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Macron de plus en plus TikTok

Dans une France de moins en moins réceptive aux apparences

Depuis lundi, le président Macron est présent sur le réseau social et site de partage de vidéos TikTok. Ce site est censé s’adresser à un public jeune et branché. Macron a souhaité se mettre en scène, et en première ligne, pour convaincre les réfractaires de se faire vacciner. Est-ce une bonne idée ? L’exercice est-il convaincant ? Les avis sont très contrastés.

Macron a dit deux choses intelligentes sur TikTok. Par respect pour la fonction présidentielle, commençons par lui en donner crédit. Il nous a d’abord dit que la vaccination, « c’est français, c’est Louis Pasteur ». Habituellement Macron se confine dans la repentance, en Algérie, en Polynésie, vis-à-vis des anciennes colonies, partout où il peut. Et les mots mêmes de « France », de « français », on les retrouve rarement dans sa bouche. Il leur préfère infiniment celui de « république », comme si le pays n’avait pas existé avant, et comme s’il cesserait d’exister s’il se dotait un jour d’un autre régime politique. La vaccination, c’est donc français, et c’est bien. Message reçu par les Français patriotes, par les amoureux de la France. La seconde phrase a également un objectif purement incitatif à la vaccination : « Vous avez plus de chance d’avoir des problèmes quand vous prenez votre voiture que quand vous vous faites vacciner », a expliqué le président à ses interlocuteurs. Statiquement, c’est sans doute vrai. Du moins, il faut le souhaiter. Nous ne le saurons que dans la durée. Il meurt 3 000 personnes chaque année sur les routes, et 74 000 autres sont blessées. Si l’administration de ce vaccin peut altérer la santé voire faire mourir dans des proportions de cet ordre, ce n’est pas rassurant, néanmoins, et il n’est pas certain que la comparaison du président ait été choisie avec une bien grande pertinence. D’autant que chaque Français est libre de voyager en voiture, ou avec un autre moyen de transport éventuellement plus sûr, le train par exemple. Mais nous avons bien compris, en revanche, que le gouvernement ne va plus nous laisser le choix de nous faire vacciner ou pas.

Pour le reste, le message du président a été spécialement répétitif, et l’espoir de convaincre les interlocuteurs de Macron venait moins de ses propos que de la forme utilisée pour les véhiculer. Le message de fond s’est limité à une seule formule : « Le vaccin sauve des vies. Le virus tue. » Ce qui paraît la moindre des choses car, si la réalité était inverse, on ne voit pas très bien l’intérêt – du moins médical – du vaccin.

« Macron, démission ! »

Les experts en communication qui ont déchiffré la prestation du président chez TikTok notent qu’elle est intervenue le lundi 2, immédiatement après les manifestations considérables des trois samedis précédents, marquées par une mobilisation croissante semaine après semaine, une détermination de plus en plus forte, et deux slogans répétés à l’infini, qui semblent unir des manifestants venus d’horizons pourtant très divers : « Liberté ! » et « Macron, démission ! ».

Macron sait que 36 % des Français en âge d’être vaccinés ne le sont pas du tout, et que 56 % n’ont à ce jour reçu qu’une seule dose. C’est ce public qu’il est censé convaincre pour atteindre un taux de vaccination supposé créer une immunité collective (80 % des Français au moins).

Les sondages commandés par l’Elysée ou des médias qui soutiennent sa politique indiqueraient que 37 % seulement des Français soutiennent les manifestations anti-passe sanitaire, soit un chiffre inférieur à celui des Français qui soutenaient les Gilets jaunes dans leur révolte, qui était avant tout fiscale, à l’origine.

Ces chiffres, à supposer qu’ils soient fiables, oublient néanmoins que les révolutions sont faites par des minorités, à commencer par celle que l’on commémore chaque 14 juillet. Par ailleurs, les sondages sont moins fiables que jamais, et en tout cas ils ne traduisent pas forcément un rapport de force réel, comme on l’a vu encore le 27 juin dernier.

Mais c’est fort de cette analyse que Macron a fait le choix de se porter en première ligne – ce qui rappelle la politique de Sarkozy, au début de son mandat –. Le président Macron semble penser qu’une réponse directe à ses détracteurs et aux vaccinosceptiques, en court-circuitant tout intermédiaire, à commencer par les journalistes, lui permettra de mieux communiquer et de mieux convaincre les opposants à sa politique sanitaire.

Mais il y a un risque majeur découlant de ce choix de communication : les vaccinosceptiques – qu’ils ne représentent que 37 % des Français, ou beaucoup plus – expriment, à travers leur opposition à la politique sanitaire du gouvernement, non seulement une défiance à l’égard de la parole officielle, mais aussi un rejet de la personne même de Macron.

En personnalisant ainsi la parole théoriquement scientifique, en enfilant à nouveau, comme lors du premier confinement, le costume de « président épidémiologique », Macron court le risque que la crainte du vaccin se transforme en une sorte de référendum pour ou contre Macron, ce qui n’est pas le but, du moins le but affiché par le gouvernement.

Macron a accompli sa prestation sur TikTok déguisé en étudiant attardé : bronzé, en forme, il était revêtu d’un t-shirt noir et se filmait lui-même avec son téléphone. Le t-shirt comportait un logo qui a fait couler beaucoup d’encre. Peut-être s’agissait-il d’une chouette stylisée, la chouette étant le symbole romain de la philosophie et du savoir. D’autres ont cru y reconnaître le sigle de la secte maçonnique des Illuminati, ou encore du Bohemian club, un club sélect réunissant la fine fleur des hommes de pouvoir de la planète. Certains ont même cru identifier le terrible dieu Moloch. Macron n’a entériné aucune de ces hypothèses. Il est resté muet sur ce point, mais un site en ligne n’a pas perdu le nord et a édité un t-shirt sur ce modèle (dessin blanc sur fond noir, ou dessin noir sur fond blanc), vendu 19,99 euros.

« Tu es un gros loser qui a peur du vaccin » (VSD)

Autre retombée immédiate de cette intervention : le directeur de l’hebdomadaire de gauche VSD, Georges Ghosn, a pondu, dans son magazine, un virulent éditorial de soutien à Macron. Il s’en est pris à « cette France frondeuse, néo-poujadiste […], devenue ingérable car les élites opposantes instrumentalisent la crédulité du peuple prêt à répéter les imbécillités du Net sans regarder la réalité morbide ». « Tu ne sais rien, (gros) connard. Tu es un (gros) loser qui a peur du vaccin », a ajouté le délicat Georges Ghosn, avant d’apporter un solennel soutien à Macron : « Monsieur le président, continuez votre combat, et laissez-les discuter du sexe des anges. » Il est certain que, avec des soutiens de cette qualité, Macron est bien parti pour retourner les indécis ! •

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