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La guerre des bouchons

Vous reprendrez bien une flûte de champagne russe ?

L’information est tombée sur les prompteurs lundi 5 juillet 2021 : la Russie s’approprie l’appellation « champagne » et les producteurs français vont devoir changer les étiquettes des bouteilles destinées à l’exportation. De fait, c’est un véritable coup de tonnerre dans le monde des producteurs de champagne, mais aussi à l’échelle du gouvernement. La décision russe est venue de Vladimir Poutine. Elle date du vendredi 2 juillet 2021. Le chef de l’Etat russe a donné son accord à un amendement de la loi sur la réglementation des boissons alcoolisées. Selon cet amendement, seuls les producteurs russes ont maintenant le droit d’afficher l’appellation « champagne » sur leurs bouteilles. Les vins importés devront, eux, présenter une appellation « vin pétillant ». Même si ce sont des champagnes « historiques ». La protection de l’appellation française « champagne AOC » disparaît.

Evidemment, l’information passe mal en France. Ainsi, Moët Hennessy a suspendu ses exportations vers la Russie, le temps d’un week-end. Une mesure symbolique, imitée par les entreprises du Comité Champagne. La célèbre marque a cependant accepté, dimanche 4 juillet, les nouvelles règles du jeu : elle s’apprête à changer les étiquettes de ses bouteilles et à renommer ses produits. L’enjeu est de taille : 13 % des 50 millions de litres de champagnes et vins mousseux importés chaque année en Russie sont des produits français. Moët Hennessy représente 2 % de ce marché. Vladimir Poutine est réputé pour être passionné de viticulture, s’intéressant particulièrement aux activités d’un géant du domaine, Abraou-Durso. Le chef de l’Etat russe déclarait d’ailleurs en janvier 2021 qu’il aimerait travailler dans cette entreprise à l’issue de sa vie politique. De même, le gouvernement russe veut sans doute défendre ses producteurs de vins pétillants locaux, à commencer par les vins de Crimée, réputés et beaucoup plus accessibles depuis 2014.

Les médias français réagissent négativement, voyant une spoliation en cette décision d’interdire l’appellation « champagne » pour des vins non russes. Vu de Russie, il s’agit plutôt de patriotisme économique, de défense des vins locaux et, pour Poutine, de répondre aux menaces récurrentes de l’Occident. Le président de la fédération de Russie abat une belle carte symbolique pour indiquer qu’il a des atouts dans son jeu.

Reste que, vu de France, les producteurs de champagne se disent « scandalisés » et interpellent l’exécutif ainsi que Bruxelles. Le Comité Champagne, regroupant les professionnels du secteur, s’est déclaré « indigné » par l’amendement qui impose de remplacer « champagne » par « vin pétillant » sur les étiquettes. Le comité a demandé aux diplomaties françaises et européennes d’intervenir. Le coup de tonnerre est d’autant plus fort qu’il menace vingt ans de discussions sur les appellations contrôlées. Poutine est simplement venu rappeler que la politique consiste premièrement à défendre son intérêt propre. Ici, l’enjeu est un chiffre d’affaires annuel de quatre milliards d’euros. •

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