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JO : une médaille d’argent au sabre dédiée à un héros de l’Algérie française

Le rideau est tombé sur les Jeux olympiques de Tokyo. La France repart avec 33 médailles dont dix en or. C’est nettement moins que les 40 médailles ou plus garanties par la ministre des Sports.
Notre pays termine à la huitième place, derrière le Japon et la Grande-Bretagne, notamment, régressant ainsi d’une place par rapport aux Jeux de 2016. Par ailleurs les contraintes liées à la crise sanitaire ont privé pour partie ces jeux de l’ambiance et de l’audience habituelles.
Mais ne boudons pas notre plaisir. Ce que nous savons de certains vainqueurs nous a fait chaud au cœur. C’est par exemple le cas de Sara Balzer-Menad, médaille d’argent au sabre en équipe, qui fait resurgir involontairement « l’affaire Jonquères d’Oriola », de 1964. C’était à Tokyo, déjà.
Pierre Jonquères d’Oriola était le meilleur cavalier français en saut d’obstacles de son temps. Le plus titré. Aux JO de Tokyo, en 1964, il était parti, à ses frais, emmenant son cheval, Lutteur B. Le dernier jour des Jeux, alors que la France semblait devoir repartir sans aucune médaille d’or, notre cavalier triomphe, et décroche la 15e médaille française, la seule médaille en or !
Jonquères d’Oriola avait évité une humiliation à la France. Mais il va en infliger une au ministre des Sports du moment, l’ancien alpiniste Maurice Herzog. Il refuse en effet de lui serrer la main, reprochant au gouvernement auquel il appartient d’avoir privé de JO à Tokyo les sportifs français soupçonnés de sympathie pour l’Algérie française.
Pour l’anecdote, Jonquères d’Oriola fit partie par la suite du Front national, tandis que pour sa part, a raconté sa fille, l’ancien ministre gaulliste Herzog, à la fin de sa vie, proclamait son admiration pour Jean-Marie Le Pen…
Son grand-père battu et torturé plusieurs mois
Sara Balzer-Menad appartient bien entendu à une autre génération, une autre époque. Mais elle revendique sa fidélité aux valeurs de son grand-père, soldat et héros de l’Algérie française : « Mon grand-père maternel était militaire de carrière, engagé dans l’armée française en 1945 dès l’âge de 18 ans. Excellent cavalier, il a intégré le 23e régiment de Spahis (…) Il a été plusieurs fois décoré pour ses faits d’armes en Indochine où il est resté quatre ans. Durant la guerre d’Algérie, il a servi dans le Sud-Oranais. Je sais aussi qu’il a terriblement souffert dans les geôles de l’ALN, lorsqu’il a été enlevé et torturé au moment de l’Indépendance. (…) Alors, oui, continue-t-elle, j’ai beaucoup de respect et d’admiration pour son parcours.
Fière d’appartenir à sa lignée, je prends le relais… Comme lui, j’aspire à représenter cette France à laquelle il a donné vingt-et-un ans de sa vie. »
Son grand-père appartenait donc à l’armée française, se considérait comme Français (ce qu’il était, bien évidemment), et n’entendait nullement changer sa nationalité.
A la sortie de sa caserne, un jour de juillet 1962, il fut enlevé par des membres de l’ALN, menotté, emprisonné du côté de Tlemcen. Il va être battu et torturé pendant plusieurs mois. Ses décorations lui sont par exemple accrochées à même la peau. Le futur général Meyer (qui a été nommé Grand’Croix de la Légion d’Honneur en janvier dernier), parvient à le faire libérer quasiment de force, avec l’aide du régiment qu’il commande, le 2e Spahi. Ce qui lui sauve vraisemblablement la vie. Dans cette opération de délivrance du soldat Menad, Meyer avait pris un risque car le gouvernement avait interdit dans une circulaire toute intervention pour secourir ces victimes du FLN, le parti unique qui contrôlait l’ALN.
Sara n’a pas connu son grand-père, mort accidentellement deux ans après sa libération des geôles du FLN. « Mais ma grand-mère nous parle souvent de lui. Elle veut que nous soyons fiers de lui, de son engagement dans l’armée française dès l’âge de 18 ans ».
Tout cela est rapporté dans le bulletin de l’association Secours de France de décembre 2020, association dont le but est de venir en aide aux frères d’armes en Algérie. Dans ce cadre, l’association a contribué à la prise en charge des frais de formation et d’entraînement de Sara.
Maréchal des Logis Quincampoix
Un autre participant à ces JO 2020 reportés en 2021, Jean Quincampoix, mérite qu’on évoque aussi son profil. Quincampoix, 25 ans, est un spécialiste du tir rapide à 25 mètres. Il a décroché la médaille d’or pour cette spécialité peu connue. Une spécialité qui est en lien avec son métier, pour le moins, puisque Quincampoix est Maréchal des logis dans la gendarmerie. Comme Mohamed Menad l’était chez les Spahis. Voici donc des sportifs – sans doute la grande majorité d’entre eux – qui considèrent qu’ils sont là d’abord pour défendre les couleurs de la France.
Il est curieux, par contraste, de découvrir que les personnalités officielles qui leur rendent visite se croient, elles, obligées d’appliquer des pratiques qui ne sont pas françaises. Par exemple la pratique de mettre la main sur le cœur au son de la Marseillaise. D’une part ce n’est pas un usage en France (en principe c’est le garde-à-vous, ou pour le moins la station debout). Pourtant c’est bien la main sur le cœur, à la façon américaine que la maire de Paris, accourue à Tokyo, a écouté religieusement une Marseillaise dont on avait pris soin d’ôter le caractère guerrier, xénophobe et présumé raciste : l’orchestre était de la musique de chambre, et sans paroles, histoire de ne pas troubler nos pacifistes. Des sportifs ont aussi fait ce geste en recevant leur médaille, ce qui est révélateur de l’influence croissante des feuilletons américains. •

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