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Le journal à nouveau menacé… pour sa critique de la Chine communiste !

“Présent” et le « péril jaune »

En novembre 2020, plusieurs scandales concentraient l’attention sur la Chine communiste : le génocide des Ouighours, la reprise des persécutions antichrétiennes, la répression à Hong Kong, en violation des engagements internationaux de Pékin, les interrogations sur Wuhan et l’hypothèse d’une fuite qui aurait été à l’origine de la pandémie, ou encore la pollution planétaire pratiquée sans vergogne par ce pays. Sans même parler de l’espionnage chinois et du non-respect des règles internationales dans le domaine du droit de propriété des marques et de la tolérance au regard des contrefaçons.

Nous avons donc consacré en novembre dernier un hors-série à cette question, titré : Le nouveau péril jaune.

Ce numéro ne mettait évidemment pas en cause les êtres humains regroupés sur l’appellation (approximative et plutôt obsolète) de « jaunes », mais les dirigeants du parti communiste chinois. Ceci est d’autant plus évident que nous prenions, dans ce numéro hors-série, la défense des ouighours chinois, des chrétiens de Chine (donc « jaunes »), des habitants de Hong Kong (« jaunes » aussi), de ceux de Taïwan (« jaunes » également).

Dessin paru le 14 décembre 1950 dans Force ouvrière, « organe officiel de la CGT-FO ».

La notion de « péril jaune » faisait référence à la littérature d’aventure et d’exploration du XIXe siècle du type Jules Verne et à sa version guerrière du type Danrit, qui s’adressaient aux adolescents de cette époque-là. On peut même parler de courant littéraire, illustré par le roman de Camille Mauclair, L’Orient vierge – roman épique de l’an 2000, publié en 1897, ainsi que par les romans du britannique Sax Rohmer, avec le personnage du docteur Fu-Manchu, qui, autour de 1910, enchantait les amateurs de romans policiers.

L’expression « péril jaune » est redevenue à la mode pendant la dernière guerre, après Pearl Harbour et l’engagement du Japon au sein de l’Axe.

De très nombreux romans contemporains l’utilisent aussi : on la retrouve par exemple dans les romans d’espionnage des années 1960, pour évoquer des espions venus d’extrême orient (Miss Péril jaune, de Pierre Nord, Péril jaune sur la place Rouge etc.).

Le fameux groupe Indochine a enregistré pour sa part un album intitulé « Le péril jaune », qui a été un succès mondial. Nous n’avons pas connaissance qu’il ait été mis en examen pour ce fait.

Car en effet cette expression est bien évidemment une figure de style, une métaphore, ou plus précisément peut-être, une synecdoque, qui consiste à remplacer une partie par le tout, pour éviter les répétions ou les alourdissements. La formule « péril jaune » reste d’ailleurs souvent évoquée, dans le sport, ou parodiée (sous la forme « péril jeune », par exemple, quand il s’agit de parler de la chute de la démographie en France ou de la révolte des jeunes face aux restrictions sanitaires). Les journalistes de la presse économique l’utilisent fréquemment quand il s’agit d’évoquer la puissance économique chinoise.

« Injures publiques à raison de l’origine »

Aussi quelle ne fut pas notre surprise en recevant le 5 février 2021 un message de la Direction Régionale de la Police Judiciaire nous annonçant que nous devions être entendus, « les faits reprochés sont : injures publiques à raison de l’origine ».

L’accusation d’« injure publique à raison de l’origine » (origine « jaune » ?) paraissait si fantaisiste, compte tenu de la nature même du dossier, que nous avons d’abord pris cela pour une plaisanterie, mais il nous a été confirmé qu’un procureur de la République avait bien donné des consignes pour enquêter sur ce numéro hors-série.

Nous avons donc transmis un exemplaire du hors-série à la DRPJ, tout en trouvant que la police avait certainement mieux à faire qu’à rechercher un prétendu racisme anti-jaune ou même anti-chinois derrière ce titre (en supposant que c’est sur la base du titre que l’enquête judiciaire avait été ouverte).

Puis, pendant cinq mois, nous n’avons plus entendu parler de rien. Pour nous, le dossier était évidemment classé, après la lecture du hors-série par les autorités judiciaires.

Jusqu’à ce 20 juillet où les co-gérants et la directrice de la publication viennent de recevoir une convocation, en bonne et due forme, toujours basée sur cette accusation grotesque d’« injure publique en fonction de leur origine », qui aurait été commise par Présent du fait de ce hors-série.

Deux coupures de journal parmi des centaines possibles, tirées de La Patrie (20 avril 1895) et de La République française (1er février 1901).

Nous revendiquons haut et fort notre communistophobie.

La lecture du contenu du hors-série n’a apparemment pas convaincu le procureur de la République, qui semble persister à y voir du racisme ou de la xénophobie.

Non, nous ne pratiquons pas le racisme anti-jaune ; non, nous ne pratiquons pas la xénophobie anti-chinoise (ni aucune autre forme de racisme, d’ailleurs, de la part d’un quotidien qui se revendique chrétien, ce serait assez étrange). En revanche, nous revendiquons haut et fort une intransigeante communistophobie, ce qui nous conduit à détester le régime de Pékin, et avec les bonnes raisons qui font précisément l’objet du hors-série titré sur le « péril jaune ».

Reste maintenant à en convaincre de visu le procureur de la République, et peut-être, demain, à la barre, des juges. Reste à les convaincre que ce combat contre la Chine communiste, qui menace l’équilibre international et qui persécute son propre peuple n’a aucun rapport avec des injures ni avec l’origine chinoise (ou « jaune ») des bourreaux. C’est leur inhumanité que nous réfutons, pas leur appartenance à un pays ou la couleur (supposée) de leur peau.

La condamnation de Présent sur la base de ce hors-série serait grotesque, bien évidemment, mais elle pourrait avoir des conséquences mortelles pour le journal, car en effet la condamnation d’un titre de presse pour racisme exclut le titre des aides légales. Exclure Présent de ces aides serait pour le coup lui porter un coup fatal. Espérons que notre bonne foi sera reconnue et que cette affaire ne découle que d’un quiproquo, de mauvaises lunettes du procureur de la République, et pas d’une volonté de nous faire taire. Définitivement.

Chat échaudé craint l’eau, et nous avons déjà vécu notre exclusion de ces aides légales au titre de l’année 2019, sous un prétexte fallacieux (le journal vendu pas assez cher de six centimes !) avec des conséquences financièrement négatives en cascade, de graves difficultés pour le journal, et un recours devant le Tribunal administratif toujours pas plaidé.

Une question reste entière : cette saisine du procureur de la république est-elle une initiative isolée ? Ou vient-elle de l’ambassade de Chine ? Voire des autorités françaises, pour nous faire taire, dans le contexte d’une mobilisation de l’opinion qui inquiète le gouvernement ? Mais une mobilisation sur bien autre chose que la menace chinoise (la menace que fait peser la Chine communiste, et pas la menace des personnes d’origine chinoise, de par le monde, cette précision pour le procureur de la République qui nous lit apparemment le stylo à la main). •

Francis Bergeron et Chard

Co-gérants


Il nous reste des exemplaires de ce hors-série « Le Péril jaune » sur la Chine communiste. Il risque de devenir « collector » si le juge estime qu’il y a là « injure publique en fonction de l’origine ».

Ce numéro est toujours vendu à nos bureaux ou en ligne ici, au prix de 5 euros + 2 euros de frais de port. •

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