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Le radeau des médusés

Nous sommes sans doute au tournant de ces élections régionales et départementales des 20 et 27 juin. Les positions fortes ne pourront plus être significativement ébranlées et, pour ceux qui dévissent, les éventuels redressements seront limités. D’autant que la bataille politique n’oppose pas une poignée de femmes et d’hommes, comme pour une présidentielle, avec les risques liés à une faiblesse, une fatigue, un coup de blues, mais des dizaines de listes, des centaines de candidats pour les régionales, des milliers de candidats pour les départementales. En principe, il ne peut donc y avoir de phénomène global. Un mauvais débat, un dérapage, une défection ont des impacts limités à un canton, un département, au pire une région.

Il n’empêche que, à 45 jours du premier tour, il est intéressant de noter les deux points suivants : dans les intentions de vote, les électeurs RN sont les plus déterminés, tandis que la volatilité des électeurs EELV (écolos) est la plus forte. C’est un premier indice qui met relativement à l’abri le RN d’une très mauvaise surprise, d’un fort écart entre sondages et réalité. A l’inverse, les écolos peuvent aussi bien percer que décrocher.

Le second point notable est le suivant : LR est pris dans la spirale de l’échec. Dans les Hauts-de-France, en PACA, ses troupes sont saisies de fébrilité, ses cadres semblent des souris dans un labyrinthe, courant en tous sens, Cela ne fait pas une défaite, mais cela ne crée certainement pas une dynamique. D’autant qu’on ne peut exclure une habile action des macronistes derrière toute cette agitation. – F.B.


Le prédateur Dupond-Moretti dans le Nord, il cible le RN et plus encore Xavier Bertrand

Les sondages, c’est comme la météo. Ce n’est pas une science exacte. Et, en dernière analyse, c’est le ciel ou la sortie des urnes qui décide. Comme pour la météo, au fil des années, les résultats ont toutefois tendance à se rapprocher des prévisions. Or Macron a analysé les chiffres : comme en PACA, la liste LREM ferait un score affreusement faible.

La liste de la « majorité » (sic), dirigée par un obscur secrétaire d’Etat aux retraites, est créditée de 10 %, ce qui la place en troisième position, très loin derrière Bertrand (35 %) et Chenu (32 %). Quant à la gauche et à l’extrême gauche – autrefois hégémonique dans la région –, leurs voix se répartissent sur trois listes (LFI, PC et PS-écolos) qui, au total, ne séduisent que 20 % des électeurs. Qui plus est, les écarts se resserrent entre Bertrand et Chenu.

Le 20 juin, la liste LREM devrait donc être écrasée. Mais Castex (puisque c’est apparemment lui qui est à la manœuvre, comme on l’a vu en PACA) a sorti son arme secrète : Dupond-Moretti. Le médiatique garde des Sceaux intègre à la dernière minute la liste LREM. Sans doute pas à la première place. Aucune importance, car il est parti là-bas uniquement pour attirer vers lui – et donc vers la liste LREM – la lumière bienveillante des médias. Son collègue Darmanin va aussi se présenter dans la région, aux élections cantonales de Tourcoing, pour sa part. Il formera un binôme avec le maire de Tourcoing, Doriane Bécue.

Ces ministres de poids montent au créneau pour deux raisons, la première parce que Castex leur a donné comme consigne de tout faire pour que le RN soit battu. On ne peut exclure, de la part de ces deux redoutables requins de la politique, les coups les plus tordus. Mais cela révèle aussi les priorités de ces deux ministres – dont le rôle dans le domaine de la sécurité est pourtant essentiel – alors même qu’un policier vient encore d’être abattu, cette fois par des trafiquants de drogue, à Avignon.

L’option Dupond-Moretti – Darmanin est à double détente : certes ils vont marteler leur haine de la France qui vote RN, des « sans dents » Mais ils vont aussi affaiblir Xavier Bertrand.

Or il se trouve que Bertrand, dans le camp mainstream, est le seul rival sérieux de Macron. S’il y avait une primaire de tous les opposants à Marine Le Pen, c’est actuellement Bertrand qui arriverait en tête.

Or c’est à Bertrand, pas à Chenu, que la liste LREM, désormais sponsorisée par le calamiteux duo, va enlever des voix.

