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Campagne de dons 2021 : les plans du ministère de la Culture pour faire taire la presse libre

Le ministère de la Culture annonce une modification des aides légales à la presse écrite. Ce n’est guère rassurant.

La presse papier bénéficie d’un soutien financier de l’Etat, et ceci pour deux raisons officielles : la première, c’est que la presse écrite subit une mutation technologique, le passage du papier au numérique. Pour les quotidiens, les plus affectés par ce changement, nous avons eu l’occasion d’évoquer les projections de la profession dans les dix ans à venir. En résumé, les quotidiens imprimés auront disparu en 2030. On peut se dire : après nous le déluge ! Mais 2030, c’est demain ou presque. Ces aides à la presse papier ont pour but d’éviter les bouleversements sociaux, et d’étaler dans le temps les effets de ces changements, les suppressions d’emplois en découlant (imprimeries, etc.).

La seconde raison officielle, c’est qu’il faut préserver le pluralisme et donc aider au maintien de journaux qui ne sont pas adossés à des groupes puissants. Nous savons bien l’hypocrisie de cette posture. Nous n’oublions pas les misères faites à Présent, et cette volonté de faire disparaître la presse engagée dans le « mauvais camp ». Pour préserver le pluralisme, il serait plus simple et moins coûteux de supprimer les aides légales et de traiter la presse non conformiste comme les autres journaux, au moins dans les médias publics. Car c’est le boycott organisé – qui concerne aussi les magazines –, qui aboutit à une quasi-absence de pluralisme dans les médias.

Des journalistes professionnels dans toutes les rédactions

Mme Bachelot a prévu deux mois de négociations avec les organisations professionnelles et les syndicats de salariés, à l’issue desquelles les aides seront modifiées et réduites. En particulier seraient privés d’aides les médias n’employant aucun journaliste avec carte de presse. Et en fonction de la fréquence de parution, notamment, un nombre minimum de journalistes serait imposé. Présent compte actuellement quatre journalistes professionnels dont une pigiste (les autres collaborateurs dont vous voyez régulièrement la signature sont souvent des pigistes bénévoles, militants). Nous sommes a priori en conformité avec ces futures règles, mais si, à l’issue de négociations, il est imposé qu’un quotidien national doive par exemple compter un minimum de 10 journalistes, Présent devra en embaucher 6 de plus (et disparaître sous le poids des charges nouvelles) ou perdre ses aides légales (et disparaître faute de pouvoir équilibrer ses comptes).

Par ailleurs, jusqu’à présent, le taux de TVA réduit de la presse était valable pour tous. On nous annonce à présent une condition liée au contenu même du journal : il faudra présenter « un contenu original composé d’informations ayant fait l’objet d’un traitement à caractère journalistique », « en lien direct avec l’actualité », et comprenant « un apport éditorial significatif ». Présent satisfait, selon nous, à ces futures règles. Mais il y a un « mais » : qui va décider que Présent est une publication conforme à ces prérequis ? Le ministère ? Une commission ad hoc ? L’étau se resserre sur la presse écrite, et l’introduction de critères qualitatifs fausse les règles.

En parallèle, les GAFA (Facebook, Google, etc.) apportent aussi une contribution à la presse écrite. Cette aide ne concerne que « les médias de qualité ». La notion de « média de qualité » est une sorte de label attribué par un groupe de médias dont font partie Le Monde, Libération, etc. – la presse dite « complotiste », « populiste », « extrémiste », étant exclue d’emblée de ce label « presse de qualité ». Présent en est donc exclu.

483 millions d’aides exceptionnelles dont Présent n’a pas vu la couleur

De quels volumes d’aides parlons-nous ? Les aides de l’Etat représentent globalement 840 millions d’euros. La quote-part de Présent est minuscule au regard de ce chiffre, mais il n’empêche qu’au titre de 2019, cette aide légale nous avait été refusée sans raison (d’où un procès en cours devant le tribunal administratif). Par ailleurs, 483 millions d’euros d’aides supplémentaires ont été versés, en raison de la chute des ventes liée à la crise sanitaire (kiosques fermés, couvre-feu, etc.). Présent n’en a pas vu la couleur.

Voilà pourquoi, si vous êtes attaché à Présent, à sa parution quotidienne sous format papier, vous devez, comme chaque année, nous aider par un don exceptionnel, pour boucler notre budget 2021. La campagne de dons 2021, par le biais de l’association pour la presse française libre (APFL), est lancée. Nous visons, comme en 2020, une collecte à hauteur de 80 000 euros (moins de 10 % de notre budget annuel). Faute de quoi la poursuite de l’édition en format papier du quotidien ne pourrait être assurée, à l’exception du numéro du samedi qui est rentable.

Cette disparition du papier est « dans le sens de l’Histoire » ? Peut-être, mais beaucoup de nos lecteurs restent attachés à l’édition papier. Et pourquoi devrions-nous forcément aller dans le courant technologique (et politique) dominant ? La réponse est entre vos mains. •


Retour de Présent en kiosque

France Messageries, la société coopérative de presse monopolistique qui distribue tous les quotidiens nationaux, nous écrit ce qui suit :

« Suite aux annonces du gouvernement, nous anticipons des réouvertures de points de ventes à compter du 19 mai prochain. La proximité de cette date nous conduit à mettre en place un processus exceptionnel d’approvisionnement qui repose sur le réassort. Ces réouvertures sont autant d’opportunités de ventes et les marchands de presse qui rouvriront après des semaines voire des mois de fermeture, auront besoin de vos titres ! »

Présent avait suspendu sa présence en kiosques du mardi au vendredi, compte tenu de l’effondrement des ventes constatée à chaque confinement et pendant le couvre-feu. Seuls les numéros du samedi et les hors-séries continuaient à être en kiosque.

Compte tenu de la bataille politique en cours, nous avons décidé de revenir chez les marchands de journaux de façon quotidienne, à compter du 19 mai. Merci à nos lecteurs de soutenir ces ventes, qui participent au grand mouvement de mobilisation du camp national, à six semaines d’une échéance déterminante.

La Rédaction •

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