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Macron ressort sa réforme des retraites

Après s’être pris pour un « chef de guerre » combattant, à grands coups de chèques aux montants somptuaires, les conséquences de la crise sanitaire, Emmanuel Macron, entré en campagne pour les prochaines élections, souhaite redonner l’image d’un président réformateur, soucieux des deniers publics. C’est donc tout naturellement que ressurgit l’épineuse question de la « réforme des retraites » qui avait mis la France dans la rue et que l’on croyait depuis lors enterrée.

La rumeur enfle en effet depuis plusieurs semaines : le président Macron voudrait supprimer les régimes spéciaux de retraite et instaurer le minimum de pension à 1 000 euros.

« Avant Noël, nous ferons des choix raides sur l’indépendance économique du pays, et des choix rapides pour ne pas laisser filer la dette », indique ainsi un de ses proches conseillers.

Mais s’agit-il d’une véritable intention ou simplement d’un coup de communication dans le cadre d’une campagne électorale déjà entamée ? Pour l’instant rien en semble tranché mais certains observateurs voient là essentiellement un moyen de redonner au candidat Macron sa posture passée de réformateur « entreprenant » et « audacieux », n’hésitant pas à s’attaquer aux « conservatismes » et aux « acquis sociaux » rebaptisés « privilèges » afin d’attiser les jalousies et de monter certaines catégories de Français contre d’autres avant d’aligner tout le monde sur le moins-disant social en bon ultra-libéral qu’il a toujours été. « Il nous faut des objets de controverse politique sinon on va les subir », comme l’explique le sémillant Gabriel Attal.

Quoi qu’il en soit, le texte auquel réfléchirait l’exécutif serait « moins ambitieux » que la première mouture envisagée avant la crise sanitaire mais conserverait néanmoins certains dispositifs symboliques de 2020. Il s’agirait donc cette fois de supprimer la quarantaine de « régimes spéciaux » qui demeurent, et d’instaurer parallèlement une pension minimale de 1 000 euros. Une réforme de fait plus symbolique et idéologue que financière tant l’impact sur les comptes publics de telles mesures apparaît dérisoire. Un bon moyen surtout de faire plaisir à la fois à la droite (fin des « régimes spéciaux » qui semblent obséder un certain électorat conservateur) et à la gauche (revalorisation des pensions les plus faibles) et donc de ratisser large en vue des échéances électives.

Pour l’instant, bien entendu, l’Elysée n’infirme ni ne confirme rien. Il est vrai que, le 12 juillet dernier, devant 22 millions de téléspectateurs, Emmanuel Macron s’était engagé à ne pas lancer cette réforme « tant que l’épidémie ne sera pas sous contrôle et la reprise bien assurée », ce qui semble loin d’être le cas, surtout si l’on en croit les mesures toujours plus liberticides imposées au Français.

En attendant, les équipes présidentielles semblent tenter de peser le rapport bénéfice/risque d’une telle réforme. D’un côté la possibilité de « couper l’herbe » sous les pieds des autres candidats et d’occuper massivement l’espace médiatique, de l’autre la perspective d’une nouvelle crise sociale et de blocages divers dans le pays. Une fois encore, c’est la stratégie électorale qui imposera ses choix, et non l’intérêt général du pays. •

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