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Idéologie « woke » : l’âge bête

Il y a deux semaines, deux étudiantes noires de l’université d’Etat d’Arizona publiaient sur leur compte Instagram une vidéo devenue virale. La comparse de la filmeuse demandait à deux camarades blancs de quitter illico presto la bibliothèque dans laquelle ils étaient en train de travailler, car ils seraient « offensants ». La cause de cet ultimatum ? Un malheureux autocollant « Police Lives Matter » figurant sur l’ordinateur d’un des jeunes gens et un tee-shirt « Je n’ai pas voté Biden » porté par son copain.

La guerre contre les Blancs

Le ton monte très vite et les deux harpies leur enjoignent de quitter « cet espace multiculturel » (la bibliothèque) pour le motif que, leucodermes, ils « ne sont pas le centre du monde » et que la « blancheur n’est pas une culture ». Les deux victimes se défendent bec et ongles mais finiront par quitter les lieux sous la pression de ces militantes du mouvement Black Lives Matter qui a largement contribué à la défaite de Donald Trump et tient les rênes de la bien-pensance dans le monde occidental.

En 2015, l’administration de l’université Yale avait capitulé face aux exigences d’une centaine d’étudiants issus pour la plupart de minorités raciales et qui voulaient le scalp d’un professeur qui résistait à leurs caprices mais qui finit par prendre la porte. Cet incident illustrait l’effondrement des autorités universitaires face à la pression radicale de certains et installait la culture woke « éveillé », dans l’argot noir américain – dans la durée.

Il y a cependant belle lurette que le radicalisme politique secoue les Etats-Unis. Souvenez-vous que Mai 68 trouve ses racines certes à Cuba, mais surtout dans les campus américains qui servirent de modèle à tous les meneurs de l’époque qui, après plus de trente ans d’éloge de la révolution, tournèrent casaque pour soutenir les néoconservateurs dont on mesure, chaque jour un peu plus, les échecs avec le récent lâchage de l’Afghanistan.

Un pasteur très toxique

Au début des années 90, une deuxième vague de radicalisme submergeait les campus et l’on pouvait entendre le révérend Jesse Jackson, grand activiste noir devant l’Eternel, haranguer ses camarades de l’université Stanford en exigeant que le cours d’introduction à la civilisation occidentale dont il demandait « le départ » (sic) soit supprimé. Ce militant des droits civiques se vit ouvrir grand les portes du Parti démocrate, fut un soutien de poids pour Obama et, en 2020, affirma bruyamment sa défense de George Floyd, imposant sa logique de déconstruction aussi bien en Amérique qu’en Europe et plus particulièrement en France.

Une contagion sournoise

« Notre système économique, social et sociétal est fondé sur un triptyque : nous prenons, nous utilisons et nous jetons. Le corps des femmes, le corps des plus précaires, le corps des racisés », tels sont les morceaux de bravoure récemment martelés par Sandrine Rousseau, battue d’une courte tête par Yannick Jadot lors de la récente primaire écolo et qui doit retourner exercer ses fonctions de vice-présidente de l’université de Lille où elle est censée enseigner l’économie. Des propos reçus cinq sur cinq dans les universités, mais également dans certains collèges ou lycées où des pressions sont exercées pour forcer certains enseignants récalcitrants à l’idéologie woke à la démission en raison de la « xénophilie sélective des militants décoloniaux », comme l’écrit très justement Pierre-André Taguieff dans L’Imposture décoloniale.

