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Jusqu’à la lie

L’Église sonnée

330 000 victimes, près de 3 000 bourreaux portant l’aube ou la soutane, ce sont les chiffres du rapport remis à la conférence des évêques de France par le haut-fonctionnaire Jean-Marc Sauvé. Les violences sexuelles commises dans l’Église représenteraient ainsi 4 % du total des violences de ce type dans la société française, en moyenne de 1950 à 2020. « Honte » ce sont les mots de Mgr de Moulin-Beaufort, président de la CEF, « honte » est aussi le mot employé par le pape François depuis Rome. La seule « bonne » nouvelle, et nous avons conscience du caractère inapproprié de ce terme, la comparaison du nombre de prêtres ayant agressé sexuellement des mineurs avec des études similaires menées dans des pays étrangers démontre que la France aurait le taux de prêtres abuseurs le moins important. Il serait compris entre 2,5 % et 2,8 % dans l’Hexagone. Mais l’Eglise de France est la seule à avoir mené un travail de cette ampleur. Il apparaît que la majorité des agressions dans l’Eglise, 56 %, se sont produites entre  1950 et 1970 ; 22 % entre 1970 et 1990 ; et 22 % entre 1990 et 2020. Une stabilisation qui mérite d’être encore étudiée et expliquée. Il apparaît également que la part des abus dans l’Eglise par rapport aux abus sexuels commis dans la société sur les mineurs a notoirement baissé. Elle était de 8 % entre 1950 à 1970, elle est passée à 2,5 % entre 1970 et 1990, elle est à 2 % entre 1990 et 2020. Des chiffres qui démontrent bien le travail qui avait été fait en amont par une partie du clergé. Un travail tardif et bien insuffisant.

L’Eglise de France connaît enfin la vérité, en tout cas les chiffres qui s’en rapprochent le plus. Cela faisait plusieurs semaines que les différents diocèses préparaient leurs fidèles à la déflagration. Les prières universelles étaient largement employées à prier pour que le rapport fasse progresser la vérité et que le scandale qui en résulte emporte avec lui tous les crimes commis depuis 70 ans. Et puis les rumeurs ont commencé à enfler, on attendait une recension de quelques dizaines de milliers de victimes, elles se sont comptées en centaine de milliers.

Les réactions ne se sont pas fait attendre : « Le rapport Sauvé sur les crimes sexuels dans l’Eglise est un texte crucifiant, mais nécessaire » affirme l’historien Jean Sévillia. « Ces témoignages m’ont bouleversé et ouvert les yeux. Ce matin, encore une fois, je penserai forcément d’abord à elles. Je prierai aussi pour la majorité des clercs ayant servi avec fidélité l’Eglise du Christ » déclare le patron de Famille Chrétienne, Antoine-Marie Isoard. D’autres comme le père Danziec, chroniqueur chez Valeurs actuelles, se contentent de citer l’Evangile : « Il est impossible qu’il n’arrive pas des scandales ; mais malheur à celui par qui le scandale arrive ! Il vaudrait mieux pour lui qu’on lui mit au cou une meule de moulin, et qu’on le jetât dans la mer, que de scandaliser un seul de ces petits. » «Je suis accablé, bouleversé. Quand j’ai entendu ce rapport, j’ai été saisi par l’envie de pleurer, de crier, et de demander pardon » affirme pour sa part Mgr Rougé sur Cnews. La déflagration de cette enquête commandée par l’Eglise elle-même fait de cette institution la plus transparente et la plus désireuse de lutter contre ces crimes commis en son sein. Le moins que l’on puisse espérer, c’est que ceci ne se reproduira plus et que cela incitera d’autres institutions dont les voix hurlent aujourd’hui avec les loups de faire le même travail de vérité avant que d’autres ne s’en chargent. •

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