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Guerre de position

L’Arménie chrétienne toujours menacée

Jean-Christophe Buisson, directeur adjoint du Figaro Magazine, était mercredi à Radio Courtoisie. Il revient du Haut-Karabakh, région à la limite de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan, lieu de confrontation entre les mondes chrétien et musulman. Peuplées majoritairement de chrétiens, ces terres du Caucase ont donné lieu de la part des Azéris à une guerre de conquête de 44 jours (27 septembre – 8 novembre 2020). C’était il y a à peine un an.

Désormais, c’est l’Arménie tout entière qui est menacée, estime le journaliste.

Pourtant l’Arménie fut la première nation chrétienne au monde. Elle l’est restée, ce qui d’ailleurs facilita l’assimilation, notamment en France, de ces dizaines de milliers de personnes ayant fui l’extermination de 1915 par les Turcs.

Le Haut-Karabakh est donc peuplé de chrétiens arméniens (150 000 habitants), mais ces terres d’une superficie de 11 000 km2, situées sur de hauts plateaux, sont enclavées dans le territoire de l’Azerbaïdjan. Ce rattachement à l’Azerbaïdjan avait découlé de la seule volonté de Staline. Aussi, quand l’URSS s’est effondrée, les habitants ont à nouveau revendiqué leur indépendance, avec le soutien de l’Arménie voisine, au nom du principe d’autodétermination des peuples. Ce qui a entraîné une première guerre du Haut-Karabakh : 30 000 morts, et des mouvements de population massifs, les Arméniens quittant l’Azerbaïdjan, et les Azéris, l’Arménie voisine. On voit encore, dans certaines villes arméniennes, des quartiers vides d’habitants, car, malgré les trente années écoulées, les anciens habitants ne sont pas revenus. Ni d’un côté ni de l’autre. L’Azerbaïdjan, appuyé par la Turquie, considère depuis lors que son territoire a été amputé arbitrairement par une sécession illégale.

C’est un peu l’histoire de la Catalogne, en somme ? On pourrait le penser.

Mais le génocide arménien de la période 1915-1918 (succédant lui-même aux persécutions constantes des siècles précédents), le sort plus global des chrétiens d’Orient, la montée de l’islamisme et de l’autoritarisme turc, les raids de Daesh et de l’EI, dans la région légitimaient largement les craintes de ces Arméniens de la montagne, leur désir d’autonomie du fait des pressions hostiles de tous bords.

L’Arménie a donc perdu la seconde confrontation, celle de septembre 2020, face à une armée azérie, suréquipée, appuyée par des mercenaires venus de Syrie, que certains n’hésitent pas à qualifier d’islamistes, et aidés aussi par la logistique turque.

4 000 monuments chrétiens

Depuis lors, une normalisation pesante s’est mise en place dans le Haut-Karabakh : outre l’occupation azérie d’une partie du territoire, les prisonniers de guerre ne sont toujours pas libérés en dépit du cessez-le-feu. Les troupeaux, les maisons font régulièrement l’objet de tirs pour intimider les paysans, les conduire à abandonner purement et simplement leurs lopins de terre. Pour le coup, cela fait penser à un mauvais western plus qu’à la sécession de la Catalogne.

Jean-Christophe Buisson témoigne de ce que ces terres comptent 4 000 monuments chrétiens : églises, monastères, cimetières, qui attestent de leurs racines. Et que deviendra ce patrimoine de l’humanité sous la botte d’un islamisme de plus en plus assumé ?

L’Azerbaïdjan est une terre riche en puits de pétrole : c’est une partie de l’explication de l’indifférence occidentale. Même Israël soutient l’Azerbaïdjan. Même les Etats-Unis lui vendent des armes.

« En dehors du soutien de sa diaspora, l’Arménie est toute seule », note l’historienne Claire Mouradian, spécialiste du Caucase. •

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