vu ses moyens réduits depuis l’incendie de son centre de données de Strasbourg. L’incendie datant du 10 mars, on aurait pu penser qu’OVH avait retrouvé ses capacités de fonctionnement, sous le contrôle de son client numéro un, l’Education nationale.

Mais, depuis lors, le PDG d’OVH a formellement contesté tout lien entre l’incendie et les bugs. Quand un PDG contredit publiquement un ministre (et client !), on peut supposer que le PDG sait, lui, de quoi il parle.

Enfin, Blanquer a mis en cause des attaques informatiques, et le CNED a annoncé un dépôt de plainte. Qui ? Pourquoi ? Blanquer a précisé qu’il s’agit d’attaques « en provenance de l’étranger », et donc avec la complicité des autorités locales. La Chine, à cause des Ouïgours ? La Russie, pour faire élire Marine Le Pen ? L’Algérie, qui a toujours quelque chose à reprocher à la France ? La Turquie ? On se perd en conjectures. •

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