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Sous-marins : coup de Trafalgar

La claque australienne

Ce devait être pour la France le « contrat du siècle » : la livraison de 12 sous-marins à propulsion classique à l’Australie pour un coût de 56 milliards d’euros, construits par Naval Group. Négocié en 2016 par Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense et actuel ministre des Affaires étrangères, il ne sera pas exécuté en raison du revirement de la position de l’Australie. En raison non « d’un changement d’avis » mais d’« un changement de besoin », le Premier ministre australien a finalement donné sa préférence aux sous-marins à propulsion nucléaire, « plus autonomes que les sous-marins à propulsion conventionnelle ».

Une décision reçue avec amertume par Paris. Florence Parly, ministre des Armées, a dénoncé une mise en cause « de la parole donnée ». Quant à Jean-Yves Le Drian, il dénonce le « coup dans le dos » de l’Australie : « Cela ne se fait pas entre alliés […]. Nous parlions de tout cela avec les Etats-Unis il y a peu de temps et là, voilà cette rupture. C’est assez insupportable. » Il met surtout en cause Washington : « Cette décision unilatérale, brutale, imprévisible ressemble beaucoup à ce que faisait M. Trump ». Le hic est que cela vient de Joe Biden, président avec lequel les relations sont censées se pacifier… Le président de la commission des Affaires étrangères et de la défense du Sénat, Christian Cambon (LR), s’interroge « sur l’attitude récurrente de certains de nos alliés, qui se comportent plus comme des adversaires que comme des concurrents loyaux ». « Les Etats-Unis et le Royaume-Uni changent les règles du jeu », affirme-t-il dans un communiqué. En effet, ce revirement renvoie à un rapprochement entre trois puissances du Pacifique dont la France a fait les frais.

La livraison de sous-marins à propulsion nucléaire s’inscrirait dans ce partenariat de sécurité noué dans la zone indopacifique entre les Etats-Unis, l’Australie et le Royaume-Uni. Elle serait ainsi la conséquence du pacte « Aukus », du nom de ce pacte tripartite révélé lors d’une réunion entre les trois pays présidés par Joe Biden à la Maison-Blanche. Pour les Britanniques, c’est une manière d’éviter l’isolement international après le Brexit en se rapprochant de « démocraties maritimes » qui parlent anglais. Si le communiqué commun aux dirigeants américain, australien et britannique mentionne « la paix et la stabilité dans la région indopacifique », Pékin est dans le viseur de cette alliance régionale

A la différence de Donald Trump, Joe Biden préfère une stratégie moins frontale associant d’autres pays face à la Chine. Il envisage ainsi de relancer le « Quad », en léthargie depuis quelques années : les Premiers ministres australien, indien et japonais seront invités à Washington le 24 septembre prochain. Pourtant, les Etats-Unis entendent « travailler avec la France », Paris étant qualifié de « partenaire clé » (Biden). Pas sûr que la volte-face soit de nature à rassurer la France. •

François Hoffman

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