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Bérézina afghane

Kaboul, la France et nous

L’étau se resserre autour de l’aéroport de Kaboul. Jeudi vers 16 heures, deux attentats meurtriers ont fait de nombreux morts et blessés. L’Etat Islamique a revendiqué cette action menée par des commandos suicides qui se seraient fait sauter dans la foule agglutinée, afin de tuer le plus grand nombre possible de « mécréants » et de « traîtres ». Treize soldats américains ont trouvé la mort, a annoncé le Pentagone, et une quinzaine d’autres ont été blessés. Du côté des civils afghans, il y aurait soixante-douze morts dont des enfants. Ce bilan est très provisoire, et l’on craint d’autres attaques de kamikazes dans les prochaines heures.

Présent de mercredi évoquait un Dien Bien Phu en pire. Un lecteur, Yves P., qui était médecin à Saïgon au moment de la victoire communiste, estime pour sa part que « Kaboul n’est pas un Diên Biên Phû (mai 1954) en pire, mais la réédition après la chute de Saïgon, le 30 avril 1975, de ce que peut faire la plus grande puissance du monde pour décamper honteusement en condamnant aux plus cruelles exactions ceux qui ont, un moment, cru en elle. J’étais à Saïgon en 1975. Quid de l’hôpital français de la Chaîne de l’espoir à Kaboul ? »

C’est bien Dien Bien Phu pour ce scénario d’encerclement toujours plus angoissant dans un périmètre défendu par une poignée de soldats qui peuvent se croire abandonnés à leur sort. C’est bien Saïgon pour l’identique panique d’une population qui va basculer en régime totalitaire et qui craint à juste titre de subir les pires exactions. Mais on aurait pu comparer aussi ce qui se passe au sort des harkis et des innombrables Français d’origine arabe en 1962, ou à celui des cosaques et des membres de l’armée Vlassov, voire des prisonniers soviétiques rendus à une « mère patrie », championne toutes catégories de la justice expéditive, au total plus d’un million de personnes, dont les os blanchis parsèment la plaine sibérienne.

Chacune de ces défaites occidentales se termine par un bain de sang – mais le plus souvent par un vrai génocide – dont sont victimes sont qui ont fait confiance aux Occidentaux, ou qui avaient préféré le mode de vie occidental importé.

Nous sommes quasiment à l’échéance fixée par Biden. Les soldats américains commencent à être décimés, les « coopérateurs » (lire la tribune d’Eric Delcroix page 6) finiront au mieux dans des camps de rééducation pour expier la souillure occidentale, au pire ils seront liquidés. Très peu devraient pouvoir encore fuir le pays par avion, et ils sont incités à rentrer chez eux, ce qui, dans beaucoup de cas, signifiera l’exécution à un coin de rue.

L’Afghanistan, par anticommunisme ou esprit d’aventure

Et la France, dans tout ça ? Notre pays n’avait aucun vrai lien avec ce pays pauvre, situé à 6 000 kilomètres à vol d’oiseau de nos frontières et sans aucun passé commun. Des contacts s’étaient certes créés pendant l’occupation soviétique, spécialement avec les hommes du commandant Massoud, le lion du Panshir. Des Français alors jeunes : Laurent Maréchaux, Alain Boinet, Patrice Franceschi, Christophe de Ponfilly, par anticommunisme ou par esprit d’aventure, et le plus souvent les deux à la fois, sont partis là-bas dans les années 1980. Ils ont créé des réseaux, des amitiés. Mais l’assassinat d’Ahmed Chah Massoud, en septembre 2001, par ceux qui s’apprêtent aujourd’hui à rétablir la théocratie totalitaire islamiste, avait mis un terme à une passion afghane naissante chez cette poignée de Français généreux.

Au-delà de cette aventure, qu’avons-nous de commun avec l’Afghanistan ? L’idéologie des droits de l’homme a poussé le gouvernement français à participer à la construction du bonheur de ce peuple malgré lui. Depuis le temps on aurait dû s’apercevoir que ça ne marche pas ainsi.

Bernard-Henry Lévy en fait l’amère expérience, qui gesticule en vain, appelant à soutenir la résistance afghane. Eric Ciotti (nouveau candidat LR à la présidentielle) tient le même sympathique mais vain discours. Il est appuyé par une poignée de députés de son parti. Mais nous disposons à présent de suffisamment d’expériences malheureuses pour savoir que la résistance à l’oppression ne se décrète pas de l’extérieur. Et certainement pas au nom des droits de l’homme ou autres constructions intellectuelles. En Afghanistan, la résistance, s’il y en a une, sera d’abord le problème des Afghans, selon les méthodes afghanes.

Il faut surtout « Rapatrier » (sic !) les Afghans chez nous, ou plus généralement en Occident, nous martèlent chaque jour France Info, Libération, BFM, comme si ces Afghans étaient sur le point de retourner dans leur patrie !

Jeudi Emmanuel Macron jouait pour sa part les Lévy-bis, commentant en direct les préparations d’évacuation d’un nouveau contingent d’Afghans et de binationaux qui attendaient « dans 20 bus de pouvoir embarquer dans un avion (…) que nous souhaitons pouvoir rapatrier (resic !) ». Mais sans garantie, a-t-il ajouté. Cela représenterait encore plusieurs centaines de personnes. La France arrêtant ses évacuations ce vendredi, sans doute s’agissait-il donc de l’ultime départ.

L’écriture inclusive au service de la femme afghane

Cela fera 200 Afghans de plus sur le territoire français. Sachant que le taux de terroristes islamistes avérés acheminés « par erreur », est de l’ordre 2,5 %, cela ne nous fera que cinq terroristes de plus à gérer. Nous ne sommes plus à cela près.

Au même moment, dans une note destinée à aider les migrants d’origine afghane, le GISTI ou Groupe d’information et de soutien des immigrés, association d’extrême gauche dédiée à la cause du grand remplacement, évoquait « les risques de persécution / dangers pour la personne à évacuer, notamment si la personne a travaillé pour l’armée française, pour des ONG ou des médias, minorité ethnique à risque, femme seule… » (ce qui fait du monde !). Le plus ridicule est que cette note est écrite …en écriture inclusive ! Au nom des avancées du droit des femmes. •

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