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La gauche complotiste ? Mélenchon dément

Mauvaise séquence pour Jean-Luc Mélenchon qui s’est fait épingler en train de dériver vers les eaux troubles du complotisme. Il n’en fallait pas plus pour acter son suicide politique, à un an jour pour jour de l’élection présidentielle.

Déjà contesté au sein même de son clan politique, Jean-Luc Mélenchon s’est-il disqualifié lui-même dans la course à l’Elysée ? Le leader de La France insoumise a en effet prédit « un grave incident » dans la dernière semaine de la campagne de la présidentielle. Sur le plateau de l’émission « Questions politiques », il s’est livré à des thèses jugées unanimement « complotistes » dans la classe politique. « Vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre », a-t-il déclaré.

A en croire Jean-Luc Mélenchon, les attentats de Mohammed Merah en 2012 et l’assassinat du policier Xavier Jugelé sur les Champs-Elysées en 2017 étaient « écrits d’avance » afin de « montrer du doigt les musulmans et inventer une guerre civile ». Des propos qui ont provoqué une vague d’indignation générale dans la classe politique, du Rassemblement national au Parti socialiste en passant par le gouvernement. Une personnalité lui a bien apporté son soutien. Dans les colonnes de Valeurs actuelles, Alain Soral a salué l’homme politique qui « a de temps à autre de petits sursauts d’honnêteté et de lucidité ». Un soutien que doit moyennement apprécier le leader de l’extrême gauche.

Un contre-feu aux allures de pétard mouillé

Une polémique dont se serait bien passé le camp insoumis, déjà tiraillé par une possible candidature du député de la Somme François Ruffin, dans le dos de Jean-Luc Mélenchon. Lundi 7 juin, ils n’étaient que deux à être toujours derrière leur chef de file, dont le député du Nord Adrien Quatennens.

Dans une déclaration publique enregistrée en direct sur YouTube, on voit Jean-Luc Mélenchon, d’un ton grave, tenter désespérément d’allumer un contre-feu à sa polémique en visant le youtubeur comique Papacito, dont une vidéo ridiculisant l’électeur de gauche a été considérée comme un « appel au meurtre » de la part de La France insoumise.

Si la parade semblait bien trouvée pour tenter de regrouper son mouvement derrière lui en faisant planer l’ombre du fantomatique « terrorisme d’extrême droite », elle n’a pas semblé convaincre les médias et encore moins la population. En effet, dès sa déclaration faite, c’est bien sur ses théories « complotistes » que l’opinion publique et médiatique s’est à nouveau penchée. Par ailleurs, sa tentative de « contre-feu » a été mise à mal par une partie de la classe politique qui s’est empressée de lui rappeler des slogans souvent entendus dans des cortèges auxquels son parti s’est joint : « Un flic, une balle, justice sociale », « Pas de quartier pour les fachos », ou lorsque son ami Taha Bouhafs défilait avec une tête décapitée de Marine Le Pen au bout d’une pique.

Le retour d’une gauche complotiste ?

Sur le fond du sujet, les propos de Jean-Luc Mélenchon ramènent la gauche à une époque pas si lointaine où complotisme et révisionnisme faisaient partie du logiciel incontournable du militant communiste ou anarchiste. Du complot jésuite à la fin du XIXe siècle, porté par les anticléricaux, aux complots de la CIA omniprésents dans le discours du Parti communiste, notamment dans les années 1950, en passant par les plus récentes polémiques autour de la 5G, il n’est pas rare de voir l’extrême gauche ou l’ultra-gauche flirter avec des « théories du complot » que la bien-pensance se plaît à présenter comme l’apanage du camp d’en face.

Pourtant, ces déclarations, notamment au sujet des meurtres commis par Mohammed Merah, ont créé l’émoi dans les villes où ce dernier a frappé en 2012. Les maires et présidents de métropole de Montauban et de Toulouse ont ainsi cosigné un communiqué pour dénoncer l’« islamo-complotisme », qui s’ajoute à l’étiquette d’« islamo-gauchisme » déjà accolé à La France insoumise. Cette polémique est-elle la goutte de trop pour le parti qui va peut-être devoir trouver une nouvelle figure pour tenter d’exister en 2022 ? •

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