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Le plan Darmanin pour mater la rue

Pour leur sixième samedi de mobilisation, les opposants au passe sanitaire obligatoire ont encore réussi leur démonstration de force. Il y avait en effet beaucoup de monde dans la rue, avec 220 cortèges recensés. Les slogans évoluent progressivement chaque samedi, d’une contestation sur la gestion gouvernementale de la crise sanitaire vers une contestation plus globale du système politique et des « élites ». Le nom du professeur Raoult a été acclamé tant à Paris qu’en PACA. Florian Philippot avait dédié son rassemblement au professeur, et des pancartes « Touche pas à Raoult » ont commencé à fleurir dans les cortèges. C’est souvent comme cela que commencent les révolutions.

Darmanin veut casser cette dynamique, d’où la mise en œuvre de pratiques classiques.

Il y a d’abord la bataille des chiffres : en soutenant que, depuis deux semaines, le nombre de manifestants est en baisse, il espère décourager progressivement les moins décidés. Souvent les manifestants se contentent de multiplier par trois ou quatre ces chiffres du ministère de l’intérieur. Sur le trajet Bastille-République, les organisations de gauche avaient en outre instauré des pratiques de retour des manifestants à leur point de départ, de façon à être comptabilisés deux fois. Aujourd’hui les comptages sont plus précis des deux côtés. On reste toutefois émerveillé par la précision du comptage officiel : 175 503 manifestants samedi, nous dit la place Beauvau ! De leur côté, les Gilets jaunes ont eu dix-huit mois pour roder des tableurs très au point, qui sont remplis par plusieurs milliers de « compteurs ». Les informations sont recoupées avec la presse locale, et les données sont consolidées sur un tableau unique, consultable sur le site Le Nombre jaune, et documentées par photos et films. Samedi soir un total de 357 100 participants avait été recensé par ce biais-là. Il s’agit en outre d’une fourchette basse, puisque plusieurs autres manifestations étaient prévues le dimanche, notamment à Toulouse, Nice, Nancy, Bayonne… En tout état de cause, susciter plus de 200 rassemblements, et mettre dans la rue autant de monde en plein mois d’août, constitue une performance.

Les accusations d’antisémitisme font également partie des outils déployés par Darmanin dans le cadre de cette stratégie de démobilisation. Symboliser la discrimination à l’égard des non-vaccinés avec une étoile jaune n’est qu’une manifestation de cette fameuse loi de Godwin et de la reductio ad Hitlerum de tout débat qui dure. Les hommes de gauche sont beaucoup atteints par ce syndrome, d’autant que, pour eux, le fascisme commence avec Wauquiez et le nazisme avec Zemmour. Mais les médias reprennent sans commentaire ces qualificatifs infamants.

Décourager les familles

Le troisième instrument de démotivation, ce sont les fameux black blocs. A Montpellier, samedi, ils ont eu quartier libre pour se regrouper, mettre des cagoules noires, et attaquer en bande ceux des manifestants supposés affiliés à des groupes de droite, en l’occurrence les militants de la Ligue du Midi.

On voit très bien, sur les films qui ont été pris, ces groupes habillés de noir et masqués remonter en courant le cortège, et se jeter sur des manifestants. Il n’y a eu aucune arrestation ! L’objectif est double : décourager les familles avec femmes et enfants de venir manifester, et altérer l’image des anti-passe, en évoquant, comme l’ont d’ailleurs fait sans scrupule les médias, « des heurts entre extrémistes des deux bords ».

Mais c’est un jeu risqué : ces provocations et ces trucages peuvent aussi se retourner contre leurs auteurs. •

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