Connexion
S'abonner

Sous le sceau

Secret de la confession

Mgr de Moulins-Beaufort convoqué par Gérald Darmanin : sous le sceau de la République ou de la confession ?

Pour les évêques de France, c’est une drôle de surprise : ils pensaient être dédouanés par la remise publique du rapport de la CIASE sur les abus sexuels sur mineurs par l’Eglise. Mais ils se prennent les pieds dans le tapis en raison de certaines de leurs déclarations. Mercredi dernier, le patron des évêques de France, Mgr de Moulins-Beaufort, avait en effet rappelé que le secret de la confession était « plus fort que les lois de la République ». D’où un tollé médiatique, notamment à gauche. Le « secret confessionnel n’est pas supérieur aux lois de la République », affirme ainsi Sarah Massoud, responsable du Syndicat de la magistrature. Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, est même allé de son petit couplet d’indignation : « La réaction à ces propos, elle est très claire, il n’y a rien de plus fort que les lois de la République dans notre pays […]. Le président de la République a demandé au ministre de l’Intérieur de recevoir le président de la Conférence des évêques de France pour que les choses soient claires. » D’où cette convocation du successeur de saint Rémi auprès du patron de Beauvau.

Dans un communiqué publié jeudi dernier, le responsable des évêques de France précise que les lois françaises « n’imposent pas » la levée du secret de la confession : « Le droit canonique qui impose aux prêtres le secret de confession comme absolu et inviolable […] n’est pas donc pas contraire au droit pénal français. » Cependant, l’archevêque est ouvert à une alternative à la levée du secret : « Il faut que nous trouvions un moyen de le faire autrement. » Ces prudences n’ont pas empêché la multiplication des attaques, alors que l’Eglise de France pensait avoir fait son opération « mains propres ». Si on sermonne les imams, pourquoi ne pas le faire avec les curés et leurs évêques ? Telle pourrait être l’injonction à laquelle l’Eglise se heurte.

Une proposition contestable de la commission Sauvé

Les propos font suite à une proposition émise par la commission Sauvé. Le rapport estime que les confesseurs devraient signaler aux autorités judiciaires les violences sexuelles infligées à un mineur ou à une personne vulnérable. Mais une telle entorse au secret de confession soulèverait un lourd problème théologique qui n’est pas que disciplinaire. Certes guidé par un souci légitime de justice, la remise en cause du caractère absolu du secret conduirait à sacrifier un élément essentiel de la théologie pénitentielle. La violation du secret entraîne en effet l’excommunication. Dans les faits, il est rare qu’un auteur d’abus sexuels sur mineurs se confesse…

Mgr de Moulins-Beaufort semble pourtant résister aux pressions politiques et médiatiques. En bon lecteur du théologien Henri de Lubac, il a certainement médité les rapports perpétuellement houleux entre l’Eglise et la cité. « Rien n’est plus précaire que leur équilibre », écrivait le théologien. La rencontre entre Mgr de Moulins-Beaufort et Gérald Darmanin est prévue mardi prochain. Que se diront l’archevêque de Reims et l’ancien élève d’un établissement tenu par les lassaliens ? •

François Hoffman

Partager cet article

Facebook Twitter Email

Articles liés

Recevez un numéro gratuit

Vous souhaitez découvrir la version papier de Présent ?

Cliquez sur le bouton ci-dessous et recevez un numéro gratuit !