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Micmac chez les franc-mac

Cette franc-maçonnerie qui tue

L’affaire des tueurs de Créteil (voir Présent du 3 avril 2021), mise au jour, discrètement, l’été dernier, rebondit au fil des révélations concernant la loge Athanor, et les « missions spéciales » confiées à certains de ses membres. La F.M. est une secte qui irrigue l’Etat profond. Elle comptait semble-t-il une cellule de tueurs en son sein.

Tout avait commencé comme un roman de « série noire » : en août dernier, à Créteil, un promeneur matinal remarque deux individus, dans une Clio, semblant faire le guet. Leur attitude lui paraît si étrange qu’il prévient la police. Sans doute imagine-t-il un repérage de cambrioleurs. Mais l’affaire va se révéler bien plus grave. La police intervient, et découvre en effet que les hommes « en planque » sont armés, prêts à tirer. Les deux prévenus vont alors expliquer qu’ils appartiennent aux services secrets et qu’ils sont en mission : ils doivent assassiner une espionne du Mossad.

Mais au fil de l’enquête, il apparaît qu’il n’y a ni « mission » ni « espionne du Mossad », Marie-Hélène Dini est une simple formatrice en entreprise. Elle a récemment fait l’objet d’une agression, et ne comprend pas cette tentative de meurtre.

En fait les deux prévenus étaient des agents de sécurité – des garde-barrières, en somme – du site de Cercottes, où s’entraîne régulièrement la DGSE, le service de renseignement français. Les apprentis tueurs vont révéler qu’ils ont été recrutés et payés par les dénommés Frédéric Vaglio et Daniel Beaulieu pour tuer cette dame. Beaulieu est un ancien policier des RG, Vaglio, lui, développe des activités de services grâce à son réseau maçonnique.

Douze personnes mises en examen

Vaglio et Beaulieu sont en effet membres de la loge Athanor, affiliée à la Grande Loge de l’Alliance maçonnique française. Cette loge compte de nombreux hauts fonctionnaires, et notamment de hauts cadres de la police.

Au stade actuel de l’enquête, douze personnes sont actuellement mises en examen. La loge semble en effet avoir été la plaque tournante d’une véritable officine de barbouzes, active depuis près de dix ans au profit de ses membres. Plusieurs des inculpés ont parlé, en particulier Vaglio.

Vaglio a rencontré Beaulieu « chez les frangins », a-t-il expliqué, c’est-à-dire chez les maçons. Il a recruté des « clients » parmi les initiés, tandis que Beaulieu recrutait des hommes de main chez des militaires ou des policiers subalternes. Vaglio et Beaulieu avaient développé l’organisation de « missions spéciales » payées, pouvant aller jusqu’au meurtre. Ces actions n’étaient pas opérées dans l’intérêt du pays, comme ils le disaient aux hommes de main recrutés, mais dans le but de décourager (au mieux) ou d’assassiner (au pire), des personnes qui gênaient leurs « clients », membres de la loge.

Au stade actuel, ont été identifiés la tentative de meurtre sur madame Dini, pour une question de concurrence professionnelle, l’assassinat du coureur automobile Laurent Pasquali, en novembre 2018, pour une dette, un projet d’assassinat d’un syndicaliste CGT, un projet d’assassinat du député-maire LR de Saint-Maur-des-Fossés, Sylvain Berrios (en rivalité avec l’ancien secrétaire d’Etat UMP Henri Plagnol, qui, pour l’heure, dément formellement son implication), la très violente agression d’un autre élu LR. A été aussi évoquée la tentative d’assassinat de l’opposant congolais, le général Mbaou,

Un troisième « frangin »

La cellule maçonnique n’a reconnu qu’un seul meurtre, celui de Pasquali. Interrogé sur les tentatives de meurtre, Beaulieu a répondu : « Le nombre total, ça se compte sur les doigts d’une main. Et un seul assassinat a abouti. » Mais les enquêteurs s’intéressent également au meurtre non élucidé d’un ex-agent de la DGSE, Daniel Forestier, tué en mars 2019 près d’Annecy.

Au-dessus de Vaglio et de Beaulieu, il semble qu’un troisième « frangin » ait tiré les ficelles, un chef d’entreprise nommé Jean-Luc Bagur. L’affaire Dini, ce serait lui. Certains incendies criminels, ayant visé une associée de Bagur, ainsi qu’un employé de sa société, intéressent aussi les enquêteurs. Bagur était lié à Plagnol, la tentative de meurtre contre le rival de ce dernier à la mairie de Saint-Maur pourrait prendre alors un autre relief. On apprend au passage que le socialiste Julien Dray aurait touché 5 000 euros de Bagur pour favoriser son entreprise auprès du ministère du Travail…

Trois raisons expliquent le développement de telles pratiques au sein de la maçonnerie : d’abord le goût des actions secrètes. Ensuite un pouvoir incroyable et donc l’impunité qui en découle. Enfin, les innombrables passerelles et complicités ainsi créées au sein de la classe politique, médiatique, affairiste. Karl Zéro, qui ne passe pas vraiment pour un soutien de l’autel et du trône, évoquait dans L’Incorrect de janvier 2021, à propos de la pédophilie, l’impunité maçonnique : « ils se protègent dès qu’une ‟affaire” touche un frère. C’est automatique, pavlovien. » Au lieu de chercher du complotisme partout, le gouvernement ferait mieux de regarder là où il existe, et où il peut tuer. •

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