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Verts de peur

La jeunesse craint pour son avenir

Un effet Greta Thunberg ?

No future : ce slogan des années 70, pessimiste sur l’avenir, a visiblement de… l’avenir. D’après une enquête réalisée à grande échelle sur la question climatique auprès de 10 000 jeunes de 16 à 25 ans de dix pays – parmi lesquels la France et les Etats-Unis –, la jeunesse serait pessimiste sur son propre destin. La revue Lancet a publié les résultats. Les jeunes sont non seulement inquiets pour la planète, mais ils sont pessimistes sur leur propre avenir. Les chiffres sont éloquents. 56 % des jeunes interrogés jugent l’humanité « condamnée » et 55 % estiment qu’ils auront encore moins d’opportunités que leurs parents. Ils sont aussi sans illusion sur leurs gouvernants : 58 % considèrent que les pouvoirs exécutifs de leurs pays ont trahi les générations actuelles et futures dans la question du dérèglement climatique. Mais on apprend également que 39 % des jeunes redoutent le fait d’avoir des enfants. Et même s’ils venaient à dépasser cette peur en fondant une famille, ils resteraient quand même 52 % à croire leur sécurité « menacée ». C’est donc une série de points de vue négatifs sur eux-mêmes et sur l’avenir de l’humanité qu’une partie de la jeunesse du monde entretient sans complexe.

On doit s’interroger sur ce qui conduit à ce constat de pessimisme généralisé. Si le déclin des croyances traditionnelles et l’individualisme de masse ont conduit à la disparition de toute espérance et de toute foi en l’avenir, la question des ravages de cet écologisme radical bien à la mode auprès des jeunes doit être soulevée. On l’a ainsi vu ces dernières années avec l’attrait pour la figure de Greta Thunberg – cette adolescente suédoise érigée médiatiquement en déesse de la cause écologique – ou dans ces marches pour le climat, sortes de nouvelles croisades pour enfants des temps modernes… Or, la peur nourrie pour l’environnement traduit un pessimisme incapable de donner de véritables solutions. Au nom de cet avenir sombre que l’on agite pour réveiller les consciences, on le rend encore plus sombre et sans espoir. Qu’attendre d’autre d’un discours apocalyptique ?

La conséquence la plus inquiétante porte évidemment sur la famille et les enfants. Naguère, se projeter dans l’avenir avec des enfants était une façon de se construire. Aujourd’hui, à cause d’un discours qui fait de toute naissance un problème pour l’avenir de la planète, la perspective de donner la vie n’enchante guère… Finalement, ce ne sont plus les techniques visant à éviter la procréation et la naissance qui aboutissent au rejet de l’enfant, mais bien ces peurs irrationnelles et démesurées sur l’avenir. Pourtant, une vie humaine ne saurait être jaugée en termes de bilan carbone.

Enfin, aspect non traité par l’enquête : le rôle des parents. Qu’ont-ils fait pour que leur progéniture soit dénuée de tout espoir sur sa propre destinée ? Nous voilà bien loin de cette fille espérance honorée par Charles Péguy. •

François Hoffman

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