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À propos de “Traditionis Custodes”

  • Communiqué de l’Entente catholique de Bretagne.

Le pape François a attendu la démission (âge : 75 ans) du cardinal Sarah de son poste de préfet pour le Culte divin. Mais il n’a pu attendre la mort de Benoît XVI…

C’est une revanche des cardinaux nostalgiques des années 1970, qui ont « fait » l’élection du pape François et qui interprètent Vatican II comme une rupture. L’interprétation de Vatican II par Benoît XVI, « dans la continuité », est bafouée par l’article 1 déclarant que le rite Paul VI est la seule expression aujourd’hui du rite romain. Benoît XVI disait : « C’est la forme ordinaire ». Cette querelle de mots n’a en soi aucun intérêt.

Mais le motu proprio Traditionis Custodes du 16 juillet, qui rappelle dans son titre (tout le reste est en italien !) que les évêques sont « les gardiens de la Tradition », est déplaisant pour d’autres raisons. Il est fait pour entraver le succès que rencontre (en France notamment) la messe du concile de Trente (« tridentine ») dans sa version de 1962 (missel de Jean XXIII), sans toutefois l’interdire comme avait fait Paul VI par un abus de pouvoir. Il renforce le contrôle des évêques sur ces messes (dont chaque curé de paroisse pouvait donner l’autorisation ; ce n’est plus le cas). Plus nouveau : il les interdit dans les églises paroissiales et les séminaires où est célébré le rite de Paul VI. C’est vouloir ruiner les efforts des évêques qui, comme Mgr Rey à Toulon, fidèles aux textes de Vatican II et de Jean XXIII sur le latin « langue de l’Eglise », faisaient connaître les deux rites dans leurs séminaires.

L’article 6 (sur 8) est le plus abrupt : « L’évêque aura soin d’interdire la constitution de nouveaux groupes. » Cela dit, il faut voir comment ce Traditionis Custodes sera appliqué. De même que plusieurs évêques français (à Viviers, Langres, Amiens, etc.) ont réussi à bloquer le motu proprio de Benoît XVI, de même bien d’autres seront tentés d’en prendre… et d’en laisser dans celui de François, plutôt que de rallumer la guerre. Surtout là où ils ont en face d’eux des familles nombreuses et jeunes comme celles qui ont su imposer l’application de Summorum Pontificum de 2007 à 2021.


  • La réaction de Jean-Pierre Maugendre, de Renaissance catholique : « François : le pape de l’exclusion ».

[…] Chacun s’interroge. Pourquoi une mesure d’une telle dureté de la part d’un pape dont le moins que l’on puisse dire est que les chantiers qui devraient mobiliser toute son énergie ne manquent pas : scandales financiers à répétition, situation quasi schismatique de l’Eglise d’Allemagne, immense confusion doctrinale et liturgique, effondrement du denier de Saint-Pierre, suites des scandales de pédophilie dans l’Eglise, gestion des orgies sexuelles au Vatican, etc. ?

L’argument avancé par le Saint-Père est que ces communautés « doutant du Concile » mettraient en péril l’unité de l’Eglise dont le pape est le garant. L’argument, n’était la gravité du sujet, prêterait à sourire. Quelle unité de l’Eglise quand :

– il n’y a pas deux messes identiques célébrées dans deux églises différentes ;

– dans un diocèse les divorcés remariés sont admis à la sainte communion et pas dans l’autre ;

– 69 % des catholiques américains affirment ne pas croire à la présence substantielle du Christ sous les apparences du pain et du vin après la consécration (enquête Pew Research Center, août 2019) ;

– en toute impunité des prêtres allemands bénissent dans leurs églises, pavoisées aux couleurs arc-en-ciel, des unions homosexuelles, etc. […]

Laissez-nous faire l’expérience de la Tradition

Dans les années 70, l’intuition originelle et fondatrice de Mgr Lefebvre se résumait en une formule : « Laissez-nous faire l’expérience de la Tradition ». Cette expérience a été faite et les fruits en sont sous nos yeux. L’apostolat traditionnel, quel que soit son cadre institutionnel, est incontestablement fécond. Les communautés se sont développées, de nombreuses conversions s’y sont opérées. Des familles jeunes et nombreuses les font vivre. Les fameux lapins qui essayent de rester fidèles aux exigences du mariage chrétien, dont se moquait, dans un humour douteux, François.

