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Droit de visite

Quinze heures de perquisition Place Vendôme

C’est une scène, sinon inédite, du moins rare, qui s’est déroulée au ministère de la Justice jeudi et tard dans la nuit : une longue perquisition dans les bureaux du garde des Sceaux, demandée par la Cour de Justice de la République (CJR) qui enquête suite aux plaintes déposées en décembre dernier par l’association Anticor et trois syndicats de magistrats. Des soupçons de conflits d’intérêts pèsent sur Dupond-Moretti. A-t-il mélangé les genres entre l’avocat qu’il était et le ministre qu’il est devenu ? (N’aime-t-il pas le mélange des genres en général ? Depuis qu’il détient ce portefeuille, on l’a beaucoup entendu éructer agressivement contre Marine Le Pen et le Rassemblement national, mais quid des difficultés de la justice ? du sentiment d’abandon des victimes devant l’apparente impunité des délinquants en général ?)

Deux dossiers chagrinent la CJR. D’une part une enquête lancée par le ministère de la Justice contre trois magistrats du parquet national financier qui, dans l’affaire Paul Bismuth, avaient demandé des écoutes dont celle de Dupond-Moretti, avocat dans le dossier. D’autre part la procédure administrative menée contre un juge d’instruction de Monaco, Edouard Levrault, face auquel Dupond-Moretti défendait un policier soupçonné de corruption.

On connaît deux précédents de perquisition place Vendôme : en 2001, dans un dossier de favoritisme concernant le tribunal à Fort-de-France ; en 2007, dans le cadre de l’enquête sur la mort du juge Borrel. Ce genre d’opération fait toujours mauvais effet, style arroseur arrosé. En l’occurrence l’entourage du ministre plaide la totale transparence auprès de France Info : « Il n’y a eu ni initiative, ni impulsion de la part d’Eric Dupond-Moretti, la décision découle naturellement du travail de l’administration. A chacune des étapes, à chacun des échelons, dans les échanges de mails qui seront versés au dossier, il apparaît clairement qu’un consensus se dégage au sein de l’administration pour saisir l’Inspection générale de la justice sans qu’aucune orientation de la décision par le garde des Sceaux n’ait été opérée. » A croire qu’en France, ce ne sont pas les ministres qui gouvernent mais l’administration !

Dupond-Moretti fera-t-il profil bas devant les magistrats de la CJR s’il est prochainement convoqué devant eux comme croit le savoir Le Canard enchaîné ? Il risque une mise en examen… Décidément, c’est une mauvaise passe pour Dupond-Moretti après le flop électoral de dimanche dernier : la liste LREM des Hauts-de-France sur laquelle il était candidat a obtenu moins de 10 % des suffrages. Face à la vingtaine de gendarmes et aux magistrats de la Cour de Justice de la République qui s’activaient place Vendôme, Dupond-Moretti s’est, selon son avocat, montré « très serein, très calme ». Quand on connaît le tempérament pour le moins sanguin du bonhomme, on ne peut s’empêcher de trouver suspecte une telle attitude. • 

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