Faire passer Bertrand sous les fourches caudines

Ce que visent donc aussi les deux ministres – et même sans doute prioritairement –, c’est d’affaiblir Bertrand afin qu’il soit contraint de quémander, au second tour, les voix de LREM, de passer ainsi sous ses fourches caudines.

Si Bertrand est mal réélu, si cette réélection est obtenue grâce au renfort des Marcheurs, il se retrouvera alors exactement dans la même position que Muselier : il aura été préalablement vassalisé. Et il ne sera plus crédible dans la course à l’Elysée.

Quelle riposte peut opposer Bertrand ? Droitiser sa liste ? Il le pense. D’où son actuelle surenchère anti-islamique et anti-immigration. Mais ce n’est pas gagné pour lui : les sondages – toujours eux – nous disent que 75 % de ceux qui se prononcent pour Chenu sont certains de ne pas changer d’opinion. •

Francis Bergeron


LR en PACA : la course aux portefeuilles ministériels

Comme Cortez, Hubert Falco a brûlé ses vaisseaux. L’homme fort des Républicains dans le Var a claqué la porte de la formation politique à laquelle il doit tout. Il dit avoir « repris sa liberté ». Doit-on comprendre qu’il n’était pas un homme libre ? Par ce geste spectaculaire il entend dénoncer les conditions posées par LR pour soutenir Renaud Muselier, candidat à sa réélection dans la région PACA. Les « exigences » parisiennes n’avaient pourtant qu’un but : persuader les électeurs LR tentés de voter Thierry Mariani (RN) qu’il n’y avait pas d’accord d’appareil entre les formations LR et LREM. Alors que Jean Castex avait annoncé le retrait de la liste LREM au profit de LR ! On a connu des leurres plus convaincants.

Tête-à-tête avec Macron et Brigitte

Comment en est-on arrivé là ? Il y a huit mois, « tout a commencé un beau jour du mois d’août, au fort de Brégançon où Emmanuel et Brigitte avaient invité à déjeuner Hubert Falco », écrit Le Canard enchaîné (5 mai 2021). « Les discussions seront HEBDOMADAIRES [c’est nous qui soulignons] entre Christophe Castaner […], Christian Estrosi […], Renaud Muselier […] et Hubert Falco », poursuit le palmipède. La trahison en politique est une affaire de longue haleine. Faits et Documentsavait publié (15 mai 2004), sous le titre « Un ancien proche du parti communiste au gouvernement », les tracts et documents électoraux relatifs à l’élection municipale de Pignans en 1977. Hubert Falco figurait sur une liste de gauche où ne se trouvaient que des communistes se revendiquant comme tels et des « non-inscrits »…

Depuis cette lointaine époque, Falco a fait du chemin. Tournant le dos à ses engagements de jeunesse, il a été député, sénateur, président du conseil général, maire de Toulon, président de la métropole toulonnaise. Sous Chirac puis Sarkozy, il a occupé à quatre reprises des fonctions ministérielles.

« Amis malfaisants »

Nice-Matin (5 mai 2021) rapporte que, mardi, au siège des Républicains, Christian Jacob a dit à Muselier que Christian Estrosi et Hubert Falco étaient « des amis malfaisants qui ont un plan de carrière » ! Comme on connaît ses saints on les honore, mais Falco n’a pas apprécié. Tout le monde a compris que Christian Jacob faisait allusion aux ambitions ministérielles d’Estrosi et Falco dans un futur gouvernement macroniste. Dans la course à l’échalote à laquelle ils se livrent en toute discrétion, le Niçois Estrosi paraissait le mieux placé. En déchirant sa carte, Falco a cherché à reprendre la main. Il mise désormais tout sur Macron. Une victoire de Macron à la présidentielle lui permettrait, espère-t-il, de réussir, à 73 ans, le come-back parisien dont il rêve. Mais le pari est risqué. Falco n’a plus de parti. Dans le Var, il ne manque toutefois pas de relais, chez LR et ailleurs. Et il a dans sa manche une carte oubliée : la secrétaire d’Etat Sophie Cluzel. Un temps tête de liste LREM dans le Var, figurera-t-elle sur la liste des Républicains varois ? Ou lui aura-t-on trouvé à Paris une position de repli propre à atténuer ses blessures d’amour-propre ? •

Henri Blaunac

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