« C’est une forme de terrorisme intellectuel. Je n’ai pas de place pour mes opinions », affirme Mathis, étudiant en master droit public à Paris 1 qui supporte très mal la censure exercée par les soutiens d’Assa Traoré qui veulent imposer le discours indigéniste, racialiste et décolonial porté notamment par le syndicat UNEF, devenu un nid de militants islamistes très puissant à la Sorbonne. N’oublions pas qu’en mars 2019 la pièce d’Eschyle, Les Suppliantes, était déprogrammée, des militants de la Ligue de défense noire africaine (LDNA), que Darmanin s’est récemment décidé à dissoudre, ayant empêché la représentation et malmené les acteurs. Ils reprochaient au metteur en scène d’avoir mis des masques noirs sur le visage des comédiens alors que ce dernier ne faisait que respecter la tradition antique. Comme s’en vante Houria (« Libération » en arabe) Bouteldja, fondatrice des Indigènes de la République : « Notre simple existence, doublée d’un poids démographique relatif (1 pour 6) africanise, arabise, berbérise, créolise, islamise, noirise, la fille aînée de l’église [sic], jadis blanche et immaculée. »

La situation n’est guère plus brillante à Sciences Po Paris qui accorde des points bonus aux élèves utilisant l’écriture inclusive et subit encore les conséquences de la gouvernance de Richard Descoings qui a ouvert grand les portes au courant décolonial et incité les instituts de sciences politiques provinciaux à en faire autant. On se souvient de la philosophe (et épouse de Lionel Jospin) Sylviane Agacinski, virée comme une malpropre de l’IEP de Bordeaux pour le motif qu’elle est hostile à la PMA pour toutes les femmes, ou des diatribes du directeur de Sciences Po Lille affirmant sa haine de Marine Le Pen en même temps qu’on le sait proche d’Amar Lasfar, le directeur du très contesté lycée Averroès.

Baragouin et écriture inclusive

Dans le cadre d’un séminaire organisé par des enseignants de la rue Saint-Guillaume et l’université de Nanterre, on a pu récemment entendre une certaine Mathilde Cohen, chargée de recherche au CNRS et également maître de conférences à l’université du Connecticut, affirmer que la « blanchité alimentaire [renforçait] la blanchité comme identité raciale dominante » et que les « habitudes alimentaires sont façonnées par les normes des classes moyennes supérieures blanches ». Un exemple de cette novlangue qui, depuis maintenant une vingtaine d’années, permet le contrôle des masses, accouplée à l’écriture inclusive qui radicalise le politiquement correct.

Ce n’est pas un hasard si certains veulent substituer le mot « matrimoine » au vocable « patrimoine » et si les disciples d’Alice Coffin souhaitent remplacer le mot « femme » par cet horrible montage : « personne qui menstrue ». Quant à l’écriture inclusive, elle est utilisée et vivement recommandée à l’université de Nanterre ou à Sciences Po Paris alors même que Jean-Michel Blanquer a condamné le point médian dans une récente circulaire ministérielle indiquant que « cette écriture, qui se traduit par la fragmentation des mots et des accords, constitue un obstacle à la lecture et à la compréhension de l’écrit ». On a vu récemment plusieurs députés tirer la sonnette d’alarme après la publication par la Haute Autorité de santé d’un dépliant visant à sensibiliser les parents sur l’importance du dépistage néonatal. Rédigé en langue inclusive, il était incompréhensible ! Le maire de Lyon a imposé « l’écriture non sexiste » en juillet 2020 tandis que la Ville de Paris a sauté à pieds joints dans cette folie. Peu importe pour ces agités du bocal que cette forme de graphie pose des difficultés aux dyslexiques, dyspraxiques et autres dysphasiques. Ils suivent le sens du vent mauvais. Il existe cependant des petits malins comme Raphaël Haddad, directeur de l’agence de communication Mots-Clés, qui organisent des formations d’aide à l’écriture inclusive destinées aux salariés des entreprises privées comme aux personnels de l’administration publique. De quoi s’en mettre plein les fouilles aux frais du contribuable et installer la cancel culture uniformément dans notre pays.

Cette nouvelle révolution culturelle qu’est le wokisme déconstruit des idées admises et des institutions établies, évacue la responsabilité individuelle pour la remplacer par « le système » qui dirige tout, les pensées, les sentiments et les actions des marionnettes ainsi manipulées pour le plus grand bien des minorités en tous genres. Les fils de SOS Racisme et de Mai 68 doivent se frotter les mains, eux qui ont parlé les premiers de déconstruction et de droit à la différence. •

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