Notons que, selon le pape, l’objectif des concessions liturgiques de ses prédécesseurs était de ramener les brebis égarées lefebvristes « en temps voulu au rite romain promulgué par les saints Paul VI et Jean-Paul II ». Ce n’est manifestement pas ce qui s’est passé, à l’encontre de ce que craignaient certains dénonçant le « ralliement » inexorable des prêtres et des laïcs traditionnels qui chercheraient un accord juridique avec les autorités romaines. L’expérience ayant été un succès il est décidé de… mettre fin à l’expérience ??? Le Christ nous a demandé de juger l’arbre à ses fruits et de jeter au feu le figuier stérile. Pas l’arbre qui porte du fruit. Cinquante années après sa clôture, les bons fruits du Concile ne seraient toujours pas apparus mais la récolte serait prochaine. Qui le croit ?

Fondamentalement, ce motu proprio semble marquer la fin de la tentative de Benoît XVI d’établir une herméneutique de continuité entre le concile Vatican II et l’enseignement antérieur de l’Eglise. La croyance en la continuité entre l’enseignement préconciliaire et l’enseignement postconciliaire expliquait une forme de bienveillance vis-à-vis de la messe traditionnelle. En revanche, l’hostilité militante de François envers la messe traditionnelle manifeste la conviction que l’Eglise conciliaire, pour reprendre l’expression du cardinal Benelli, est d’une autre nature que l’Eglise qui l’a précédée. On ne rejette pas avec cette violence ceux dont le seul tort est d’avoir cinquante ans de retard. En revanche on lutte farouchement contre ceux que l’on croit être les tenants d’une autre Eglise. Ainsi, paradoxalement, le pape François rejoint-il, sur ce point, les positions de la Fraternité Saint-Pie X.

Il faut que tout change pour que rien ne change

Concrètement, il semble que, dans la réalité, pas grand-chose ne changera. Ce motu proprio est inapplicable. Il va geler la situation mais ne réduira pas l’influence des communautés traditionalistes. En effet :

– le pape a 85 ans et sa position est très affaiblie ;

– un certain nombre d’évêques sont contents de l’action des communautés traditionalistes ;

– certains évêques, en particulier en France, ont assez de soucis comme cela. Ils savent, par exemple, que retirer aux communautés traditionalistes l’usage des églises paroissiales serait inéluctablement susciter des manifestations, des occupations d’églises, etc. Plusieurs évêques, prudents, ont immédiatement dit que rien ne changerait dans leur diocèse.

Enfin, il ne faut pas négliger le fait que l’opinion publique, catholique ou non, ne comprend pas les raisons de cet ostracisme alors qu’il n’est question, dans la bouche du souverain pontife, que de miséricorde, d’accueil, de pardon, de respect de l’autre, etc. L’éditorial étincelant de Michel Onfray, athée revendiqué, « Ite missa est » dans Le Figaro du 19 juillet est le signe manifeste de ces incompréhensions.

Dans une conférence à Paris le 25 juin dernier, Mgr Schneider interrogé sur l’éventuelle suppression de Summorum Pontificum n’hésitait pas à déclarer : « Les fidèles et les prêtres ont le droit à une liturgie qui est une liturgie de tous les saints […]. Par conséquent le Saint-Siège n’a pas le pouvoir de supprimer un héritage de toute l’Eglise, c’est un abus, ce serait un abus même de la part d’évêques. Dans ce cas, vous pouvez continuer de célébrer la messe même sous cette forme : c’est une forme d’obéissance […] à tous les papes qui ont célébré cette messe. »

On ne saurait conclure sans observer le sentiment de trahison que vivent les prêtres et les laïcs, attachés à la liturgie traditionnelle, qui ont fait confiance aux autorités romaines, à qui on avait promis la liberté de culte et le respect de leurs convictions. Ils n’imaginaient sans doute pas que cette liberté serait celle de l’Indien dans sa réserve…

Sans amertume ni révolte nous assumons cette nouvelle épreuve dans la prière, sereins, confiants et déterminés, affermis chaque jour dans notre fidélité par les premières paroles de la messe traditionnelle : Introibo ad altare Dei. Ad Deum qui laetificat juventutem meam. Je monterai à l’autel du Seigneur. Vers Dieu qui réjouit ma jeunesse.

(A lire en intégralité sur :

https://renaissancecatholique.fr/) •

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