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L’usine à gaz

Envolée des prix

Les causes de l’envolée des prix du gaz en Europe sont multiples. Dans la plupart des pays européens, y compris en Allemagne mais à l’exception notable de la France, les stocks sont au plus bas à l’approche de l’hiver, après un hiver 2019-2020 particulièrement froid et long. Des problèmes de maintenance des infrastructures de plusieurs pays producteurs, dont la Norvège, qui fournit 20 % du gaz consommé en Europe (40 % de celui consommé en France), sont également évoqués, alors que la consommation est repartie à la hausse avec le retour de la croissance économique. Côté offre, le gaz algérien, qui couvre une part importante de la consommation en Italie, en Espagne et au Portugal, est aussi livré par des gazoducs (gaz naturel). Mais les tensions entre l’Algérie et le Maroc pourraient avoir un impact négatif sur les livraisons à l’Espagne et au Portugal cet hiver, ce qui est aussi un facteur de hausse des prix. Les livraisons de GNL algérien à la France qui se font par bateaux, ne sont pas menacées mais cela représente moins de 10 % de notre consommation nationale.

Dans ce contexte, on aurait pu penser que la Russie, qui exporte aussi du gaz naturel vers l’Europe au moyen de gazoducs, profiterait au maximum de ses capacités disponibles. Mais ce n’est pas le cas, et cette cause vient s’ajouter aux autres alors que le gaz russe couvre 40 % de la consommation de gaz européenne et près de 20 % de la consommation française.

En France, les tarifs réglementés d’Engie vont donc encore augmenter de 12,6 % à partir du 1er octobre après plusieurs hausses successives cette année. En Grande-Bretagne, les prix du gaz ont contraint plusieurs entreprises à suspendre leurs opérations, accentuant les problèmes d’approvisionnement dans certaines industries dans un contexte où les transports manquent cruellement de chauffeurs routiers après la suspension des examens de conduite pendant de longs mois en 2020, pour cause de pandémie. En Allemagne, le fournisseur de gaz à l’industrie Deutsche Energiepool a cessé ses livraisons, rompant ses contrats qui ne sont plus rentables avec la multiplication par cinq des prix du gaz naturel depuis le début de l’année.

Le gazoduc Nord Stream 2, doublant la capacité de transport du gaz russe par la Baltique, devait régler la situation. Seulement, si le gazoduc est prêt, il est en attente des autorisations et le problème du respect du droit européen, interdisant à Gazprom d’être à la fois le producteur du gaz et le propriétaire du gazoduc, n’est pas réglé. Et donc pour faire pression sur les régulateurs européen et allemand, la compagnie publique russe ferme le robinet par ses gazoducs terrestres. Pour octobre, elle n’a réservé que 30 % de la capacité disponible du gazoduc Jamal traversant la Biélorussie et la Pologne.

Il y a quelques jours, l’Agence internationale de l’énergie s’en est inquiétée et elle a appelé la Russie, qui dispose des réserves de production nécessaires, à accroître ses livraisons par ce gazoduc. Gazprom était déjà accusé d’avoir réduit ses livraisons par le gazoduc Yamal II qui traverse l’Ukraine pour continuer vers la Hongrie et l’Autriche. Pire encore pour l’Ukraine en passe de perdre son statut de pays de transit, la Hongrie, épargnée par la flambée des prix du gaz (qui est exclusivement russe, dans son cas), vient de signer un contrat de 15 ans avec la Russie pour la fourniture du gaz par deux gazoducs, le TurkStream qui a désormais un embranchement vers la Bulgarie, la Serbie et la Hongrie, et le Nord Stream 2 à travers l’Allemagne et l’Autriche. Car avec leurs besoins en gaz non satisfaits et les besoins croissants du fait de la sortie du charbon (et aussi du nucléaire en Allemagne), il fait peu de doute que Bruxelles et Berlin donneront rapidement les autorisations nécessaires à la mise en route du Nord Stream 2. •

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