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Marseille en rade

Un homme de 27 ans enlevé et brûlé vif dans une voiture, deux autres abattus à bout portant. En toile de fond : la drogue, la drogue et encore la drogue. A l’instar des championnats sportifs en plein mercato de joueur, la saison de la daube fait rage à Marseille. Les équipementiers sponsorisent, les équipes recrutent et les entraîneurs valdinguent au gré de l’offre et de la demande. Au milieu de ce chaos de fer et de feu, des familles et des riverains qui ne peuvent que se taire, voire qui se révèlent complices en servant de base arrière ou de témoins silencieux en laissant les voyous payer leur loyer. Mi-août, c’était un adolescent de 14 ans, venu seul en France, laissant ses parents en Algérie ; il a été exécuté à l’arme de guerre. Les mineurs isolés, en rupture familiale ou scolaire, correspondent exactement au profil recherché par des trafiquants de drogue. « Ils savent que judiciairement on ne pourra pas les poursuivre, […] si en plus le jeune c’est un jeune sans papier, qui arrive de l’étranger, vous imaginez que c’est le profil parfait, puisqu’un il ne sera pas poursuivi, et deux il ne sera pas renvoyé », explique Rudy Manna, secrétaire départemental d’Alliance Police Bouches-du-Rhône à France Info. En bref, Marseille sombre.

Mais cela ne date pas d’hier. La Castellane, Noailles… Autant de quartiers laissés à l’abandon, sortant progressivement du « champ républicain », des quartiers théoriquement en reconquête, pratiquement séparés de la France. Et cela, aucune loi contre le séparatisme n’y peut quoi que ce soit. Néanmoins, nous sommes à un an de l’élection présidentielle. Le maire de Marseille, Benoît Payan, issu du PS et élu, rappelons-le, par personne puisqu’il a remplacé au pied levé Michèle Rubirola dont la fonction de prête-nom a pris fin au bout de trois mois, a tapé du poing sur la table en demandant des renforts de l’Etat. Le garde des Sceaux a réagi en envoyant onze magistrats supplémentaires. « On attendait des renforts, ils envoient des psychologues », me soufflait épuisé un policier de région parisienne, il y a quelques mois. La communication gouvernementale s’est donc mise en branle ; la priorité, c’est d’agir en surface pour envoyer un message de fermeté à l’opinion. Emmanuel Macron a par ailleurs annoncé qu’il se rendrait à Marseille début septembre pour faire des annonces. Après Trappes, le président a compris la stratégie Darmanin : se rendre sur place et condamner vertement. Eventuellement avancer un décret ou un projet de loi qui ne fera que réécrire la loi déjà existante, une manière efficace de brasser du vent sans appliquer ce qui préexistait. On parlait football en début d’article : on a vu les pouvoirs publics plus enclins à s’abattre sans distinction sur une poignée de supporteurs bagarreurs pendant la rencontre Nice-Marseille. Forte avec les faibles, faible avec les forts, la République s’érode plus sûrement et plus rapidement que les calanques de Cassis. Au moins, Darmanin a réaffirmé sa volonté de ne pas légaliser le cannabis, comprenant qu’il était le ministre luttant contre la drogue et non le ministre de la drogue. Que le lecteur soit indulgent, la rentrée n’a pas encore commencé, on cherche encore quelques bonnes nouvelles. •

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